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Nuremberg et Meisterlin

Les villes impériales allemandes n'ont pas cultivé autant que les communes italiennes l'historiographie officieuse en style humaniste,

FUETER. 16

Elles étaient moins indépendantes et n'avaient pas de politique étrangère spéciale. Les égards pour d'autres membres de l'Empire les empêchaient de livrer à la discussion publique leurs prétentions politiques. Elles ne faisaient exposer leur histoire que pour leur instruction particulière et pour renseigner les futurs gouvernants ; leurs histoires de villes officielles n'étaient pas destinées aux gens du dehors. Par suite leur historiographie n'a pas d'histoire.

Cela semble ressortir surtout des destins de la Chronique nurembero-eoise de Meisterlin, la plus ancienne histoire de ville humaniste en Allemagne.

Sigismond Meisterlin, né dans les premières dizaines d'années du xv'^ siècle, moine bénédictin à Saint-Ulrich et Afra à Augsbourg, vers 1476, prédicateur à 1 egUse cathédrale de Wiirzbourg; temporairement aussi prédicateur à l'église Saint-Sebald à Nuremberg; finalement. 1489 nommé curé de Feucht, près Nuremberg. C'était un ecclésiastique, pourvu d'une culture humaniste modeste, mais respectable pour le temps, qui avait fait déjà ses preuves d'historien dans une histoire d'Augsbourg [Chronographia Aiigustemium, composée sur le désir du bourgmestre Gossembrot 1456, présentée au Conseil en remaniement allemand 1457 : la rédaction allemande imprimée Augsbourg 1522; sur l'original latin cf. P. Joachimsohn Meisterlin 24 ss.). 11 composa, non pas peut-être sur la commande directe, mais avec le consentement et l'appui du Conseil, une histoire de la ville de Nuremberg, Nieronbergensis Cronica (jusqu'à 1419), la première rédaction 1484-85, la seconde 1488. La rédaction latine du second remaniement imprimée d'abord chez Ludewig, Rehquise manuscriptorum medii œvi VIII Francfort et Leipzig 1726; aujourd'hui dans les Chroniken der deutschen Stcidte III (1864), qui contiennent aussi la version allemande. Dans toutes les parties de quelque importance politique, il s'en tint strictement aux directions du Conseil, polémiqua contre les prétentions des Burgraves (ici la tendance politique, par exception, a fait de lui un critique) et se mit pour raconter la révolte des corporations au point de vue des familles gouvernantes. Le Conseil lui fit une subvention. Toutefois son ouvrage ne fut pas imprimé. Le Conseil— on peut l'affirmer avec une assez grande certitude — ne permit pas même d'en tirer des copies, comme ce fut l'usage àBerne dans des cas analogues. Il n'osa pasavouer ouvertement un ouvrage qui donnait plus qu'une simple énumération des faits et était susceptible de blesser d'autres États de l'Empire.

Meisterlin n'était au reste ni un grand historien ni une personnalité hors ligne. Son originalité réside uniquement en ce qu'il fut à peu près le premier à faire profiter l'historiographie municipale allemande de quelques inspirations de l'italienne. Son grand modèle était Aeneas Sylvius; avec lui, il connut et utilisa Blondus. Mais il ne craignit pas, à côté d'eux, de recourir à des épigones de la manière médiévale, comme Jacques de Bergame. Sa culture humaniste, en somme, est tout

l'historiographie provinciale et locale (pibkheimer) 243

extérieure. Son plan remonte à des modèles humanistes et sa langue se ressent du style nouveau. Mais c'est à peu près tout ce qu'il doit à l'humanisme. Pour les parties qui appartiennent à l'antiquité, il se sert encore de sources médiévales. Il trahit partout sa condition ecclésiastique. Il parle des reliques avec la dévotion voulue, et dans le soulèvement des corporations en l'an 1348 il voit une ruse de Satan. Il traite les sources non seulement sans critique, mais avec légèreté et déloyauté. N'ayant pour les temps anciens de la ville presque aucun témoin à sa disposition, il eut recours à des inventions, interpola des textes étrangers et fabriqua des anecdotes, surtout celles qui pouvaient faire briller de tout son éclat la sagesse du prévoyant Conseil. Il faut confronter les différentes versions de la Chronique de Nuremberg pour se faire une idée de la manière tendancieuse et arbitraire dont Meisterlin arrange les données des sources. C'est un chroniqueur du moyen âge, frotté d'humanisme; ce n'est pas un humaniste. Il ne peut prétendre tout au plus qu'au titre d'habile narrateur.

Cf. P. Jachimsohn, Die humanistische Geschichtschreibung in Deuischland, I : die Anfdnge, Sigismund Meisterlin (1895) . Cf. aussi Ernst Mummenhoff, Niirnbergs Ursprung u. Aller in den Darstellungen der Geschichtschreiber und im Lichte der Geschichte, 1908.

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