Pufendorf
Samuel de Pufendorf, né 1632 près de Chemnitz, juriste, 1658 précepteur de l'ambassadeur suédois Coyetà Copenhague, 1661 professeur de droit naturel et de droit des gens à Heidelberg, 1670 professeur à l'université de Lund, 1677 à Stockholm en qualité d'historiographe de
1. Le côté théologique et diplomatique du mouvement réformateur et ne se douta pas de son côté populaii'e.
Suède, <686 appelé à Berlin comme historiographe du margrave de Brandebourg (émigré 1688), mort 1694 à Berlin. Il composa :
l'' Commcntariorum de rébus Svecicis, II. XXVI ab expeditione Gustavi Adolphi in Gcrmantain ad abdicatiouem usque Christianae, Utrecht 1686 ; écrit 1677 à 1686 sur commande et avec lappui de (Charles XI, roi de Suède.
2° De rébus a Carolo Gustavo {X) Svecix rege gestis commcntariorum. II. VII. Ce devait être l'ouvrage principal, dont le n'' 1 n'était que l'introduction ; mais il ne parut qu'après la mort de l'auteur, Nuremberg 1696.
3" De rébus gestis Friderici Wilhclmi Magni, Electoris Brandenburgici Commcntariorum. II. XIX, Berlin 1695. Comp. dans les années 1688 à 1693 sur mandat du gouvernement de Brandebourg. De la continuation, qui devait embrasser le règne de l'électeur Frédéric III, le début seul est achevé (pub. 1784 à Berlin sous le titre de De rcbus gestis Friderici III, fragmentum postumum).
4° Einleitung zu der Historié der vormehmsten Reiche und Staaten... in Europa, Francfort 1682-1686, livre d'étude pour jeunes hommes d'État.
Sur Pufendorfhistoriographe, l'important a été dit par J.-G.Droysen:ZMr Kritik P^ {Abhandlungen zur neueren Geschichtc [1876], 306 ss.). Cf. en outre H. V. Treitschke, Hislor. und polit. Aufsâtze, IV (1897) 270 ss. ; E. Salzer, Der Uebertritt des grossen Kurfiirsten, etc. 1904 (Heidelberger Abhandlungen, 6). Rôdding. P. als Historiker u. Politiker in den Commentarii de rébus gestis Friderici III, 1913. Cf. en outre les lettre de Pufendorf communiquées par Varrentrapp dans la Hist. Ztschr. 70 (1893) et 73 (1894).
Nous ne pouvons nous occuper ici que du plus remarquable et du plus célèbre des représentants ultérieurs de cette tendance.
Pufendorf est le maître de l'historiographie publiciste de l'Empire. Personne n'en a aussi fidèlement observé les règles^ ni, dans ses limites, fait œuvre aussi distinguée.
Il ne pesait pas les actions d'État qu'il décrivait d'après leur portée dans l'histoire universelle ou d'après leur importance pour la politique internationale, mais uniquement d'après la place qu'y prenait son héros, que ce fût un roi de Suède ou un Électeur de Brandebourg. Dans son histoire du Grand Électeur il eut à revenir sur les mêmes événements qu'il avait traités déjà dans ses écrits sur l'histoire de Suède ; malgré celail s'en tintpresqu'exclusivement dans son second travail aux actes et aux rapports des archives brandebourgeoises. Il ne fondait pas les actes qu'il avait devant lui en une narration d'ensemble ; il rangeait l'un après l'autre les rapports particuliers sur des négociations politiques, d après la date et la série des actes. Mais ces rapports sont rédigés plus intelligemment et plus clairement que chez aucun de ses devanciers (à l'un d'eux,
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Chemnitz, il se rattache directement dans son histoire de Suède). Les fils enchevêtrés des intrigues diplomatiques sont démêlés avec une habileté extraordinaire. La langue et le style sont des modèles de précision et de transparence.
Il va sans dire qu'en sa qualité d'historiographe officieux il ne pouvait tout dire. Mais en général ses extraits des actes méritent confiance et l'on n'a pas d'exemples de déloyauté à lui reprocher. 11 importe peu qu'il oriente, insuffisamment, comme le démontre Droysen, sur la marche des affaires au sein même des autorités : dévoiler ces secrets intimes n'était pas du devoir de Pufendorf, et il n'en avait sans doute pas le droit. Il écrivait surtout pour l'étranger : le gouvernement, devant l'étranger, devait apparaître comme une Puissance une et compacte ; ses résolutions, et non la façon dont elles avaient été prises, étaient à communiquer. Si Pufendorf groupait les motifs d'une décision qu'il trouvait dans les actes autrement qu'ils ne l'avaient été dans la délibération, il ne croyait pas en cela falsifier les faits.
Sans doute, il ne faut pas lui demander davantage. Il n'est pas allé au delà de sa compétence. Il n'a pas essayé de caractériser la politique de ses héros, d'en saisir les principes directeurs. Ily a plus. Ses ouvrages devaient être des comptes rendus pour l'étranger et pour les autres États de l'empire, et le choix du sujet était ainsi, comme dans le cas de Sleidan, beaucoup trop réduit. On ne pouvait traiter que des incidents où l'État du mandant était entré en contact direct avec l'étranger. Il est facile de voir combien le champ de l'histoire était rétréci par là. Pufendorf eût-il même donné un exposé d'ensemble de la politique extérieure de ses héros, il n'aurait pu toucher aux fondements sur lesquels s'élevait leur puissance. Il nous instruit des guerres du Grand Électeur, mais ne nous apprend rien sur l'organisation de son armée, sur l'administration de ses finances. La politique int^érieure est absente. Pufendorf ne nous donne que des histoires de personnes, d'individus, jugeant les actes des princes et des diplomates seuls dignes d'être mentionnés ; et encore ne donnet-il de ces actes qu'une petite tranche, souvent peu intelligible par elle-même, savoir les mesures qui concernent directement lapolitique étrangère. C'est une tète politique bien autrement douée que Sleidan : mais sa conception historique n'est pas plus approfondie. Ses travaux
historiques sont plus impersonnels encore que les Commentaires de son prédécesseur ; il avait pris pour tâche, des Herrn Sentimente zu exprimieren. (Cf. Treitschke, IV, 293.)