Krantz
Albert Krantz (Crantz), né vers 1450 à Hambourg, professeur de théologie à Rostock. 1486 syndic de Lubeck, 1492 lecteur en théologie et membre du chapitre de la cathédrale dans sa ville natale, souvent employé par la Hanse et par Hambourg à des missions diplomatiques, mort 1517 à Hambourg. Il travailla conjointement à quatre ouvrages historiques, qu'il laissa tous inachevés à sa mort.
1. Saxonia, histoire de la population de la Basse-Saxe, Cologne 1520. Un complément de cet ouvrage, Melropolis seu historia de eeclesiis sub Carolo M. in Saxonia instaurais fut publié à Bâle 1548.
2. Vandalia, histoire des Wendessur la côte allemande de la Baltique. Cologne 1519.
3. Chronica regnorum aquiloaarium, nommé ordinairement i)a?iia d'après la 1''^ des trois parties [Dania, Suecia, Norvagia), Strasbourg 1546 (1545 en traduction allemande).
La narration dans tous ces ouvrages est amenée jusqu'au temps de l'auteur ; ils renvoient de l'un à l'autre. Cf. l'index littéraire chez E. Schàfer, Zur Geschichtschreibung des A. K. 1898; Schârffenberg, Die Saxonia des A. K. (Diss. de Kiel, 1893.)
Albert Krantz est le plus remarquable de tous les historiens de tribus. Ce fut un avantage pour lui d'avoir vécu avant la Réformation. Au moment où il écrivit, l'histoire du moyen âge pouvait être regardée encore sans prévention et les exemples de l'humanisme italien suivis relativement sans embarras.
Krantz combina la méthode de Blondus avec celle d'Aeneas Sylvius, auteur très lu alors en Allemagne. A 17to^M illustrata'û emprunta le principe de traiter plutôt l'histoire d'une peuplade que celle d'un territoire politiquement organisé ; c'est de V Historia Bohemica d'Aeneas Sylvius que viennent la division du récit en chapitres et le goût des digressions géographiques et ethnographiques.
La méthode des Italiens est plus grossière entre les mains de Krantz. Mais il se rattache à leur humanisme plus étroitement que tout autre historien allemand. Il rejetait les miracles et les aventures légendaires, parait des ornements de la rhétorique les parties qui se prêtaient au roman, insérait des réminiscences de l'antiquité
l'historiographie provinciale et locale (krantz) 237
'et des sentences épigrammatiques. Pour l'histoire ancienne, il ne se servait que de sources antiques, dans le nombre le faux Bérose. Ce qui rend ses œuvres inférieures aux italiennes, c'est, indépendamment des défauts de la forme, d'abord la tendance déjà signalée à identifier des noms de peuples modernes avec des anciens, et, en second lieu, la partialité patriotique. Krantz écrit constamment du point de vue de la Basse-Saxe et de Hambourg. Les passages des sources qui pourraient contrarier la légende nationale, il ne se fait pas scrupule de les corriger. Qui n'est pas allemand, il le traite avec mépris. Il a une curieuse aversion pour les Italiens, auxquels pourtant, comme historien, il doit à peu près tout. Il ne pouvait ignorer que, depuis Pétrarque, ils avaient publié tous les écrivains anciens qui leur étaient tombés entre les mains : il osa cependant les accuser d'avoir supprimé une œuvre littéraire romaine. Ils possédaient, selon lui. Tacite au complet, mais par malveillance contre les Allemands ils retenaient les parties inconnues ! Il reste à Krantz le mérite d'avoir appliqué pour la première fois la méthode historique italienne à l'histoire de l'Allemagne du Nord et de la Scandinavie.
La Saxonia de Krantz fut continuée plus tard, sans beaucoup d'esprit ni de talent, par le professeur de théologie de Rostock David Chytraeus, né 1530 à Ingelfingen, qui fit en même temps depuis iobO des cours d'histoire réguliers et mourut à Rostock en 1600.
Chytraeus était un fidèle disciple de Mélanchthon et traita l'histoire tout à fait dans son esprit. Son originalité consista à introduire la même méthode dans l'histoire contemporaine. Quant à la forme, il prit pour modèle l'ordonnance historio-géographique en usage depuis Blondus et donna, au lieu d'un récit continu, une collection d'histoires des différentes contrées. Ses écrits ne peuvent donc servir que de répertoires, d'Annuaires historiques, et encore n'ont-ils comme tels que peu de valeur. Tout jugement personnel en est absent. Chytraeus utilisa surtout comme sources des rapports et des journaux par lettres, de préférence officiels. Au reste, écrivant l'histoire de son temps, il était absolument dépendant vis-à-vis de ses souvenirs. Ses relations avec les ducs de Mecklenbourg lui auraient ôté la liberté du jugement, si déjà son caractère timoré de savant ne l'en avait rendu incapable. Même alors que ses maîtres lui laissaient les coudées franches, il avait coutume d'altérer les faits par scrupule pédagogique. Tout comme Mélanchthon, il ne jugeait l'histoire qu'en théologien. On ne découvre pas chez lui même les germes d'une histoire pragmatique, ni même des vues proprement historiques.
Pour ses œuvres, cf. la Bibliographie complète chez D. Klatt, D. Ch. als Geschichtslehrer und Geschichtsforscher (Diss. de Rostock 1908, p. 163 ss.)
Citons ici : Continuation de la MctropoHs de Krantz jusqu'à 1582 (1''' édit. 1;)82) ; jusqu'à loSS jointe à Vandaline et Saxoniae Albcrti Cranzii continuatio Wittenberg 1585. Dans les éditions postérieures, continuée toujours jusqu'aux dernières années (finalement jusqu'à 1600). La Continuatio fut appelée aussi Chronicon Saxoniae ou Saxonia. La Vandalia parut depuis 15S9 (à Rostock) comme livre à part. Ghytraeus composa en outre une continuation de l'histoire de Prusse de Schûtz (Eisleben 1599) et rassembla les documents les plus importants pour l'histoire de la Confession d'Augsbourg (Rostock 1576; le livre reçut le titre trompeur de Historia der augsburgischen Confession). — Cf., outre l'écrit de Klatt déjà cité ; 0. Krabbe, D. Ch., 1870 ; P. Paulsen. D. Ch. als Historiker (Diss. de Rostock 1897).