‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 164 sur 341 · Pallavicino · texte numérisé non relu

Pallavicino

Sforza Pallavicino né 1607 à Rome, d'abord fonctionnaire papal, 1637 Jésuite, 1639 professeur au Colle gium Romaiium, 1659 cardinal, mort 1667 à Rome. Après la mort (1651) du Jésuite Terenzio Alciati, préfet des études du Collegium romanum, qui n'avait pu rédiger la réfutation de Sarpi qu'il projetait, Pallavicino reçut du général de l'ordre la mission de composer un écrit contre Sarpi. Son Istoria del Conciho di Trento parut à Rome 1656-1657. — 11 laissa en outre une histoire inachevée du Pape Alexandre VII {Délia vita di Alessandro VII II. V), imprimée seulement en 1839. — Opère édite et inédite 1845 à 1848.

Cf. Ranke, Analekten zur Geschichte des rômischen Pàpste, 2. Abschnilt (sur l'histoire du concile); n^ 130 (sur l'histoire d'Alexandre).

l'histoire ECCLÉSIASTICO- politique (PALLA.VICINO) 341

L'ouvrage que le parti papal et les Jésuites opposèrent à Sarpi, peut être traité plus brièvement.

Non pas que VHistoire du concile de Trente de Pallavicino n'ait pas très bien rempli sa tâche. Mais ce n'est plus guère un livre d'histoire. Sarpi du moins avait cherché à garder la forme de l'histoire et s'était librement rattaché à la méthode humaniste des Annales développée par les grands Florentins. Le travail de Pallavicino n'est plus, même extérieurement, celui d'un historien, mais un plaidoyer d'avocat, réfutant point par point les allégations de l'accusateur. Il sort presque entièrement par là du cadre de notre ouvrage ; nous ne pouvons nous engager dans des discussions de politique ecclésiastique.

Pallavicino n a d'ailleurs pas mieux fait ressortir l'esprit du Concile. Il n'est pas à cet égard en progrès sur son adversaire. Celui-ci avait suivi dans son histoire une vue générale. Il avait retracé à grands traits la politique de la Curie vis-à-vis des Protestants et des gouvernements laïques amis du Concile. Pallavicino en resta aux événements particuliers. Il n'aborda pas les problèmes delà contreréformation. Son but n'était pas d'exposer, mais de réfuter les reproches que Sarpi faisait à la Curie. Il eût moins fatigué le lecteur, dit-il quelque part, si comme Baronius il n'avait corrigé les fausses allégations de son adversaire qu'en les taisant et en établissant directement les faits. Mais il n'avait pu faire autrement, scrivendo io per lavittoria, non per V applauso (1. III, chap. xiii).

Il n'est pas contestable qu'il a très habilement accompli sa tâche. Il a exploité plus complètement que Sarpi les matériaux manuscrits et imprimés que sa position lui fournissait. Il a vérifié sur les originaux les données d'autorités telles que Guichardin, en citant toujours clairement ses auteurs. Sa polémique entraîne le lecteur non prévenu par son apparente franchise. Il reconnaît jusqu'à un certain point la légitimité des reproches faits à tel ou tel pape par la partie adverse. On sent qu'il écrit pour le pubHc éclairé des classes supérieures. Il évite le ton de la piété déclamatoire. Il aime mieux en appeler au sens commun et à la raison d'État. Fort habilement, il se retranche sur la nécessité politique pour défendre la Curie contre les exigences d'un idéalisme outré soulevées par les partisans des réformes. L'exposé, tout diffus et verbeux qu'il soit, ne manque

pas de vie ni de relief. D'ingénieuses comparaisons rendent la matière intelligible même aux personnes étrangères à la théologie.

La franchise de Pallavicino avait des limites. Il donne l'examen détaillé de choses peu importantes, enfle son volume jusqu'à lui donner une ampleur triple de celui del'advorsaire; et pour lespassages décisifs, sa minutieuse critique est muette. Ce qui ne pouvait se démontrer absolument par les actes, il le contestait tout net. D'après une méthode fort en faveur depuis, dès qu'il rencontrait une situation épineuse, il se cramponnait aux détails, et repoussait comme tendancieuse toute interprétation de l'ensemble qui risquait d'embarrasser la Curie. Ranke l'a montré, en bien des cas où Sarpi est durement repris par Pallavicino pour de légères inexactitudes d'expression, Sarpi est plus près de la vérité que l'avocat papal. Sarpi, tout comme Machiavel, avait souvent parlé d'intentions que l'on pouvait deviner, mais non prouver, comme de faits établis sur des documents : Pallavicino n'altérait peut-être pas autant ses sources, mais il pratiquait sur une grande échelle l'art de faire le silence sur des données gênantes.

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