Foxe
John FoxE, né à Boston 1516 ou 1517, est gagné au protestantisme dès le temps de ses études à Oxford ; forcé à l'avènement de Marie de s'exhiler d'Angleterre, il finit par chercher refuge à Bâle (1555), où il paraît avoir vécu comme correcteur et imprimeur; de retour en Angleterre (à Londres) 1539 après l'avènement d'Elisabeth, il y meurt en 1587. Il a écrit : Commentarii rerum in ecclesia gestarum viaximarvjnque per totant Europam persecutionum a Viclevi temporibus ad hanc usque aetatem descriptio Ko. I, Strasbourg 1554. Cette première rédaction, qui n'a pas été continuée sous cette forme, va jusqu'à l'année 1300 et traite principalement de Wiklif et de Hus. Foxe suivit plus tard les traces de Jean Grespin (né à Arras vers 1320, avocat, proscrit de France pour sa foi protestante, d'abord à Bâle et à partir de 1548 à Genève, où il mourut 1572) dont le Livre des martyrs... depuis Jean Hus... publié pour la
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première fois 1554, cherchait, à l'aide d'actes judiciaires, de lettres, etc., à tracer une peinture authentique des persécutions subies par les martyrs protestants. Les Commentarii furent refondus en un grand ouvrage latin, qui parut à Bâle 1559 sous le titre de : Rerum in ecclesia gestarum, quse 'postremis et periculosis his temporibus evencrunt,'maocimarumque per Eiiropam persecutionum ac sanctorum Dei martyrum... digesti per régna et nationes commentarii (jusqu'à 1559). De ce livre non plus il n'y eut d'achevé que la première partie, qui traite des persécutions en Angleterre et en Ecosse ; il fut continué pour le continent par Henri Pantaleon à Bâle (1563, Bâle). Foxe prit rigoureusement modèle sur Crespin pour la méthode, mais son travail est moins honnête et moins impartial. Cf. sur- Crespin la littérature chez H. Hauser, Les sources de l'histoire de France, xvi'' siècle, n'^ 776, et du même : Etudes sur la réforme française (1909), 301 ss.
Plus populaire encore que le texte latin fut le remaniement en anglais que Foxe fit paraître plus tard à Londres. 11 y mit fortement à contribution les Centuries de Magdebourg, ce qui n'a pas été remarqué jusqu'ici. Il était intitulé : Acts and Monuments ofthe Christian Martyrs, etc.; le peuple l'appela tout court Book of Martyrs (f'' édit., Londres 1563, puis fréquentes; différentes éditions pseudo-critiques au xix*' siècle). La Convocation décréta en 1571 que des exemplaires de ce livre seraient déposés dans les églises cathédrales, dans les demeures desévêques, etc. Bien que ce décret n'ait pas eu la ratification du parlement, il fut obéi par le bas clergé dans de nombreuses paroisses.
Littérature, — Pendant des siècles le Livre des Martyrs avait passé aux yeux du clergé purit?in et des laïcs pour une autorité en matière d'histoire ecclésiastique, et les attaques des Catholiques et des Anglicans n'avaient guère été dirigées que contre la tendance presbytérienne de l'auteur. En 1837, pour la première fois, S. R. Maitland osa mettre en doute la sûreté d'information de Foxe, même dans les parties qui passaient pour les plus dignes de foi, dans les relations données comme fondées sur des actes des persécutions subies par les protestants en Angleterre sous Henri VIII et Marie la Catholique. {Sixletters on Foxé's Acts and Monnuments, réimprimés dans Essays on subjects connected with the Reformation in England 1849)). Malheureusement les recherches très insuffisantes sur plusieurs points de Maitland n'ont pas été systématiquement reprises, bien que le nombre des cas aille croissant où l'on peut convaincre Foxe de contre-vérités manifestes. Ce qui manque, c'est une confrontation des actes communiqués ou utilisés par lui avec les originaux. 11 y a pour cela des études préliminaires dans J. Gairdner, History of the Bnglish Church in the Sixteenth Century (1902; Cf rindex) et du même : Lollardy and the Reformation inEngland (1908 ss.). Cf. en outre J. Pratt dans le premier volume de Reformation Seiies of Church Historians of England (1870).
Les origines du « Livre des Martyrs ». — C'est en Angleterre que les idées des Centuriateurs se montrèrent le plus fécondes.
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L'historiographie ecclésiastique anglaise doit son existence aux théologiens de Magdebourg. L'origine de son œuvre la plus populaire et la plus influente en est la preuve éclatante.
Les Acts atid Monuments de Foxc n'étaient, sous la première forme où ils paruvent, en môme temps que les Centuries, qu'un recueil d'Actes des martyrs protestants. Comme dans le Livre des Martyrs français qui servit de modèle, relations et documents se suivaient dans un ordre assez lâche. 11 n'y avait pas d'enchaînement entre les différents morceaux. Les récits sur les persécutions des protestants n'étaient pas mis en rapport avec les faits anciens de l'histoire ecclé- ■^' siastique générale- En commençant par Wiklif la série des témoins du sang, l'auteur faisait tout simplement une concession au patriotisme anglais. Les Commentarii latins étaient un livre d'édification passionnée, mais n'étaient pas, même dans la forme, un livre d'histoire.
