Tschudi
yEiGiDius (Gilg) Tschudi, né 1505 à Glaris, appartenant à une famille patricienne, occupa à plusieurs reprises de hautes positions (Landvogt à Sargaus et Baden, Landrat de Glaris, etc.) ; champion résolu de l'ancienne foi, il essaya, après avoir été élu Landammann 1558, d'écraser par la violence la réformation à Glaris ; forcé pour cette raison 1562 de quitter temporairement le pays ; y rentre 1565 et y meurt 1572. A côté de son activité politique, il s'occupa de bonne heure d'études historiques et archéologiques :
1° Chronicon Helveticum. Tschudi avait conçu le projet d'écrire l'Histoire entière de la Confédération, depuis les plus anciens temps jusqu'à l'époque présente. Mais il commença son travail à l'an 1000 et le poussa seulement jusqu'à 1470 : ce « Mittelbuch » fut publié à Bàle par Iselin 1734-1736 sous le nom de Chronicon Helveticum. Quant aux parties plus anciennes, Tschudi ne put achever que l'introduction, une description topographique et historique de l'ancienne Gaule (helvétique) qui fut éditée 1758 à Constance par Gallati sous le titre de Gallia comata. Les deux éditions sont très défectueuses. On a encore de grands morceaux de la première ébauche de la Chronique. On a publié des parties de la continuation (1472 jusqu'à environ 1564). Cf. Wyss s. v. — C'était une sorte d'échantillon de cet ouvrage que la Uralt wahrhaftig alpisch Rhàtia, description topographique et historique de l'ancienne Rhétie, terminée 1528 et imprimée à Bàle 1538, la seule œuvre historique de Tschudi qui parut de son vivant.
2° Geschichte des 2. Kappelerkriegs (1531). Écrite après 1547, probablement vers 1560. Pour la première fois (sous une forme modernisée) dans VHelvetia de Balthasar (1826) ; dans la version originale 1902 par Liebenau dans Arch. fur schweizer. Reformationsgeschichle I (Beilage zu den kathol. Schweizerblàttern] .
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Outre la lilléralure sur le n" 1 citée chez Wyss, p. 196, nommons ici les travaux de S. Viigelin dans Jahrbuch fur schweizer . Gesch., XI (1886), XIV (1889) et XV (1890). dans les Mitteilungen der antiquar. Gesellschaft in Ziinch XXIII et le Neujahrsblatt der Ziircher Stadtbibliothek 1890, Wyss dans Jahrbuch fiir schwciz. Gesch. X (1885) ; Schulte, iftid., XVIII (1893), Ont paru depuis : E. Dùrr. Uebcr Tschudis Quellen der alten Zùrichkriegcs (Diss. de Bàle 1908) ; E. Gagliardi dans Jahrbuch fur schweizer. Gesch. 33 (1908), 276 ss. ; II. Horzog. Die Bemiihungen der Mchwelt um die beiden Hauptwerke des Chronisten Ae. T. d'dns Taschenbuch derhlH. Gesellschaft des Katitons Aargau fiir das Jahr 1906.
Tschudi était une personnalité beaucoup plus distinguée que Stumpf ; il le dépassait par l'étendue de son savoir et son zèle de collectionneur. Mais il ne put l'égaler comme historien, et son activité de chercheur même est gâtée par trop de taches : peut-être les travaux obscurs de Stumpf ont-ils mieux servi la connaissance scientifique de l'histoire suisse ou lui ont moins nui que les savantes, mais prétentieuses et déloyales combinaisons et inventions de Tschudi.
Il faudra toujours reconnaître à Tschudi le mérite d'avoir appliqué pour la première fois à l'histoire suisse la méthode de Galchi, d'avoir systématiquement recueilli des inscriptions et des actes et de les avoir utilisés pour l'histoire. Il fut le premier historien suisse qui se rattacha ainsi à un des principes les plus importants des chercheurs italiens et qui parut faire pour son pays ce qu'en même temps Morales tentait pour l'Espagne. Malheureusement il ne procéda pas aussi honnêtement que l'historien espagnol. Il déprécia son travail critique en mêlant à ses matériaux authentiques des inventions tendancieuses, des faux généalogiques et patriotiques.
Il représente mieux que beaucoup d'historiens V érudition confuse du XVII' siècle {c\-Aeas\x?,, p. 157 s.), cette union inorganique delà critique humaniste avec la peinture poétisante, de la tradition médiévale avec la gloriole patriotique moderne. C'est Ocampo et Morales dans la même personne (cf. ci-dessous, p. 276).
Sa funeste influence reposa surtout sur cette situation double. Il combinait la fidélité aux actes de l'école de Blondus avec le goût humaniste pour les embellissements romanesques, et souvent il ne donnait en fait d'actes que des inventions personnelles.
