Berne [Ansbelm
Valerius Rùd, appelé Anshelm, né 1475 dans la ville de Rottweil, sur le Neckar, alliée des Confédérés, descendant d'une famille considérée (Cf. Jahrbuch filr schiveizer. Gesc/i., 33, 79); placé à Berne 1505 comme maître d'école, 1508 médecin de la ville; zélé partisan de la Réformation (il dut pour ce motif quitter la ville de 1525 a 1528); mort 1547. Le Conseil de la ville de Berne lui donna mission en 1529 d'écrire fhistoire de la ville : Chronik der Stadt Bern. La chronique proprement dite commence à l'année 1474; mais Anshelm omet les guerres de Bourgogne, racontées au long déjà par Diebold Schilling, de sorte qu'il n'a donné d'exposition suivie que des années 1477 à 1536. 11 l'a fait précéder d'un aperçu de l'histoire de la Bourgogne de 1032 à 1218 avec maintes observations sur l'histoire générale d'Allemagne à cette époque et un exposé sommaire de l'histoire de Berne jusqu'à 1474, reposant sur les chroniques officielles. — V^ édition (d'après une copie faite en partie sous
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les yeux de l'auteur) par Stierlin et Wyss 1825 à 1833 (ne va que jusqu'à 1526). Nouvelle édition, comprenant la continuation conservée par fragments pour les années 1526 à 1536, par Blôsch 188i à 1901. Cette nouvelle édition est très défectueuse et pas même complète, de sorte que pour les anciens chapitres il faut toujours recourir à celle de Stierlin. Les lacunes les plus sensibles des dernières années sont comblées par Th. de Querva.\n, Kirchliche und soziale Zustàncle in Bern unmittelbar nach der Einfuhrung der Reformation (1006) 247-275. Cf. Fluri dans Anzeiger fur sckweizerische Gescli., 1908, p. 283 ss.
Anshelm composa en outre un manuel d'histoire universelle (jusqu'à 1536). qui parut à Berne 1540 sous le titre Catalogus annorum et principum geminus, etc. Son guide, d'après la préface, fut Annius de Viterbe, dont il ne reconnut pas les faux.
Cf. sur Anshelm : E. Blôsch, V. A. und seine Chronik 1889 : G. Tobler dans Festschrift zur 7, Sdkularfeier der Griindung Berns (1891), 40 ss. ; puis l'introduction de la nouvelle édition (en tête du dernier volume).
Anshelm historien humaniste. — A Berne, l'historiographie officielle nest pas un produit de l'humanisme. On la pratiquait depuis le commencement du xv^ siècle avec une suite qu'on ne rencontre guère au nord des Alpes. L'humanisme se heurtait ici, comme en Castille^ à une historiographie nationale déjà développée, avec une tradition ferme, que la forme de Bruni ne pouvait écarter d'emblée. Quand il reçut le mandat de continuer la Chronique de Diebold Schilling, Anshelm ne pouvait songer à créer tout à neuf l'histoire de Berne. Le moyen âge avait déjà résolu le problème spécial qui se posait aux humanistes, savoir de composer une histoire nationale suivie et d'un style soutenu ; Anshelm dut se contenter de corriger dans un résumé initial les données de ses devanciers qui choquaient le point de vue humaniste.
Sa Chronique montre quand même les symptômes de la culture nouvelle. D'abord dans de nombreux détails de forme. Et surtout dans une toute nouvelle conception de la vocation d'historien. Les anciens chroniqueurs avaient simplement servi de porte-voix aux gouvernements. La personne de l'auteur était restée dans leurs ouvrages tout à fait à l'arrière-plan. Ils avaient été officiellement censurés et corrigés- Anshelm rompit avec cette habitude. II se sentait Bernois, mais non représentant du Pouvoir. On serait tenté de le comparer à Machiavel, en voyant comme il traite subjectivement son sujet. Il fait, quand cela lui semble opportun, opposition directe à la politique du gouvernement. S'il blâme l'attitude anti-bourgui-
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gnonne de Schilling, ce n'est pas que la politique bernoise eût fait depuis un ohangcmcnl de front ; il critiquera aussi vivement les mesures de j:^ouvernants contemporains. 11 porte encore le nom et a les droits d'un Chroniqueur de la ville ; mais c'est l'individu qui juge, l'humaniste indépendant.
Tendances politiques et religieuses. — Mais c'est un humaniste qui a subi rinlluencc de la Réformalion allemande. Anshelm, dans ses jugements sur la vie politique, est exclusivement moraUste. II n'entend rien aux questions de la politique générale, et pas plus à celle de la politique bernoise. C'est un adversaire fanatique et absolument borné de la politique d'extension que depuis les guerres de Bourgogne le patriciat bernois poursuivait avec autant d'énergie que de prudence et de bonheur. 11 ne sait découvrir derrière les plans politiques des hommes d'Etat dirigeants que des motifs bas, tels que l'appétit pour des pensions. C'est le maître d'école sans expérience politique et c'est le protestant d'éducation théologique qui parle en sa personne. Nulle part son jugement ne dépasse l'horizon de l'honnête petit bourgeois. Ses sentences, tant qu'elles touchent à des affaires privées et aux côtés moraux des mesures politiques, peuvent être qualifiées de bons produits de la sagesse proverbiale ; l'esprit de la politique bernoise n'a pas soufflé par là. Il n'a pas compris l'importance capitale des mercenaires. Devant les efforts du gouvernement pour garder en main cette arme unique contre l'étranger, il se montre tout à fait obtus ; contrairement à l'histoire, il fait dériver toutes les calamités de l'Etat et de la Société de ce prétendu mal fondamental. Son idéal est la Suisse d'avant 1474, c'est-à-dire le temps où des querelles intérieures empêchaient la Confédération d'avoir une politique étrangère d'ensemble.
