‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 170 sur 341 · L HISTORI(; GRAPHIE DES DÉCOUVERTES · texte numérisé non relu

L HISTORI(; GRAPHIE DES DÉCOUVERTES

et à la suite des relations Fur le Nouveau Monde qu'on prend l'habitude d'ouvrir les histoires des peuples européens par une description détaillée du pays et de ses,; habitants. Même des classiques corrects se permettent de rompre ainsi avec la forme traditionnelle. Boethius (p. 209 s.) commence son histoire d'Ecosse par une digression sur le pays et ses habitants, et Bembo insère, assez déplacé dans son histoire de Venise, un chapitre sur les peuples du Nouveau Monde. Au lieu de récolter des lieux communs dans la littérature ancienne, les historiens, au moins ceux qui comptent, cherchent à se faire un jugement personnel. C'est ainsi que l'intérêt ethnographique éveillé par la découverte de l'Amérique réagit sur l'histoire de l'Europe.

Cette observation ne s'applique, bien entendu, qu'à l'historiographie humaniste. Avant 1492, elle ne renferme aucune description ethnographique. La littérature historique antérieure aurait pu y donner l'impulsion. Quelques historiens anciens, en dehors du canon humaniste, avaient inséré des digressions ethnographiques, et il s'en trouve dans des chroniques médiévales. Mais en fait, ces invites n'ont été suivies qu'après que la découverte de l'Amérique eut ouvert les yeux aux historiens. On peut citer comme phénomène parallèle que l'ethnographie fit à la même époque son entrée dans l'épopée du genre classique (avec VAraucana [1569 et 1590] de l'espagnol Ercilla[1533àl594]).— Cf. Gilbert Chinard l'Exotisme américain dans la littérature française au XV/*^ siècle,

Effet produit par les conquêtes dans les Indes. — Elles agirent de la même façon. Les ouvrages historiques qui racontent la circumnavigation de l'Afrique et ses suites ont surtout de la valeur par leurs digressions ethnographiques ; des stylistes insignifiants comme le Jésuite Maffei (p. 351 s.) ont donné par là de l'importance à leurs histoires.

Cependant cette historiographie-là eut une influence bien moindre que celle de l'Amérique. Les événements n'étaient pas aussi merveilleux, le pays pas aussi neuf. L'imagination romantique des lecteurs y trouvait moins son compte. Sur l'Inde et, en partie aussi, sur l'Afrique, des relations plus anciennes leur avaient appris des choses vraies et pas mal de fausses. Les récits des expéditions victorieuses vers les Indes ne pouvaient rivaliser avec la peinture des peuplades américaines découvertes dans le même temps. Nous ne pouvons donc pas nous y arrêter ici.

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Développement de 1 historiographie « américaine ». — Voici comment il se (it. il débuta par des reU'.tions particulières, parmi lesquelles celles do Pierre Martyr lienne^it la première place comme bons feuilletons de l'humanisme. Suivi "eut des compositions libres d'ensemble, dues à la plume des acteurs eux-mêmes ou de leurs secrétaires, entre lesquelles les travaux d'Oviedo se distinguent par l'indépendance du jugement et la connaissance précise du sujet, ceux de Cômara par son talent d'écrivain. Ces auteurs écrivaient encore du point de vue de Ihomme pratique, du Conquistador; leur description des indigènes ne respire ni orgueil méprisant, ni sentimentalité. Ils accommodaient la forme de leur narration au sujet : Uviedo n'avait aucun contact avec l'humanisme; Gômara ne fît à la forme classique que des concessions de détail.

La situation changea quand la génération qui avait pris part aux conquêtes eut disparu. Liiistoire des découvertes tomba aux mains des théologiens et des littérateurs. Les historiens cherchèrent à se rapprocher de la forme classique. L'intérêt ethnographique s'effaça. Les auteurs, comme les humanistes italiens, ne considérèrent plus leur sujet qu'en stylistes, tout au plus en patriotes. Ils manquèrent de critique et d'application dans l'emploi de leurs sources. Au lieu de décrire les mœurs des peuples américains, ils étalèrent avec une pompe théâtrale de brillants tableaux des liants faits espagnols. Leur horizon historique se rétrécit. Ils surent moins que leurs devanciers s'affranchir des préjugés de la culture théologique et classique de l'Espagne. Ce qui contredisait leurs opinions rehgieuses et politiques, ils l'écartaient comme des abominations. Les exposés moins partiaux, comme le travail de Sahagun, n'obtenaient plus le permis d'impression.

Littérature. — On n'a pas encore traité dans son ensemble l'historiographie de la découverte de l'Amérique. C'est W. Robertson (cidessous p. 456 ss.) Eistory of America, qui a le mieux caractérisé chacun des auteurs connus jusqu'à lui. Les études ultérieures sont allées beaucoup plus loin que l'historien écossais ; mais on ne peut pas dire quelles aient mieux saisi le caractère particulier des sources. Les digressions critiques ajoutées par W. Prescott à ses trois ouvrages bien connus sur l'histoire de l'époque (l'histoire d'Espagne sous Ferdinand et Isabelle, la conquête du Mexique et la conquête du Pérou) sont loin d'atteindre avec la même précision le fond des choses. La dissertation intelligente et soignée de Menéndez y Pelayo. Los Historiadores de

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Colon (dans les Estudios de Critica literaria, 2° série 1895) ne s'occupe malheureusement que de la partie des sources qui regarde l'histoire de Colomb. Renseignements peu sûrs et jugements scolaires dans le livre de Friedrich Weber, Beitràgezur Charakteristik der àlteren Geschichtschreiber i'tber Spanisch-Amerika, 1911.

il. — Ouvrages particuliers

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