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Sarpi

Paolo Sarpi, né 1552 à Venise, 1565 membre de l'ordre des Servîtes, 1570 appelé à Mantoue comme théologien de la Cour par le duc Guillaume Gonzague et nommé professeur de casuistique et de droit canon au séminaire épiscopal, depuis 1575 de nouveau à Venise au couvent des Servîtes, nommé plus tard procurateur provincial et général de son ordre, mort 1623. Il fut choisi 1606 par le gouvernement de Venise comme théologien et canoniste de la République. Sa tâche était de défendre contre Rome les prétentions juridiques de la République. Il écrivit au nom du gouvernement divers traités sur des sujets touchant à l'histoire du droit ecclésiastique. On peut y ranger jusqu'à un certain point son unique ouvrage dhistoire, Istoria del Concilio Tridentino, commencé en 1608. Il eut à sa disposition les rapports diplomatiques sur le concile conservés dans les archives de Venise. La première édition de ristoria fut procurée par l'archevêque passé au protestantisme Dominis de Spalato, Londres 1619 ; elle nommait comme auteur Pieiro Soave Polano (anagramme de Paolo Sarpi Veneto). Deuxième édition, revue par l'auteur, Genève 1629. Les Opère (Venise 1675) ne contiennent pas l'ouvrage pseudonymique.

VIstoria de Sarpi avait longtemps passé, selon la confession à laquelle appartenait le critique, tantôt pour une autorité, tantôt pour une œuvre de mensonge : Ranke le premier, dans ses Aiialectèn zur Geschichte der Pàpste, deuxième section (1837) chercha à rendre à Sarpi une justice impartiale fondée sur lensemble de ses ouvrages. Le premier parmi les chercheurs indépendants, il signala des contradictions entre l'exposé de Sarpi et les documents authentiques. Ses recherches ont été continuées surtout du côté ultramontain; cf. spécialement. St. Ehses, Hat P. S. fur seine Geschichte derKonzilsvonT.ausQuellen geschôpftdie jetzt nicht mehr fiiessen? dans le Hist. Jahrbuch der Goerresgesellschaft. 26 (1905) 299 ss. (et puis ibid. 27 = 1906, 67 ss.). La confiance en la véracité de l'ouvrage de Sarpi a été dès lors définitivement ébranlée. — Pour la littérature générale sur Sarpi cf. A. -G. Campbell, Vita di S. 1875 ; Pascolato id. 1893 (discours d'occasion) ; A. Robertson, Life of S. 1894 ; Lettere inédite éd. Castellani 1892.

Tandis qu'en dehors du l'Italie l'historiographie se mettait partout au service de confessionnalisme, deux Ktats italiens qu'avait à peine touchés la Réforme de Lutlier, produisirent des écrits sur l'histoire de l'Église qui rappellent les polémiques sur la politique ecclésiastique du XIV* et du xv* siècle plutôt que les batailles autour de la justification par la foi.

Cela est vrai en tout cas du travail vénitien.

FUETER. 22

Point de départ de Sarpi dans la politique ecclésiastique— Lo luthéranisme n'était jamais arrivé à Venise à une importance politique. Le gouvernement n'avait jamais songé à réformer au nom de l'Etat les croyances de l'Église. Il avait tenu dautant plus à garder sous sa juridiction les institutions ecclésiastiques de son territoire. Il n'était pas le seul. Mais dans d'autres États la délimitation entre les droits de lÉtat et ceux de l'Église, entre le pouvoir central de Rome et l'Église nationale dépendant du souverain territorial, était généralement compliquée de questions dogmatiques : à Venise, les conflits gardaient encore, comme au moyen âge, un caractère politico-ecclé- J siastique. De là ce curieux anachronisme : cent ans après la Ré formation, un ecclésiastique, en Italie, écrivant l'histoire du concile de Trente exclusivement du point de vue de la doctrine anticuriale du moyen âge, redevenue alors (1606-1607) actuelle à Venise, et traitant un des événements les plus importants de la contre-réformation sans discuter les questions de dogmatique'et de constitution ecclésiastique soulevées par le mouvement luthérien.

Aussi l'ouvrage de Sarpi resta-t-il complètement inintelhgible aux Protestants d'autrefois. Ranke le premier a montré la voie d'une juste appréciation. 11 a rapproché V Histoire du Concile de Trente des autres traités et écrits polémiques composés par Sarpi pour le compte du gouvernement vénitien. Elle ne forme avec eux qu'une seule et même œuvre.

