Stumpf
Johannes Stdmpf (Stumpff), né 1500 à Bruchsal, membre de l'Ordre de Saint-Jean, 1522 envoyé comme prieur au couvent de Bubikon dans le canton de Zurich ; après la Réformation, pasteur protestant (jusqu'à 1561) ; 1548 gratifié du droit de bourgeoisie dans la ville de Zurich, où il vit jusqu'à sa mort (vers 1576).
1'^ Gemeiner lobl. Eidgenossenschaft SWidten, Landen und Vôlkeren chronikwûrdiger Taten Beschreibung. Terminé 1546. Des treize livres, les trois premiers traitent la topographie et l'histoire de l'Europe, particulièrement de l'Allemagne et de la France, les dix autres celles de la Suisse jusqu'au temps présent. Le droit de bourgeoisie fut la rémunération de ce travail. Pour quelques sections (Saint-Gall), Vadian a fourni des contributions de valeur, insuffisamment mises à profit par Stumpf; d'autres collaborateurs furent Bullinger, Tschudi, etc. f® édition, Zurich 1548. La Schwytzerchronik (1554) est un extrait fait par l'auteur lui-même. Cf. H. Escher dans l'édition du récit de voyage de Stumpf (1544) dans les Quellen zur Schweiz. Gesch., VI (1884) et S. Vôgelin dans Jahrbuch fur Schweiz. Gesch., XI 1886.
2° Kaiser Heinrichs IV fiinfzigjâhrige Historia, Zurich 1556. Cf. G. Meyer von Knonau dans les Turicensia (1891), 145 ss.
3° En outre une description du concile de Constance (1541) et une rédaction antérieure, encore inédite, de l'histoire suisse, qui sous la forme d'annales traite aussi l'histoire de la Réformation en Suisse. Cf. là-dessus E. Gagliardi dans Jahrbuch fur schweizerische Geschichte, 35 (1910), 48' ss. August Bernoulli, Die Basler Quellen zu Stumpfs Beschreibung der Eidgenossenschaft dans Basler Zeitschrift fiir Geschiste u. Altertumskunde XI (19J2), 244 ss. et XIII (1913), 191 ss.
Le premier auteur d'une histoire de la Suisse qui ait travaillé sous l'influence des humanistes italiens, est Jean Stumpf.
2o6 HISTOIRE DE l'histORIOGRAPHIE MODERNE
Il resta bien inférieur à ses modèles. Sa chronique de la Confédération est un exemple typique de la manière dont hors de l'Ualie les bonnes inspirations des humanistes étaient épaissies, faussées par des raisons patriotiques, et fondues inorganiquement avec les traditions du moyen àg-c. Stumpf prit Blondus pour modèle, et son but principal paraît avoir été de donner un pendant à Vltalia illustrata. Comme le fondateur de l'école savante et comme d'autres de ses disciples (Camden), il se prépara à son travail par un assez long voyage; l'ordonnance de sa topographie helvétique par districts (au lieu des treize cantons de son devancier Brennwald) ainsi que la réunion de notices géographiques et historiques sont des imitations évidentes de Vltalia et de sa description par régions. Mais Stumpf ne suivit pas cette disposition avec autant de nette! é et de conséquence que le chercheur italien. Il mêla indûment à son tableau de la Confédération des données historiques et généalogiques sur les pays voisins, Allemagne et France ; et il y intercala encore un aperçu de l'histoire de la Suisse. Sa Chronique n'est de la*sorte ni un lexique ni un livre d'histoire : des répétitions nombreuses, un ordre peu lumineux, sont la conséquence naturelle de cet arrangement défectueux.
Plus insuffisant et plus flottant encore est l'emploi de la méthode archéogico-cri tique italienne. Stumpf s'était donné expressément pour but de défendre l'histoire de sa patrie contre les attaques d'écrivains étrangers, et il emmagasine sans sourciller tout le fatros d'inventions légendaires sur l'origine de la Confédération que son contemporain Vadian traitait déjà haut la main comme des fables. Sans doute, la critique des humanistes n'a pas passé pour lui tout à fait inaperçue. Mais ses mérites comme critique sont bien minces^ et il nest même pas un critique sincère. Combien sa chronique est au-dessous d'une production moyenne de l'humanisme italien du temps, comme les Commentarii urbani de l'encyclopédiste Raphaël Maffei (Volaterranus, 1452 à 1522), qu'il a exploités ! Il n'était pas non plus grand historien. Il ne tente nulle part un exposé pragmatique de l'histoire. Il évite de prendre position dans les affaires qu'il raconte. Il est vrai que dans la Confédération on avait moins que partout ailleurs son franc parler Comment en eùt-il été autrement, quand la censure avait à tenir compte d'opinions parfois diamétralement
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opposées de treize cantons différents ! Aussi les sentiments nettement protestants de Stumpf n'ont-ils laissé dans sa chronique que de très faibles traces. Il déguisa son aversion pour le monachisme derrière quelques citations fournies par Vadian, et encore en affaiblit-il après coup la portée vis-à-vis de Tschudi. Ses Annales de la Réformation suisse n'ont jamais vu l'impression.
L'ouvrage de Stumpf devint rapidement populaire. Non seulement parce que c'était le premier grand ouvrage sur l'histoire de la Suisse et qu'il ménageait sans aucune réserve critique la légende patriotique; mais Stumpf possédait à un degré tout à fait éminent l'art de l'exposition populaire. Comme narrateur, il était supérieur à son successeur Tschudi, qui se présentait avec des prétentions bien plus hautes à la critique et à l'érudition.