Anshelm dévoile son caractère de protestant par ses attaques contre la Papauté dans le style de la polémique luthérienne et par sa foi en une Providence divine dans l'histoire. Mais cela tient peu de place et a peu d'importance à côté de l'appréciation inintelligente et moralisante de la politique qu'il a en commun avec Zwingli, — conception qui a influencé jusqu'à nos jours l'historiographie suisse, et point à l'avantage des connaissances historiques.
Style et composition. — Dans la forme, l'ouvrage d'Anshelm est
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un compromis extrêmement heureux entre le style des chroniques médiévales et celui des annales humanistes.
A ses devanciers médiévaux Anshelm prit la variété de la matière. Il enregistra tout. S'il traite en détail les événements ecclésiastiques, dans un cas même avec une étendue disproportionnée (le procès Jetzer), cela tient sans doute à sa tendance protestante. Mais il notait, à côté des inévitables phénomènes naturels et des sinistres, les changements importants dans la constitution et dans l'administration. De l'humanisme vient l'ordonnance par annales, strictement observée, si l'on ne tient pas compte de la relation du procès Jetzer, probablement rédigée à part auparavant. A l'humanisme Anshelm emprunta encore son introduction très soignée sur l'utilité de l'histoire, ses allusions classiques, ses citations de sentences antiques.
La langue aussi est un compromis. La tradition demandait l'usage de la langue populaire. Anshelm ne pouvait se soustraire à cette exigence. Il essaya du moins de rapprocher autant que possible son style allemand des belles périodes humanistes. Cela le fit entrer plus d'une fois en conflit avec le génie de la langue allemande. Quand, à l'exemple de Salluste, il astreint ses sentences à une concision d'épigramme, son expression n'est pas seulement affectée, mais obscure, et quand il imite des constructions latines telles que l'accusatif avec l'infinitif, sa phrase se lit comme une maladroite traduction du latin.
L'art de son langage est pourtant son principal mérite. Il remplaça le style impersonnel de ses devanciers, qui flottait, indécis, entre un allemand administratif décoloré et une platitude vulgaire, par une langue personnelle, très originale, très réfléchie. A côté de latinismes manques et d'un laconisme forcé, on trouve d'heureuses créations néologiques.
Enfin Anshelm avait appris des humanistes l'art de choisir la matière d'une histoire de ville. Bruni et ses successeurs lui avaient enseigné le milieu à tenir entre l'histoire locale et l'histoire générale.
Anshelm et ses sources. — En sa qualité de chroniqueur officiel, les archives lui étaient ouvertes sans réserve. Il récolta ses matériaux avec une assiduité et une conscience qui, même à côté de l'ac-
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tivité de Galchi et de Guichardin, méritent l'admiration. Il a moins que tout autre historien ancien consulti'' des sources littéraires. Les événements bernois au moins sont presque exclusivement exposés d'après des pièces d'archives (minutes du Conseil, missives, recès de la diète). Il arrondit bien à l'occasion le style de ses documents et ne reste pas toujours objectif dans son travail. Mais on ne l'a pas jusqu'ici convaincu d'un faux. Plus rarement que d'autres il a inséré dans son texte des actes sur lesquels il n'aurait pas travaillé et sans y ajouter des observations personnelles pour orienter le lecteur.
Avec Anshelm finit l'historioc^raphie bernoise officielle comme institution indépendante. Avec lui elle perdait sa raison d'être. Un ouvrage comme sa Chronique supposait qu'il existait une historiographie indépendante. Berne en offrait moins que tout autre lieu les conditions. Déjà l'œuvre d'Anshelm eut des difficultés à vaincre. Le gouvernement n'en fit pas même exécuter une copie officielle complète et ne nomma pas dabord de continuateur. Gomment les autorités auraient-elles été satisfaites d'un ouvrage qui ne reproduisait pas leur manière de voir, mais celle d'une bourgeoisie frondeuse qui n'avait point de part au gouvernement !
On ne peut mettre au nombre des histoires humanistes la description du Twingherrenstreit bernois (1470), que nous devons au secrétaire municipal Thûring Fricker (Frickart, vers 1429 à 1519), bien que cette œuvre originale ne se rattache pas davantage à la Chronique médiévale. II faut admettre que l'auteur n'est pas resté complètement étranger à la culture humaniste, quoique les deux allusions faites par lui au Bellum Catilinarium de Salluste ne signifient pas grand'chose et que sa naïve crédulité ne laisse guère soupçonner une influence quelconque de l'humanisme italien. Mais son ouvrage n'a aucun rapport avec l'historiographie humaniste. Celle-ci n a rien d'analogue à la fidélité protocolaire avec laquelle il rend les débats du Conseil, des débats qui portaient, il est vrai, sur un sujet très important, mais ne se prêtaient nullement au déploiement de la rhétorique classique. Le Twingherrenstreit est une production singulière, qu'on ne saurait ranger ni dans l'historiographie humaniste ni dans celle du moyen âge. Elle n'a ni antécédents ni successeurs. C'est la création la plus estimable de l'historiographie suisse du xv** siècle et l'un des documents les plus précieux du mo,yen âge en général; il échappe à l'histoire de l'historiographie.
Le Tivingherremtreit (inachevé) a été publié pour la première fois dans la rédaction originale par Studer dans les Quellen zur Schweizer. Geschichte, I, (1887). Cf. (î. Tobler dans Festschrift zur 7. Sàkularfeier (1891), 23 ss.
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