‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 140 sur 341 · F*ulgar · texte numérisé non relu

F*ulgar

Heruando del Pulgar, né vers 1436 à Madrid, de bonne heure à la Cour de Castiile, sous Henri IV plusieurs fois en ambassade, nommé par Isabelle son secrétaire et son chroniqueur, mort entre 1492 et 1500. Ses œuvres sont :

1. Crônica de lossenorcs reyes catôlicos D. Fernando y Dona Isabel (jusqu'à 1490) 1™ édition, Vailadolid 1565 (sous le nom de Lebrija, qui l'avait prise comme base de son ouvrage historique latin ; voir ci-dessous) : sous le nom de Pulgar, Saragosse 1567. Nouvelle édition, Valence 1780; reprod. dans les Crônicas de los Reyes de Castilla, édition Rosell III (1878) Biblioteca de Autorcs espanoles, 70.

2. Libro de los Claros Varones de Castilla : 2* biographies de (Irands et de Prélats espagnols de la deuxième moitié du xV^ siècle. 1'" édition, Séville 1500 ; avec les lettres de Martyr, Amsterdam 1670.

Cf. W. H. Prescott, Ferdinand and Isabella, p. I, chap. xi; Amador de los Rios, Hlstoria critica de la Literatura espaTiolaWl (1865), 330 ss.

Le style humaniste correct, le style de l'école de Bruni, fut introduit dans les Chroniques royales de Castiile par Hernando del Pulgar.

Il est intéressant d'observer la façon dont Pulgar transforma les moyens d'expression déjà imités de l'historiographie antique.

Depuis Ayala, les vieux chroniqueurs castillans avaient inséré des discours. Mais ils s'étaient efforcés d'adapter leurs créations à la réalité ; ils avaient fait parler leurs personnages en Espagnols, et quand ils prenaient un ton solennel, ils s'étaient inspirés du style biblique plutôt que de celui des rhéteurs romains. Pulgar garda servilement les clichés classiques. Il ne nous présente pas des Grands et des prélats castillans parlant à des auditeurs castillans, mais

l'histoire contemporaine en castille (pulgar) 281

des rois et des hommes d'Etat abstraits parlant au public imaginaire des écoles de rhéteurs. Déjà les représentants des débuts de l'humanisme en Espagne avaient, en regard du chef-d'œuvre de la Chronique castillane médiévale, en regard de la Chronique d'Alphonse XI, considérablement restreint le terrain de l'histoire et mis en vedette d'une manière plus prononcée l'histoire des personnages au lieu de celle du pays. Mais Pulgar le premier fut conséquent dans le système de l'histoire individuelle. Il adopta en même temps de l'humanisme sa dédaigneuse négligence de l'Église. Il traite avec des longueurs et une loquacité insupportable les engagements militaires, les intrigues des monarques et des factions de la noblesse ; et il ne mentionne qu'en passant des choses plus importantes, mêlant par exemple les mesures de l'Inquisition contre lesjudaïsants à d'autres curiosités (il enregistre selon la coutume humaniste les choses curieuses, les phénomènes delà nature, etc., à la fin de chaque année). Il conserva la division traditionnelle en chapitres. Mais elle n'a pas la moindre influence sur la matière ; en réalité, il écrit des annales, comme tout autre humaniste.

Son style a tout à fait la forme humaniste. Au lieu de l'expression concrète et serrée ou impétueusement pathétique de ses devanciers, il cultiva la période verbeuse des humanistes. Sa narration fatigue assez vite ; mais elle est toujours agréable et s'impose par sa clarté. Il visait au style coulant et à la copia de Cicéron. Son ouvrage est par suite bien plus impersonnel encore que les vieilles chroniques royales. Pulgar n'était pas plus libre que ses devanciers vis-à-vis des instructions de la Couronne. Mais il n'eut pas même la liberté d'imprimer aux idées du gouvernement, au moins dans le style, un cachet individuel.

La valeur de ses sources est très variable. La narration des premières années est souvent imprécise et confuse ; plus tard elle gagne en précision dans les détails et repose sur de meilleurs renseignements. Ce que l'auteur a fait de mieux, ce sont les portraits que, sans doute à l'exemple de Pérez de Guzmân, et contre l'ancienne habitude, il a insérés dans le récit.

Pulgar se rattacha de plus près encore aux Generaciones, Semblanzas é Obras (ci-dessus p. 112) de Pérez de Guzmân dans son livre sur les hommes illustres de la Castille. Pour le style^ les Italiens lui servirent

282 HISTOIRE DR I. HISTORIOliRAfHlK MODERNE

ici encore de modèle. Il leur emprunta Ihabitude d'introduire des réminiscences classiques et des parallèles avec des héros romains, ainsi que le goût pour une rhétorique moralisante. Mais, comme Pérez, il jugea les membres de la noblesse et du haut clergé seuls digne d'être admis au nombre des célébrités nationales, et se mit par là en opposition directe avec les humanistes italiens, par exemple Facius, qui avait parlé des poètes et les avait même placés en tète des illustrations contemporaines (ci-dessus p. 119). Son successeur, Floriân de Ocampo (ci-dessus p. 276) se conforma à cette restriction du sujet. (Cf. Amadorde los Rios. Historia critica. Vil. 333 n. 3).

L'historiographie populaire du temps resta au contraire fidèle au style médiéval. La meilleure preuve en est l'ouvrage du curé de Los Palacios, dont le sujet concorde en grande partie avec celui de Pulgar : c'est YHistoria de los Reyes Catôlicos Don Fernando y Dona Isabel (jusqu'à 1513) de Andrés BernAldez. chapelain de larchevèque de Séville, Don Diego Deza, 1488 jusque 1513 curé du village de Los Palacios ; éditions de sa Chronique 18"0 à 1875 dans les publications de la Sociedad de bibliôfllos andaluces et dans les Crônicas de los Reyes de Castilla lll (1878). Bien que composé sans art, cet ouvrage est à plus d'un égard supérieur au travail humaniste du chroniqueur officiel. Bernâldez ne considère les affaires d'Etat que pour ainsi dire d'en bas, du point de vue bourgeois. Malgré cela, son exposition fait mieux ressortir que chez Pulgar certains principes politiques directeurs des rois catholiques. Il est fanatiquement orthodoxe, partisan de l'Inquisition, et sa profession l'entraîne à prêcher mal à propos. Mais il traite avec l'ampleur voulue des événements importants, comme l'introduction de l'Inquisition et l'expulsion des Juifs. Il n'est jamais profond, mais il rend avec exactitude et vivacité ses opinions et ses informations. (Cf. Amador de los Rios. Historia critica, VII, 326 ss.)

Page 1