La Castille
a. — Les successeurs des chroniqueurs royaux du .moyen age
Vers la fin du moyen âge, la Castille avait beaucoup cultivé la chronique officielle dans la langue populaire. L'humanisme n'a pas créé, mais seulement transformé ce genre.
La chronique médiévale déjà avait été en contact avec des influences humanistes. Dès avant le xvi^ siècle, alors que les formes poétiques italiennes n'avaient pas été encore adoptées par la littérature espagnole, des poètes castillans isolés essayaient d'imiter Dante et Pétrarque. De même l'historiographie officielle, dès le xvi® siècle, s'était accommodée dans les détails aux modèles antiques de la narration oratoire. Ayala avait traduit Tite-Live; il avait de plus, à son exemple, inséré dans ses chroniques des discours, fait de larges peintures de scènes « dramatiques » et contrairement à son devancier, l'auteur de la Chronique d'Alphonse XI, retranché de son exposé des mesures d'administration intérieure qui ne se prêtaient pas bien à l'emploi de la rhétorique (la réforme des monnaies par exemple.)
Ses ouvrages n'appartiennent cependant pas proprement à l'historiographie humaniste. Celle-ci n'avait pas encore produit, de son temps, ses œuvres principales en Italie (le De casibus de Boccace, qu' Ayala avait traduit, ne compte pas comme modèle (cf. ci-dessus), et l'ouvrage d'Ayala est conçu dans un tout autre esprit que les histoires de Bruni et de ses disciples. Mais on n'a qu'à se rappeler la vénération de Pétrarque pour Tite-Live, pour reconnaître dans les efforts d'Ayala au moins une influence du premier humanisme ita-
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lien. Une autre analogie, c'est que chez lui, comme chez Pétrarque et Boccace, il ne s'agissait que d'une libre adaptation de formes de langage antiques, non pas d'une imitation systématique. La disposition médiévale subsistait ; on combinait seulement avec elle quelques moyens d'expression librement empruntés à l'Antiquité.
Ce milieu entre la manière médiévale et la manière humaniste resta dominant jusqu'à ce que, à la fin du xv^ siècle, l'humanisme et la Renaissance firent, en Espagne aussi, leur entrée triomphale.
r.f. sur Pedro Lôpez de Ayala, mort 1407, mon article dans les Mitteilungen des Instiluls fur ôstcrr. Gcsckichtsforschuiig , XXVI (1905), 225 ss.