Saint-Gall [Vadian
Joachim von Walt (Vadianus), né 1484 à Saint-Gall, humaniste (couronné poète à Vienne 1514), et médecin (promu docteur 1317), nommé parle Conseil médecin de la ville, vécut à Saint-Gall de 1518 à 1551, année de sa mort; élu bourguemestre 1526 ; l'un des principaux promoteurs de la Réformation à Saint-Gall. H composa dans un âge assez avancé (après 1545) un certain nombre d'écrits historiques ayant trait surtout à Saint-Gall. Nous nommerons :
i° Bie grosse Chronik der Aebte von Sankt-Gallen (1191 à 1491), qui fui remaniée plus tard par Vadian lui-même en la petite Chronique :
2*^ Die àbt des Closters zu S. Gallcn (720 à 1532, c'est-à-dire depuis le premier abbé Othmar jusqu'à la suppression, révoquée ensuite, du couvent).
3° Kurz beschreibung der alten frànkischeti kûnigen (de Merowich ;i Arnulf).
4*^ Die Kaiser (de César à Caligula).
Tous ces ouvrages allemands ont été publiés pour la première fois 1875 à 1879 comme J. von Wattsdeutsche historiscke Schriften par E. Gôtzinger. On ne connaissait auparavant que Farrag^o de collegiis et nionasteriis Germanise veteribus, écrit en 1537 (chez Goldast, Script07'es rerum alamanicarum, 111).
Cf. l'introduction à l'édition. Les publications ultérieures (on a publié aussi la correspondance de Vadian) n'ont pas apporté d'éléments nouveaux à la caractéristique de l'historien.
Rapports avec l'historiographie humaniste. — Un autre historien suisse, de date un peu plus récente, le Saint-Gallois Joachim von Watt (Vadianus) se rattacha beaucoup plus étroitement à la production humaniste des Italiens.
Vadian était infiniment supérieur comme historien au chroniqueur bernois. Sa culture était plus vaste, son horizon plus étendu ; il connaissait les affaires d'Etat pour les avoir pratiquées. Il avait une position tout à fait indépendante et traitait un sujet proprement historique, embrassant plusieurs siècles. Et puis il était si consciencieux dans son travail d'historien, il avait sur les faits un jugement si personnel et si plein de bon sens, que ses ouvrages ne sont pas seulement les créations les plus considérables de l'histoire humaniste en Suisse, mais sont au nombre des productions les plus distinguées de l'historiographie humaniste en général.
11 ne s'est pas contenté de développer les inspirations qu'il devait aux Italiens, il a dépassé ses modèles. Sa Chronik der Aebte von
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Sankt-Gallen, même si on la compare à VHistoire florentine de Machiavel, est la première tcnlalive faite pour traiter historiquement l'histoire d'une organisation politique. Vadian distingua des périodes, et constata des transformations. Il range bien son récit, suivant en cela Platina, d'après le nom des abbés en charge, mais c'est bien l'histoire du couvent qu'il nous donne. 11 ne s'était pas entièrement dégagé de la tendance moralisante de l'historiographie protestante. Mais il n'en était pas l'esclave. Il savait, quand il arrivait à des temps de décadence, l'expliquer par des causes nalurelles. Il évitait en principe de chercher dans un seul événement l'explication de transformations générales. Il exclut en général les anecdotes et quand il en raconte, il n'y attache pas une importance décisive. Ce que le génie de Machiavel faisait pressentir, ce que Nerli développait comme thèse à l'avantage d'une dynastie, Vadian le réalise. 11 n'estime pas les événements historiques d'après leur intérêt romanesque ou d'après leur importance patriotique, mais d'après leur place dans le cours du développement. Sans doute, on trouve encore chez lui des restes du vieux système : pas plus que Bruni il n'a écarté toutes les notices de ses sources sur des phénomènes naturels et des accidents. Mais malgré tout, plus qu'aucun ouvrage d'histoire humaniste, le sien s'est approché de l'idée qu'il y a un développement dans la vie des communautés humaines.