Ses falsifications ne poursuivent pas toujours un but pratique. Il arrivait à Tschudi d'altérer la lettre de ses documents ou d'inventer
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hardiment des dates et des noms, alors que les intérêts de sa famille, de son canton ou de la Confédération n'étaient pas en jeu. Dans certains cas, ses faux servent à appuyer une date conjecturale ; il prétend, comme certains philologues contemporains, avoir découvert dans de vieux manuscrits des corrections de quelques textes. Mais plus la critique avance, plus on peut fournir la preuve que Tschudi a inventé des documents pour soutenir des prétentions juridiques. On démontre qu'il a tiré de quelques-uns de ses faux un profit personnel [Jahrbuch fur schweiz. Gesch., XVIII, 58).
Moins graves sont les déformations de la tradition historique entreprises par Tschudi dans l'intérêt de la foi catholique. Ne voulant pas accorder aux nouveaux croyants que les vieux Confédérés eussent commis des sacrilèges, il corrigeait les sources quand c'était nécessaire et imaginait des histoires propres à prouver le respect des anciens Suisses pour le clergé et pour l'Eglise (Cf. Durr, p. 30 ss. Tschudi devint avec l'âge toujours plus timoré à cet égard ; cf. Arch. fur Schweiz. Gesch. X, 214 s.). Il manœuvrait avec une prudence remarquable. Il était trop fin politique pour étaler ses tendances au grand jour et exciter ainsi la méfiance du lecteur. On chercherait en vain dans sa Chronique une attaque contre les Protestants. Comment ceux qui s'en servaient auraient-ils deviné qu'ils avaient affaire à un faussaire et à un homme de parti confessionnel ? D'autant plus que l'ouvrage de Tschudi est bien disposé en annales lexicographiques, mais qu'il ne cite pas régulièrement ses sources. H conférait par là à l'ouvrage entier la présomption de documentation authentique, qui ne convenait qu'à certains chapitres. Ce n'est pas en vain, vraiment, que Tschudi cite souvent Corio (ci-dessus, p. 53 ss.) ; son travail n'a que trop d'analogie avec celui de l'historiographe milanais.
Tschudi narrateur. — Tschudi ne saurait passer pour un grand historien ni pour un grand écrivain. Les matériaux ne sont pas mis en œuvre. Il suit purement et simplement l'ordre des annales, et même dans ce cadre, des faits qui tiennent l'un à l'autre sont fâcheusement démembrés. Entre les matériaux que fournissaient des chroniques, des actes, des chansons, Tschudi ne fait aucun choix ; il enregistre des choses insignifiantes au même titre que de plus
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importantes, des événements politiques décisifs à côté de sinistres qui n'ont frappé qu'une localité. Il a un faible pour les anecdotes. Presque aucune remarque de l'auteur. 11 imprime le plus souvent les documents sans commentaire, à l'état brut. La critique est encore dans son enfance : Tschudi corrigera dans un document faux l'indiction, sans s'apercevoir de l'inauthenticité. On a fait une comparaison bien malheureuse en l'appelant l'Hérodote suisse : là l'œuvre clairement composée et bien limée d'un écrivain qui déclare ouvertement son parti pris ; ici, des régestes illisibles, un recueil de notes dont l'objectivité apparente est calculée de façon à induire en erreur ceux qui le consultent.
Il est vrai que la Chronique de Tschudi est restée à l'état de t07^so, et l'on pourrait alléguer que la rédaction définitive aurait apporté bien des corrections. Mais d'abord les éloges traditionnels prodigués à la Chronique s'adressent à l'œuvre telle que nous l'avons, et non à un plan hypothétique de Tschudi. Et puis nous n'avons aucune raison de supposer que cette œuvre complètement achevée eût été un travail historique supérieur à la rédaction imprimée. Nous savons que Tschudi voulait faire abréger pour la publication les pièces documentaires (Wyss, 198) et nommait son ébauche de Chronique, en opposition avec les narrations historiques, nit allein Annalia, sonder mlfach Diurnalia (J. Vogel, E. T., 1856, p. 245). Mais rien n'indique qu'il aurait fait avec le temps de ses Annales lexicographiques un véritable livre d'histoire.
Le professeur de théologie de Zurich Josias Simmler (né 1530 à Kappel, mort 1576 à Zurich) fit en latin humaniste pour les lecteurs étrangers un habile extrait de Tschudi et de Stumpf. Ses deux livres De republica Helvetiorum (!''= édit. 1576, Zurich) renferment en outre un exposé du droit politique en vigueur dans la Suisse (reproduit dans le Thesauns historise helveticœ, Zurich 1735, en même temps que la description historico-topographique du Valais également composée par Simmler, Descriptio Vallesiœ, qui avait été imprimée pour la première fois à Zurich en 1574).
