Aventin
Johannes Turmair, nommé d'après sa ville natale dAbensberg AvENTiNus, né 1477, en 1509 chargé de l'éducation des jeunes princes de Bavière Louis et Ernest, nommé 1517 par les ducs Wilhelm et Louis historiographe bavarois, plus tard membre de la communauté protestante de Ratisbonne, où il mourut 1534. Il composa (Cf. Joh. Turmairs genannt Aventinus sàmmlitche Werke 1881 à 1908) :
1. Annales ducum Boiariae (jusqu'à 1460) écrit de 1519 à 1521, T^ édit., (mutilée) Ingolstadt 155*. plus complète Râle 1580 ; Werke II et III. Remanié en allemand par lui-même 1526 à 1533 ; cette rédaction (jusqu'à 1508) parut d'abord à Francfort 1565 comme Bayerische Chronik, Werke IV et V. Aventin avait déjà publié 1522 à Nuremberg un extrait de cet ouvrage sous le titre Bayrischer Chronikon kurzer Auszug. Sa carte de la Bavière fut éditée 1899 par J. Hartmann pour la Société géographique de Munich.
3. Germania illustrata. Commencé 1531. Le premier livre seul fut achevé, et fut imprimé à Nuremberg 1541 sous le titre de : Chronica von Ursprung, Herkomrnen und Taten der uralten Deutschen.
3. Petits travaux spéciaux, comme : les Annales du couvent de Scheyern (508 à 1517), d'abord à Deux-Ponts 1600 ; Historia Otingae (Nuremberg 1518) ; das Herkomrnen der Stadt Regensburg, d'abord chez Oefele, Script, ver. Boic. II 1763, etc.
Ceux qui ont écrit sur Aventin ont le tort de le comparer avec les humanistes allemands de son temps, mais non avec ses prédécesseurs italiens. Son originalité et ses mérites de savant ont été ainsi fort surfaits. Cf. Th. Wiedemann. J. T. genannt A., 1858. A propos des vues d'Aventin sur les antiquités allemandes et leurs longues répercussions. Fr. Gotthelf Das deutsche Altertum in den Anschauungen des 16. iind 17. Jahrhunderts 1900 (Munckers Forschungen zur neuern Literaturgeschichte 13). Cf. en outre Nûrnberger dans ISeues Archiv. XI (1886), 12 ss.; M. Lenz dans Zeitschr. fiirdieGesch. des Oberrheins N. F, IX, 629 ss. (biographique) ; W. Meyer dans Abhandl der Miinchn. Akad. Philos-philol. Kl. 17 (1886), 742 ss. : Wegele, A. 1890.
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La méthode historique d' Aventin. — De tous les historiens de tribus qui écrivirent après la Réformation, l'historiographe bavarois Aventin est le plus célèbre.
L'historiographie officielle du type italien fut plus activement cultivée en Bavière que dans d'autres principautés allemandes. L'homme que les ducs choisirent pour historiographe en 1517 avait plusieurs avantages. Il possédait une connaissance passable des historiens italiens, une solide culture humaniste, et était un infatigable collectionneur. Il connaissait parfaitement son peuple, et savait fort bien raconter. Malheureusement il se laissa égarer, lui aussi, par les tendances anti-historiques des humanistes allemands.
Comme beaucoup d'humanistes non italiens, Aventin s'efforça d'unir l'histoire savante avec l'histoire rhétoricienne ; il voulut être à la fois le Blondus et le Bruni de son pays. Il échoua dans cette entreprise et il en résulta que sa Bayerische Geschichte n'approche pas, comme œuvre de science, des écrits de Blondus ou de Calchi, ni comme œuvre d'art, des maîtres de l'école de Bruni.
Aventin s'était donné une peine énorme pour recueillir ses matériaux. Avant lui, Calchi seul peut-être en eut d'aussi complets. Comme lui, il employa les témoignages des documents, des inscriptions, des monuments littéraires. Mais il manquait de critique : il accepta sans difficulté les faux d'Annius de Viterbe répoussés dès l'abord en Italie, et de nombreux documents médiévaux interpolés. Et puis il reproduisit ses sources avec autant de légèreté que les adhérents de l'école rhétoricienne. Calchi avait cité ses autorités avec une précision exemplaire; Aventin se contentait d'indications très vagues et il est presque toujours impossible de décider par son texte seul où cesse la tradition, où commence la rhétorique ou le roman. Il ne faisait pas une distinction aussi tranchée que Blondus entre des sources de première et de seconde main.
