‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 14 sur 341 · POGGIO · texte numérisé non relu

POGGIO

ronce proprement dite, mais seulement les guerres de la ville contre les ducs de Milan, il n'avait pas à interrompre son récit à la iin de chaque année pour recueillir des suppléments d'anecdotes disparates ; sa narration coule d'un mouvement calme et égal.

Malgré cela, la forme antique lui a nui. Sans être un profond penseur, Poggio était fin observateur. Comme il a su dans le dialogue De nobilitate fixer en quelques traits le caractère et la position de la noblesse dans les différents pays ! Comme il a esquissé un tableau vivant, quoique brossé à la manière d'un feuilleton, de la comparution de Jérôme de Prague au concile de Constance ! La dignité convenue de l'histoire et le pathos théâtral du style de la rhétorique Tout empêché d'exploiter son talent propre. Il ne put pas, comme plus d'un mémorialiste du xviii* siècle, se permettre de composer avec ce que lui apprenaient sa malicieuse connaissance des hommes et les bavardages des chancelleries, une amusante collection d'anecdotes historiques. Non seulement en considération du style, mais aussi à cause de sa position officielle.

Son œuvre est donc plus impersonnelle et plus vide que celle de Bruni (avec laquelle elle concorde chronologiquement dans la première moitié). Si TArétin, dans ses observations générales, restait à la surface et puisait plutôt 'dans l'antique morale philosophique qu'il ne suivait une théorie politique personnellement acquise, il n'abdiqua pourtant jamais son individualité. A travers les formules traditionnelles, on sent son républicanisme et son aversion pour la puissance politique de l'Église. Rien de pareil chez Poggio. Il dépeint plus rarement que Bruni la situation intérieure de la ville, et aussi d'une manière plus superficielle. C'est à bon droit que son observation sur le tumulte dit des Ciompi (1378) est devenue classique (p. 78 de l'édit. de Venise) : Quiela ab externis bellis civitate pax in dissensiones domesticas versa est. Nam civiles discordiae e vestigio civitatem invasere : quae pestis omni externo bello perniciosior est ; inde enim et rerum publicarum interitus et urbium sequitur eversio. Ferebatur a multis id divino judicio fiei'i, quo civitas hostis pontiftcum et belli impii auctores plecterentur . Alii rerum publicarum mores naturamque asserebant , ut civili quandoque dissidio vexentur, neque mirandum esse id Florentinam urbem passam, quod maximis quondam rébus publicis accidisset. La mention

28 HisToinn: de i. iiK^iitRioGR.vi'HiE moderne

d'une superstition et d'un lieu commun, voile'» ce qui motive une révolution politique et sociale !

Page 1