Lorsque Foxe s'occupa, sous Elisabeth, de remanier son ouvrage pour le public anglais, les Centuries avaient paru en grande partie. La conséquence fut que cette rédaction anglaise devint un livre tout nouveau. Le recueil de martyrs devint une histoire de l'Eglise. La ' situation insulaire de l'auteur ne se dément pas dans cette version définitive : l'Angleterre et l'Ecosse sont tout à fait au premier plan. Mais Foxe a trouvé des points de vue historiques généraux. Il n'utilise pas seulement les matériaux fournis par les Centuries (il cite leurs sources, non les Magdebourgeois eux-mêmes), il leur emprunte leur idée fondamentale. Comme Flacius, il se représente l'histoire de l'Eglise dans l'antiquité et au moyen âge comme une lutte entre la foi pure et la papauté. Seulement, pour flatter le sentiment national anglais, il mêle à cette théorie une conception favorite de Wiklif, et ne désigne comme temps de l'Antéchrist que les quatre siècles après le Loosing of the Satan arrivé en l'an 1000 (cette période dure pour lui à peu près jusqu'à 1371, c'est-à-dire jusqu'à l'apparition de Wiklifj. Mais sans les Centuriateurs, — les rédactions latines en sont la preuve — , il n'aurait pas repris cette théorie historique et surtout ne l'aurait pas développée.
L'exposition populaire. — On le voit, l'originalité du Livre des Martyrs n'est pas grande. Elle ne consiste en apparence que dans
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le mélange du genre populaire des histoires de martyrs avec l'historiographie savante. Mais ce n'est pas tout. Le succès de Foxe auprès du grand public, plus considérable que celui des Magdebourgeois, tient en grande partie à ce fait, qu'il n'était pas théologien.
Flacius avait écrit en Vieux-luthérien. La doctrina était tout pour lui. Il avait mis l'histoire du dogme au centre de son exposé et l'avait ^ traitée jusque dans le détail. Foxe ne témoigna d'intérêt que pour les points principaux de la nouvelle doctrine et mit la narration au premier plan. Surtout quand il pouvait conter les souffrances et la mort héroïque des martyrs protestants et la soif de sang de leurs adversaires. Il mêla — cela plaît au peuple — à la narration vivante des morceaux du genre sermon. Il ne donna jamais de simples notices ou des résumés, comme les Centuriateurs. Il ajouta à tout ce qu'il racontait des réflexions populaires à lui propres. 11 inséra beaucoup d'actes à l'état brut. Mais il accompagnait ses documents de remarques explicative^ et épargnait au lecteur les rognures du savoir. Son livre app^iient aux communautés prolestantes, non aux théologiens. La parole, chez Foxe, est à la bourgeoisie presbytérienne, non au Consistoire veillant sur la pureté de la doctrine.
Le travail scientifique de Foxe. — Gomme savant, comme critique, Foxe est bien inférieur aux Centuriateurs. Son ouvrage, quand il sort de l'histoire de l'Angleterre, n'est qu'une compilation sans scrupule. Plus que les Centuriateurs, il emploie comme sources des auteurs modernes. Sa critique n'est pas même au niveau de celle des Centuriateurs. En dépit de Polydore Virgile et de l'observation sceptique des Centuries (1. II chap. ii), il retient obstinément les fables de Godefroy de Monmouth et cite sans hésiter une prétendue lettre du roi Lucius au pape Eiputhère.
La matière, chez lui, est moins systématiquement ordonnée.' Il fournit des renseignements sur l'histoire politique anglaise — innovation qu'il doit aux Centuries — mais il les choisit bien moins habilement qu'elles. Moins qu'elles encore il s'intéresse à la vérité pour elle-même. Son histoire de la réformation anglaise a fait autorité longtemps chez les protestants : mais on l'a convaincue dans ces dernières années de beaucoup d'inexactitudes tendancieuses. C'était un mérite d'employer pour cette partie de son travail des pièces
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d'archives (registres desévêques); mais un danger s'ensuivait, c'est que par là les assertions du Livi'e des Marlurs se dérobaient en grande partie au contrôle. Foxe a souvent abusé de cette position pour opérer des falsifications illicites. Ce qui concerne les « Préréformateurs » est particulièrement tendancieux et altéré. Il met au nombre des victimes de l'intolérance ecclésiastique vis-à-vis des ôvangéliquesTévèquePeacock, âpre adversaire littéraire desLoUards au XV* siècle, qui fut contraint à l'abjuration publique de ses libres opinions rationalistes. Cela peut s'excuser par l'ignorance. Mais il n'est guère croyable que tout ce qu'il ait su de Savonarole, c'est qu'il a voulu réformer son ordre, et a montré dans le clergé et dans les moines « la source et les auteurs de toutes les calamités et de tous les vices ». Foxe est passé maître dans l'art de taire des faits qu/ le gênent.
Le Livre des Martyrs eut un immense succès. L'imprimeur-éditeur rompu aux affaires avait su rencontrer le goût du public presbytérien d'Angleterre. L'Eglise anglaise adopta officiellement son livre. La réaction anglicane du xvii^ siècle, cependant, se mit sur la défensive. Mais sous les Stuarts encore les Acts and Monuments restèrent pour le clergé puritain et dans les ménages puritains, à côté de la Bible, le seul livre d'édification, le seul aussi où les masses puisaient leurs connaissances en histoire ecclésiastique. Nulle part ailleurs les temps héroïques du Protestantisme n'avaient rencontré une peinture populaire aussi captivante.
Le livre de Foxe inspira ensuite l'œuvre principale de l'historiographie écossaise.