Pirkheimer
Wilibald Pirkheimer (Pirckheimer) d'une famille patricienne de Nuremberg, né 1470 à Eichstàdt, juriste, membre du Conseil de sa ville natale, souvent envoyé en ambassade, nommé 1499 chef des troupes que Nuremberg équipa pour la guerre contre les Suisses, mort 1530. Il composa :
1° Bellum Suitense {Helveticum dans l'autographe). Le titre n'est pas très exact ; le deuxième livre seulement traite le Schweizer ou Schwabenkrieg (1499) ; le premier donne un aperçu de l'histoire antérieure de la Confédération. Commencé après 1526. probablement seulement en 1530 et non achevé, cet ouvrage fut publié en 1610 dans l'édition des Opéra de Pirkheimer par Goldast, et sous une forme retravaillée par Rittershausen. Edit. sur le manuscrit original parK. Riick 1895.
2° Germaniae ex variis scriptoribus perbrevis explicatio, composé en 1530. Dans les Opéra 1610.
3° Une autobiographie, publiée pour la première fois par Ruck dans son édition du Schweizer krieg, 131 ss.
Cf. Ranke, Zur Kritik 119 s.; 0. Markwart, W. P. als Geschichtschreiber, (diss. de Bâle 1886), un des rares bons travaux sur l'histoire de l'historiographie humaniste en Allemagne.
C'est une oeuvre à part que la monographie consacrée par Wilibald Pirkheimer à la Guérite des Suisses ei kV ancienne histoire de la Confédération suisse.
De toutes les oeuvres historiques allemandes c'est celle qui main-
2i4 HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE
tient le plus purement le style des humanistes italiens. Personne n'a été plus fidèle aux préceptes de l'école de Bruni cl ne les a suivis avec autant d'habileté relative que ce patricien de Nuremberg.
Son œuvre n'a pas l'unité organique des meilleurs ouvrages italiens. Il a fait des mélanges, et n'a pas su fondre ensemble ses imitations d'œuvres disparates. Le premier livre se rattache tout à fait à la méthode de Bruni. Il se sert, pour transposer en style humaniste un exposé médiéval {\siChronik de7'Eidgenossenschaftd'FAieTlin 1507) exactement des mêmes procédés que Bruni pour Giovanni Villani. La seconde partie au contraire, la peinture de la guerre même,rappelle les récits de campagnes à demi mémorialistes qu'avait composés un Contarini, par exemple (ci-dessus p. 44). Seulement la position de Pirkheimerétaitbien plus défavorable que celle du général vénitien. Il n'avait point de part à la direction supérieure ; il ne commandait que son contingent nurembergeois, c'est-à-dire un détachement de très faible importance. De la marche générale de la guerre (qu'il reconstruisait principalement d'après Etterlin) il ne pouvait esquisser qu'un tableau très peu net. D'un autre côté il n'y a qu'une liaison très lâche entre ce qu'il raconte de sa propre vie et les chapitres historiques proprement dits. Pirkheimer n'a pas façonné ses souvenirs en histoire. Il n'a pas écarté les choses insignifiantes ; de jolies anecdotes réalistes alternent avec la narration chargée d'exploits d'un héroïsme théâtral.
Pirkheimer poursuivait par son écrit un but très déterminé. Il voulait se justifier^ et sa ville natale avec lui, des reproches que leur faisaient d'autres États. Ses vrais adversaires ne sont pas les Confédérés, mais les concurrents de l'Allemagne du Sud, les villes souabes, auxquelles il en voulait particulièrement. Il rappelle avec amertume les intrigues censées mises en œuvre contre Nuremberg auprès de l'empereur. Malgré cette tendance, les remarques générales dont il accompagne son récit sont ce qu'il y a de meilleur dans son livre. Ses raisonnements ne sont cependant pas profonds ; et ils ont le défaut, — provoqué par le contraste avec l'état de délabrement de l'armée impériale — de surfaire la discipline et lesprit politique des Confédérés. Mais Pirkheimer évitait du moins la phraséologie humaniste ou moralisante, et tirait de son expérience d'homme d'État plus d'une observation intelligente. Notons que, contrairement aux Ita-