Mosheim
Johann Lorenz Mosheim, né 1693 à Lùbeck, l'721 Pro f essor desiijnatus à Kiel, 1723 professeur titulaire de théologie à Helmstàdt, 1747 chancelier de l'Université de Gœttingue, mort 1755. Il composa Compendium historiae christianae antiquioris (jusqu'à la fin du xv'' siècle). Helmstàdt 1737 (intitulé dans la première rédaction Francfort et Leipzig 1726 Institutiones historiae ecclesiasticae Novi Testamenti) . Continué par Institutiories historiae christianae recentioris (xvi" et xvii" siècle) Helmstàdt 1741. Plus
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ard refondu (1755) comme Institutionum historiae ecclesiasticae antiquae et reccntioris II. IV. Les InstitiUiones historiae christianae majores : Saeculurn. primum (1739) ne furent pas continuées. Les De rcbus Christianorum ante Constantinum Commentarii (1753) forment un complément à l'histoire ancienne de lEglise. Mosheim écrivit encore de nombreux ouvrages spéciaux. De ce nombre sont les dissertations sur les Ophites et les Frères apostoliques et sur Servet, qui parurent à Flelmstàdt 1746 et 1748 sous le titre trompeur de Versuch (et Anderweitiger Versuch) einer iinparteiischen und grûndlichen Ketzergeschichte. — Mosheim dirigeait aussi ses regards sur des contrées hors de l'Europe, comme le montre, entre autres, sa Erzâhlung der neuesten chinesischen Kirchcngeschichte (Rostock 1748).
Cf. G. -F. Baur, Epochen, 118 ss. ; N. Bonwetsch, M. als Kirchenhistoriker dans Fesischrift ziir Feier derl50 jàhrigen Bestehens der Kgl. Gesellschaft der Wisiienschaften zu Gôttingen 1901 ; K. Heussi M. 1906. (Comme préparation : une Dissert, sur die Kirchengeschichtschreibung Mosheims, et un article biographique dans Ztsch. der Gesellsch. f. niedersàchsische Kirchenchichte X [1905] 96 ss.)
Les vues politico-ecclésiastiques de Mosheim . — Le premier parmi les Protestants, Mosheim ramena l'histoire ecclésiastique de la région des événements surnaturels dans le monde réel.
Il ne serait pas exact de mettre Mosheim au nombre des rationalistes. Sans doule, comme la plupart des gens cultivés de son temps, il avait subi l'influence des études de sciences naturelles du XVII* siècle et du cartésianisme. Mais il appartenait encore à la période où l'on ne sentait guère le contraste entre la pensée théologique et la pensée scientifique.
Mosheim n'avait pas conscience d'une opposition de principe aux anciens dogmes. Le Diable, chez lui, est bien mis à l'arrière-plan, mais il n'a pas du tout disparu ; et on en peut dire autant des miracles. Sur les discussions intérieures du protestantisme, il a les opinions d'un latitudinaire ; mais il n'a, de propos délibéré, rien lâché de sa foi protestante et chrétienne.
Il lui était d'autant plus facile de garder cette position peu nette, que sa nature ne le portait pas aux spéculations théologiques. Son originalité consista surtout dans le changement du point de départ. Il aborda son sujet non en théologien, guère plus en philosophe, mais en homme du monde, en homme de la vie pratique. Il unit des conceptions qui avaient suivi jusqu'alors des voies séparées. Par lui — peut-être aussi grâce à ses relations avec la Cour de Wolfen-
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biittel — les principes qui avaient dirigé la plupart des hommes d'État du xvi^ et surtout du xvii* siècle dans leur attitude envers l'Église trouvèrent accès dans la théologie de profession. Il manquait d'intérêt pour la métaphysique. Les devoirs de l'Église, chez lui, sont tout à fait subordonnés à ceux de l'État. Qu'elle s'efforce de maintenir un certain niveau de culture, qu'elle agisse sur la conduite morale du peuple, et qu'elle s'abstienne de tout acte de violence contre les dissidents : le souverain sera satisfait. Elle n'est, la Préface en fait la remarque, qu'un coetus hominum comme un autre.
Les querelles dogmatiques perdaient évidemment par là leur importance. L'histoire ecclésiastique même, dans le vieux sens du mot. Du moment que l'Église chrétienne n'était plus conçue comme une partie du royaume surnaturel de Dieu et qu'on ne voulait cependant pas traiter son histoire comme une contribution à l'histoire générale des religions, en tant que société comme une autre, elle ne méritait pas qu'on lui consacrât une histoire détaillée. Aussi Mosheim a-t-il pu réduire considérablement et le format et l'étendue de l'histoire ecclésiastique.
Mosheim et renseignement académique. — Cela dépendit aussi d'une autre circonstance. C'est comme professeur, avant tout, que Mosheim écrivit son histoire. Ses Institutions sont un guide pour l'enseignement universitaire
Il a été amené par sa profession à l'histoire de l'Église. On manquait d'un livre d'enseignement qui représentât les opinions modérées des temps nouveaux. Son Compendium a les qualités et les défauts d'un manuel académique. Ce n'est pas une Histoire. Il est disposé en rubriques : disposition qui pouvait être commode pour le maître et pour les étudiants qui répétaient son cours, mais qui empêchaitdapprofondir la matière. (UHistoria ecclesiae externa, par exemple, est divisée en Facta prospéra ecclesiae et Facta ecclesiae adversa.) Mosheim retint même, pour des raisons pratiques, la distribution traditionnelle par siècles. Il cite très complètement la littérature scientifique la plus récente, surtout les travaux de critiques anglais et de savants français (qui lui étaient certainement plusfami- Hers, au début, que les sources même). Mais en bon professeur, il
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garde autant que possible, ici encore, une attitude conciliante : dans les discussions, il donne raison jusqu'à un certain point à chaque parti et n'en adopte entièrement aucun. Partout il poursuit un compromis pacifique, soit entre la tradition et la critique, soit entre différentes théories savantes. Il s'efforce de conserver le plus possible des opinions traditionnelles.
Mosheim et le Rationalisme. — Cette attitude modérée le sépare absolument des historiens de V Aufkldrung . Ceux-ci voyaient dans l'histoire ecclésiastique une collection d'exemples effrayants des excès auxquels la superstition et le fanatisme pouvaient conduire l'homme : Mosheim est tout à fait exempt de ces intentions polémiques. De l'histoire de l'Église il ne tire aucune conclusion générale. On a vanté son pragmatisme. Non sans raison, si l'on pense à ses jugements sur des personnes et des événements particuliers ; ses remarques sobres mettent souvent les points sur les i ; ce qu'il dit des mystiques et des fondateurs de sectes se distingue avantageusement des sentences méprisantes des rationalistes. Mais quand il veut motiver de grandes péripéties, l'expression de sa pensée est extraordinairem.ent pauvre, plate et partiale. Voyez comme il explique la propagation du christianisme, ou comme il peint la situation ecclésiastique avant la Réformation — l'habituelle caricature protestante. Le moyen âge, maintenant encore, comme on sait, la partie honteuse de l'historiographie protestante, est traité d'une manière insuffisante et avec des lacunes ; il ne fait pas même allusion à des problèmes essentiels de droit et de constitution ecclésiastiques qui dans les siècles du moyen âge dominaient le cours des événements et qui furent pour la Réformation d'une importance décisive. Les Inslitulions sont l'œuvre d'un homme intelligent qui a de la lecture, l'expérience du monde, un jugement éclairé, l'œuvre d'un bon professeur et d'un écrivain exercé, mais non d'un grand historien ni d'un grand penseur.
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