Vadian critique historique et narrateur. — Vadian fut en outre un des critiques humanistes les plus distingués. Sa critique surpassa de beaucoup la méthode de l'école de Blondus. Ses modèles italiens s'étaient contentés de remonter à la source littéraire la plus ancienne et de contrôler les récits des Chroniques par des documents : Vadian examina les sources les plus anciennes elles-mêmes au point de vue de leur tendance. A travers leur exposition partiale il chercha à se faire une idée propre et sans prévention du cours des événements. Il corrigea avec succès les données inexactes des sources saint-galloises sur les relations du cloître avec l'évêque de Constance. Il rejeta les légendes sur l'origine de la Confédération non seulement comme fabuleuses, ce qu'aurait pu faire finalement un autre humaniste indépendant, mais il fit voir dans les analogies qui avaient existé entre l'histoire des trois cantons forestiers et celles
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des autres nations de la Confédération, le meilleur moyen d'arriver à l'intelligence de la première alliance éternelle {Schriflen I, 408). Il rechercha l'origine des légendes ecclésiastiques. Les Italiens n'avaient pas cru non plus aux légendes ni aux miracles. Mais Vadian essaya d'expliquer la formation des récits de ce genre. Il avança que des histoires de miracles peuvent être transportées d'un saint à un autre et que les prodiges mentionnés par les païens ne sont en principe pas autre chose. 11 ne trouvait d^ailieurs pas à propos de la part d'un historien de bâtir des hypothèses sur des détails de peu d'importance. Il n'était lié par aucune considération extérieure; sa critique y gagna. Il écrivait en simple particulier, et comme citadin il ne devait aucun respect à la tradition du couvent.
Vadian a gardé aussi son indépendance dans le style. Son allemand se ressent bien encore de la cadence des périodes à la Tite- Live. Mais il ne fait pas violence au génie de la langue et il s'affranchit de la rhétorique des annalistes. Il écrivait avec autant de réalisme que Blondus, mais sans tomber dans la sécheresse de ton du savant italien. La narration et le raisonnement sont habilement réunis. Ses chroniques des abbés de Saint-Gall sont le livre d'histoire humaniste qui montre les vues les plus larges. Elles donnent plus qu'une histoire des personnes; on y parle de l'histoire de la culture (langue, littérature, musique), de l'administration, de l'architecture, etc.
Attitude ecclésiastique de Vadian. — Vadian avait le jugement plus libre que la moyenne des historiens protestants : son activité historique en valut de mieux. Il est adhérent résolu des nouvelles croyances. Il y a des jugements de lui qui ne se distinguent des thèses des Centuriateurs que par la modération de la forme. Il soutiendra l'opinion que toute espèce de décadence dans l'Église doit être imputée aux papes, et il est trop porté à rejeter exclusivement sur le clergé la faute des conflits entre le Pouvoir ecclésiastique et le Pouvoir temporel. Mais, en général, de profondes différences le séparent des hommes de parti confessionnels. On s'aperçoit dans son ouvrage qu'il avait été primitivement Érasmien et ne s'était rattaché que plus tard à la Réformation luthérienne. Non seulement
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il a consacré à son premier maître, dans son histoire, des paroles de chaude reconnaissance (1, 6), mais il écrit dans l'esprit de l'humaniste hollandais. Comme Erasme il tient vis-à-vis des théologiens le rôle du réformateur pratique, de l'homme d'Etat qui vit dans le monde. Il ne demande pas une abolition radicale, mais des améliorations. Il ne réprouve pas le monachisme en soi, mais en tant qu'il est déchu de sa pureté originaire. Il ne songe pas à magnifier la politique anti-curiale des princes laïques do la façon insensée dont le firent ensuite les Centuriateurs (ci-dessous