Arnold
Gottfried Arnold né 1666 à Annaberg, théologien, gagné au piétisme par Spener, 1697 professeur d'histoire à Giessen, 1700 prédicateur delà Cour à Eisenach, 1705 prédicateur à Werben, plus tard à Perleberg, mort 1714. Outre quelques petits ouvrages historiques {Historia et descriptio theologiae mysticx Francfort 1702), il écrivit Unparteiische Kirchenund Ketzerhistorie (jusqu'à 1688). Première édition, Francfort 1699-1700. — La meilleure appréciation d'Arnold est dans la diss. de Giessen de F. Flôring G. A. als Kirchenhistoriker (1883). Cf. aussi Baur, Die Epochen der kirchlichen Geschichtschreibung (1852), 84 ss. ; F. Dibelius, G. A. 1873.
On peut traiter brièvement le premier historien protestant qui éleva contre la manière de voir des Centuriateurs des objections de principe.
Gottfried Arnold resta tout comme Baronius enfermé dans le système historique de l'Église ; il y apporta seulement les principes d'une autre tendance ecclésiastique. Il n'est novateur qu'en ce sens, que du point de vue du piétisme il critiqua le passé avec aussi peu de ménagements que les Centuriateurs du point de vue vieux-luthérien. Ceux-ci avaient glorifié les représentants de la pure doctrine et du régime des Églises d'État : Arnold regardait avec méfiance les pontifes orthodoxes et les princes laïques qui se mêlaient du
l'opposition protestante (mosheim) 333
gouvernement de l'Église et ne voulait découvrir derrière leurs aspirations que des mobiles impurs. Ses sympathies allaient aux héros pacifiques, qui témoignaient de leur foi chrétienne par une vie calme et pieuse, qu'ils fussent par le dogme hérétiques ou non (de là le titre de son ouvrage).
Ces opinions ne sont pas soutenues dans une narration historique proprement dite, Arnold s'explique avec les Centuriateurs point par point. Les assertions polémiques seules lui appartiennent. Pour le reste, comme historien, il dépend absolument de son adversaire. Il observe l'ordonnance des Magdebourgeois. Il découpe comme eux la matière en rubriques extérieures. Il maintient môme la division par siècles. Il lui manque plus encore qu'à ses devanciers une vue d'ensemble sur l'enchahiement de l'histoire.
Son ouvrage est à ranger dans l'histoire de la polémique ecclésiastique plutôt que dans l'historiographie ecclésiastique. Arnold a, il est vrai, allongé la matière des Centuries, puisqu'il expose l'histoire de l'Église depuis la Réformation, ce qu'il appelle sa décadence (cependant cf. ci-dessus p. 313 s). Mais la composition, dans cette partie finale, est encore plus négligée que dans les autres. Les répétitions sont fréquentes. Ces défauts de forme ne sont pas compensés par un style énergique et franc, qui a recours assez rarement à la trivialité dont on aimait alors à le parer.
La critique historique est encore moins développée chez Arnold que chez les Centuriateurs. Il aime à s'appuyer sur des anecdotes douteuses. Il exploite cependant moins souvent que les auteurs plus anciens le domaine de la superstition grossière, de la croyance aux démons, par exemple. L'épanouissement de la philosophie naturelle au XVII* siècle n'avait pas passé inaperçu, même pour ce piétiste.