Aventin narrateur et sa polémique protestante. — On ne saurait dire que ces défauts soient rachetés par son talent d'exposition. Peu importe que son latin lourd s'éloigne beaucoup de l'élégante diction des Italiens. Mais son ouvrage manque de composition, précisément et surtout au point de vue humaniste. Bruni et ses successeurs avaient remplacé les livres informes du moyen âge, qui avaient été
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en même temps des histoires du monde et des chroniques de villes, par des expositions arrondies traitant seulement l'histoire d'un territoire. Avcnli[i se refusa à suivre en cela les Italiens. Qu'il n'exclût pas l'histoire (J»Allomagne, cela allait de soi. Mais il raconta l'ancienne histoire allemande et même celle des empereurs romains avec autant d'ampleur que s'il avait voulu écrire une histoire universelle. Et après avoir cédé ainsi à l'amour de la gloire de sa nation, il ne sut pas résister à la tentation, même où les sources étaient muettes, de raconter les exploits des Bavarois. Son ouvrage nest ni une histoire bavaroise, ni une histoire allemande : jamais on n'apprendra par lui le développement de la tribu bavaroise ou du duché de Bavière.
Ce nest pas à vrai dire sur ses mérites d'historien que reposa la gloire d'Aventin. Ses œuvres devinrent populaires, parce qu'elles reflétaient une forte personnalité. Aventin ne s'est pas laissé gêner par sa position officielle. Sans doute, il évite de parler défavorablement des membres de la dynastie. Mais il ne croit pas nécessaire de conformer son jugement aux principes politiques de la maison ducale.
Sa philosophie de l'histoire est faible et manque d'originalité ; ses réflexions reproduisent en général les lieux communs de la morale de l'école. Mais il y a un point sur lequel il est le vrai représentant de la grande majorité de ses contemporains allemands ; les problèmes de l'histoire, de la science en général, le touchent peu en comparaison des questions ecclésiastiques, en comparaison de sa haine protestante contre l'Église catholique : sa théologie n'avait pas complètement analysé cette haine, mais elle n'en était que plus ancrée. Il exprima sans fard son aversion contre les Pfaffen dans son histoire de Bavière, dans la rédaction allemande plus encore que dans la latine. Pour porter un coup au clergé, il ne recule pas devant les accusations les plus insensées ni les injures les plus indécentes. Il a recours même à des faux. Ses tirades contre le clergé pourraient être empruntées aux centuriateurs. On comprend que son ouvrage, bien qu'officiellement commandé, soit resté d'abord inédit et n'ait été publié intact qu'après sa mort, en terre protestante.
Il faut ajouter qu'Aventin maniait la langue allemande comme
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cela ne s'était jamais vu chez des historiens allemands. Son style était, à vrai dire, assez maniéré. Son purisme lui inspire des traits ridicules : il traduit des noms propres étrangers (il appelle Fabius Gunctator Zauderer Bohnmeier) et môme une expression comme Pi'ophète ne trouve pas grâce à ses yeux. Mais au moins il avait appris des humanistes que la langue aussi peut être maniée avec art. Son expression e?t extraordinairement vigoureuse et transparente. Sa prolixité même devait être du goût de ses lecteurs. Combien la langue de la Bayrische Chronik est supérieure au style embarrassé et au lourd allemand administratif dans lequel on avait coutume d'écrire l'histoire !
La connaissance de la vie populaire. — Enfin peu d'historiens ont aussi bien connu le peuple qu'Aventin. Ce n'était pas une innovation de mettre en tête de son récit une caractéristique du pays et de ses habitants : depuis la découverte de l'Amérique, tous les historiens humanistes enfaisaient autant(Cf.l.III, sect. B). Mais la manière dont il exécuta son programme, dont, grâce à sa connaissance personnelle des choses, il distribua équitablement la lumière et les ombres, voilà ce qui met sa description bien au-dessus des tentatives analogues de Polydore Virgile, de Buchanan, etc. Dans tout ce qu'il dit des mœurs et de la littérature populaires, on reconnaît un homme qui vit dans le peuple et avec le peuple. Aussi a-t-il précisément pour cette raison rencontré au xix* siècle de chauds admirateurs.
La critique ne doit pas oublier cependant que si Aventin sympathise aussi intimement avec le peuple, c'est qu'il est complètement dominé encore par les opinions populaires. Il est absolument d'accord avec son public. Quand il parle de l'État et de l'administration, il se montre aussi naïf, aussi borné que le premier bon bourgeois venu. Il professe une superstition massive et n'a jamais émis le plus léger doute sur les histoires de miracles racontées par ses sources.