JD. 313 s.) . Jamais il ne perd de vue la situation réelle. Voyez ses déductions sagaces sur le rapport qu'il voit entre la dignité d'abbé conférée à des membres de la noblesse et les guerres que le couvent eut à soutenir (1,130). S'il condamne les services étrangers des Confédérés, cet épouvantail des théologiens zwingliens, c'est surtout (autrement, dit-il, ce serait ain ring ding gsin II, 278, « c'aurait été sans grande importance ») par la raison qu'on ne sert pas un seul et même maître, et qu'ainsi des mercenaires suisses d'une même ville, dun même village, peuvent s'attacher à des partis en guerre l'un contre l'autre. Où il montre le plus de prévention, comme d'autres humanistes allemands, c'est peut-être dans sa polémique contre les Italiens. En revanche, même quand il tonne contre l'éducation barbare des moines, il ne s'exprime pas avec plus d'àpreté, mais au contraire avec plus de douceur et d'intelligence que d'autres humanistes. Aucun autre n'a aussi harmonieusement uni en sa personne l'humanisme érasmien et la piété protestante que le sage et docte bourguemestre de Saint-Gall. Mais précisément parce que ce mélange était strictement personnel, Vadian, moins encore qu'Anshelm, a pu laisser une école. Ses ouvrages n'ont été imprimés qu'après plus de trois siècles. Son initiative n'a cependant pas été tout à fait perdue. Stumpf appuya le chapitre de sa chronique suisse qui regarde Saint-Gall sur un travail de Vadian ; il en retrancha en le copiant les parties les plus intéressantes et les remplaça par des bribes de son érudition confuse (cf. l'introduction à Vadian p. XXXVI ss); mais quelque chose au moins de l'esprit de Vadian a pénétré dans le public du vivant de l'auteur.
La conception populaire de la Héformation est reflétée dans la Chronique familiale que rédigea du temps de Vadian et dans la même ville,
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le maître sellier, maitre d'école et pasteur Johannes Kessler (1502 ou 1503 jusqu'à 1574) : ce fruit de ses loisirs s'appelait Sabbata. C'est à peine si ces notes appartiennent à la littérature historique. Kessler n'était pas sans instruction, il avait gardé de beaux restes de ses études ecclésiastiques ; il connaissait des œuvres peu répandues de l'humanisme italien et exploita beaucoup Blondus. Mais ses Sabbata ne sont qu'une énorme compilation ; leur seul attrait vient de leur caractère de mémoires. Ce que Kessler nous communique sur les événements du monde est soit une simple copie d'ouvrages imprimés, soit une reproduction impersonnelle des opinions régnantes dans le cercle des réformateurs. Il n'assigne pas plus que ses modèles aux humanistes italiens et à Érasme le rang qui leur convient ; il ne les considère que d'après leur attitude vis-à-vis de la Réforme de Luther, et ne les prend que pour des précurseurs à demi éclairés ou inconséquents.
Kessler était très lié avec Vadian. Mais il appartenait à un tout autre monde. Il représentait la pieuse petite bourgeoisie protestante; Vadian, la petite phalange des hommes d'État formés par l'humanisme,
Kessler commença la rédaction de ses Sabbata (une chronique de l'histoire delà Réformation embrassant en particulier la Suisse de 1519 à 1540) vraisemblablement en 1524, mise au net 1533. l'"« édit. Gôtzinger dans Sankt-Gallische Mitteilungen zur vaterlàndischen Geschichte. 5-10 (1866 à 1868). Nouv. édit. avec biographie et commentaire par E. Egli 1902. — La Vita Vadiani, écrite peu après 1551, en tout cas avant 1561, est un portrait attrayant de l'humaniste et du réformateur : d'ab. imprimée comme Festgabe 1865; accessible et commode dans la nouvelle édition des Sabbata. Sur l'esquisse des Sabbata cf. E. Gagliardi dans Jahrbiich fur schweizer. Gesch. 35(1910) 56 ss.. Cf. aussi l'introduction de Traugott Schiess à son édition d'extraits des Sabbata dans les Schriften des Vereins fiir Refarmations-Geschichte, 103-105 (1911).