V Histoire de Sarpi n'est pas seulement comme eux un écrit tendancieux ; c'est le mémoire d'un avocat, une apologie historique de la politique particulariste de Venise dans les affaires d'Église. Que Sarpi y ait exprimé ses propres convictions ou n'ait joué que le rôle d'un avocat, cela ne change rien à la chose. Natif de Venise, et à demi protestant, il a bien pu tenir pour vraie la théorie qu'il avait à soutenir au nom de son gouvernement. Mais que ses vues personnelles aient été d'accord ou non avecla politique gouvernementale, il reste établi que son histoire est un plaidoyer revêtu de la forme historique et affecté de tous les défauts d'un écrit de parti. Il suppose partout et toujours à la partie adverse (la Curie) des motifs impurs. Quant les documents semblent rendre un autre son, il les interprète méchamment, quand il ne les falsifie pas. Des fautes occasionnelles des adversaires sont exploitées pour des jugements qui généralisent le

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cas. Là où les adversaires balancent et hésitent, Sarpi découvre des machinations raffinées.

L'ouvra.^e n'en est pas moins écrit avec un art supérieur, un emploi diligent de bons matériaux et une apparente objectivité. C'est un bon écrit de parti, précisément parce qu'il n'en a pas l'air. ' Sarpi émet rarement sa propre opinion, et c'est alors sous la forme de courts entrefilets. Il ne donne que par accès libre cours à sa haine contre la Cour papale. Mais sa polémique ne perd rien pour cela de son action. Le récit est si habilement arrangé, les témoignages documentaires sont si bien choisis, que l'auteur peut s'abstenir de formuler sa propre opinion. Les conséquences qu'il pourrait tirer, le lecteur les a déjà vues sortir des faits communiqués.

Ses idées sur le Concile. — Le parti pris de Sarpi a été particulièrement fâcheux en un point. Il la empêché d'apercevoir l'importance historique du Concile. Il ne voit dans l'assemblée de Trente qu'un instrument delà politique papale de centralisation. Il a exposé aussi les débats sur les questions dogmatiques et sur la discipline ecclésiastique ; il la fait dans le détail et en connaissance de cause. Mais nulle part il n'a cherché à éclaircir l'effet produit par le concile sur la vie intérieure de l'Église catholique. Il esquive le problème central de la contre-réformation. Il ne se demande pas si la centrahsation de l'Église et la précision plus grande avec laquelle la doctrine fut formulée par le Concile n'ont pas été une réaction inévitable contre la Réformation luthérienne, si l'Église, après le schisme, n'avait pas besoin d'une organisation plus forte qu'auparavant. Il eût été dangereux, sans doute, de se laisser aller à de telles réflexions : il aurait en grande partie justifié lui-même la politique de la Curie, qu'il combattait si vivement. On peut alléguer pour son excuse que la situation de Venise ne le poussait pas à cet ordre d'idées. C'est vrai. Mais cela ne donnait pas à un historien le droit de ne tracer l'histoire d'un Concile œcuménique que du point de vue d'un État italien étranger aux luttes confessionnelles.

Le style et la fortune de l'ouvrage. — Sarpi est, à côté de Guichardin, le plus grand artiste en histoire du xvi* siècle. Comme le Florentin, il a intellectuellement travaillé à fond son sujet. Comme lui, il pos-

sèdcune profonde connaissance pratique du milieu et de la matière. 11 l'égale par sa pénétration d'esprit et sa sagacité psychologique. Dans le style, il fait aussi peu de sacrifices à la rhétorique. 11 ne lui est inférieur que dans l'objectivité relative du jugement historique. Mais aussi il a plus de sensibilité : nombre de lecteurs préfèrent la passion chaleureuse de Sarpi à la froide analyse de Guichardin.

Il y eut un point où le sort de l'ouvrage montra qu'à Venise même il y avait quelque chose de changé depuis le moyen âge. Laurent Valla, qui avait avec le roi Alphonse les mêmes relations que Sarpi avec le gouvernement de Venise, avait pu sans être inquiété publier dans son pays et sous son propre nom son écrit sur la donation de Constantin. Depuis, la contre-ré formation avait supprimé la liberté de la presse de Vancien régime de l'Église. Bien que soutenu pour son travail par les autorités et constamment protégé par elles contre Rome, Sarpi ne put ni avouer son livre ni le faire imprimer à Venise. Ce n'est, jusqu'au .xviii^ siècle, que sur un sol protestant que l'Histoire du Concile de Trente put être publiée dans l'original.

Si Sarpi, comme beaucoup le prétendent, était Protestant en secret, cela ne change pas le jugement à porter sur son œuvre. L'Histoire du Concile de Trente ne défend pas la foi protestante; son opposition à Rome pouvait être partagée par un État catholique quelconque. Si dans son for intérieur il alla plus loin, c'est tout au plus une preuve encore que comme historien il occupait une position semi-officieuse (il dit quelque part qu'il doit porter un masque. Lettere éd. Polidori [1863] I, 237). — Cf. sur cette question : G. Rein, P. S. und die Protestanten 1904 (diss. de Helsingfors) ; Benrath dans Hist. Ztsch. 102, 567 ss. dans l'introduction à son édition des Neue Briefe von P. S. (1909) et dans Jubilàumsschrift (Heft 100) des Vereins fur Reformationsgeschichte, p. 305 ss. (1910).

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