4 — Guillimann.
Franz GuiLLiMANN, né vers 1508 à Fribourg i. U., élevé à l'académie des Jésuites de Dillingen, 1540 professeur de latin à Soleure, 1595 expulsé pour raisons politiques, entre au service de l'ambassadeur espagnol à
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Lucerne, A. Casati; 1606 à 1609 professeur d'histoire à Fribourg-en- Brisgau, où il meurt 1612. 11 a composé :
i° De rébus Helvetiorum sive antiquitatum, II. V. Traite la plus ancienne histoiie des contrées suisses et donne ensuite, comme Simmler, une description des treize cantons et des annexes. T" édition, Freiburg i. U. 1598, Reproduit dans Thésaurus hist. helv , Zurich 1735.
2° Habsburgica sive de antiqua et vera origine domus Austriœ, Milan 1605. Reproduit avec n° 1 dans le Thésaurus.
En outre, de petits travaux historiques, la plupart généalogiques. Cf. J. Kàlin, Fr. G. dans les Freiburger GescMchtsbldtter, XI. Freiburg i. U., 1905. Ibid., 213 s. une bibliographie de ses ouvrages.
Les œuvres de Vadian (ci-dessous, p. 267) restèrent inédites et d'ailleurs ne traitaient que l'histoire d'une seule ville ; l'histoire primilive de la Confédération n'y est qu'effleurée. C'est donc au Fribourgeois Guillimann que revient la gloire d'avoir pour la première fois porté devant le public l'histoire ancienne de la Suisse, honnêtement traitée selon les règles de l'école de Blondus.
Guillimann lui-même ne pouvait exécuter qu'imparfaitement son travail d'épuration. Comme catholique, il dépendait des cantons primitifs, et ceux-ci, dont la position politique au sein de la Confédération semblait établie en grande partie sur la tradition tendancieuse, étaient moins disposés que tous les autres à souffrir une attaque contre cette légende patriotique. Guillimann arriva bien personnellement à se convaincre que l'histoire de Tell était une fable (lettre à Goldast du 27 mars 1607 chezKâlin, 463 s.); il se permit d'indiquer dans son histoire que les libertés des Waldstaedte ne remontaient pas à une haute antiquité, mais avaient été, au xiii* siècle, dans la lutte entre l'Empire et la Papauté, arrachées aux empereurs en récompense d'une tenue loyale ; il rapprocha du soulèvement des vieux cantons des événements semblables à Zurich, à Soleure et à Schaffhouse (liv.II, chap.XVl).j\laisil n'osa pas pousser jusqu'au bout cette idée féconde, ni supprimer de son histoire la légende de Tell. Ses allusions prudentes scandalisaient déjà les Etats confédérés.
Guillimann était au reste un chercheur intelligent et de sang-froid. Mais ni la critique ni la conception d'ensemble n'étaient bien profondes chez lui. Surtout pas la critique. L'échafaudage mensonger de Tschudi (dans la 1" rédaction, Kàlin,92) est pour lui, bien à tort, une autorité. Il sait que Plutarque s'écarte de César dans la relation de la guerre des Helvètes : il se prononce quand même absolument
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pour les Commentaires (liv. I. chap. vu). Il savait combiner (il rcconslruisil jKir les limites des diocèses les circonscriptions administratives romaines), il travaillait consciencieusement, mais son travail et son talent de combinaison s appliquaient souvent à des objets de nulle valeur. Il est à regretter toutefois queGuillimann, effrayé par le mécontentement de Soleure et, paraît-il, aussi des cantons primitifs, n'ait pas continué son histoire au delà de l'année 1315. L'histoire ultérieure de la Confédération fut ainsi complètement soustraite à la critique, et les vieilles fables furent jusqu'en plein xix*= siècle répétées sans scrupule môme par les historiens savants . Seule peut-être l'ancienne histoire de France a été, au xviii^ siècle, traitée avec un pareil manque de critique.
Jl. — L HISTORIOGRAPHIE DE? VILLES
La nouvelle culture n'exerça pas son influence seulement sur l'histoire nationale, mais aussi sur les histoires locales. Même là où les chroniques municipales avaient été, au moyen âge, systématiquement cultivées, les travaux historiques prirent à l'instigation de l'humanisme une autre tournure. Il faut remarquer particulièrement les deux grandes histoires locales composées avant Stumpf et Tschudi, et indépendamment d'eux, les ouvrages d'Anshelm et de Vadian .