iv7'ages sur des États et pays particuliers
A côt6 de ces exposés d'ensemble, nous avons de nombreuses relations et monographies sur des expéditions spéciales. Elles n'ont en général pas grande valeur pour l'historiographie. Elles ne lui appartiennent qu'en tant qu'elles traitent d'Etats où avant l'arrivée des Européens s'étaient développés déjà les germes d'une tradition historique, à savoir le Pérou et le Mexique. On s'attacha surtout à l'histoire du royaume des Incas.
Un ouvrage surtout eut une chance particulière. C'était déjà un curieux hasard, que le royaume des Incas fût pourvu, après coup, d'une histoire nationale humaniste embrassant ses légendes patriotiques. Mais l'auteur, Garcilasso de la Vega, qui rendit au vieux Pérou le même service que Boethius à l'Ecosse, possédait en outre une puissance d'imagination qui rejeta dans l'ombre les pâles tableaux des humanistes Européens. Aucun ouvrage historique de ceux-ci n'a produit un aussi grand effet sur la poésie et les spéculations des nations européennes.
a. — Pérou, i. — Petits ouvrages
Le premier qui traita en détail de l'ancien i^érou fut Pedro Gieza de Leôn; né vers 1519 probablement à Llerena, depuis 1534 en Amérique, combat sous les conquistadores, mort vers 1560 a Séville, où il paraît être revenu vers 1550. Sa Chronique du Pérou, entreprise sur un grand pied, et dont on ne connut longtemps qu'une petite partie, contient dans sa première partie une bonne description du pays et des habitants, ainsi qu'une topographie et une ethnographie de l'ancien Pérou : La primera parte de la Crônica del Perû, commencée 1541, terminée à Lima 1550, imprimée d'abord à Séville 1553 et aussi dans les Historiadores primitives de Indias, II (1853). La seconde partie donne une bonne histoire et description du royaume des Incas d'après les récits des indigènes : pub. 1880 par M. Jiménez de la Espada comme Scgunda parte de la Cronica del Perd dans la Biblioteca Hispano-Ultramarina. Des autres livres sur la conquête il n'y a d'imprimé que le troisième livre de la quatrième partie, qui a été publiée par Jiménez de la Espada sous le titre de Tercero libro de la guerras civiles del Perû, 1877, également dans la Bibliot. Hisp. Ultr. — Cf. Prescott, Conquest of Peru, à la fin de la première partie, où il est parlé de la deuxième partie de Cieza comme d'une œuvre du président Juan deSarmiento,etl.lV, chap.ix;L.Contzen,
l'historiographie des découvertes (garcilasso) 377
Die Historiographen der Conquista I : Cieza de Leôn und Inca Garcilasso de la Vega, 1891.
La situation du Pérou avant Pizarre a été traitée plus brièvement, mais nullement plus mal par Augustin de ZArate, qui fut envoyé au Pérou 1543 avec le vice-roi Blasco Nunez comme réviseur des comptes [contador de mercedes) de Castille. Il a moins de préventions théologiques que Cieza de Leôn. Son Historia del Descubrimiento y Conquista de laprovincia del Perû (Anvers 1555 ; aussi dans les Historiadores primitivos de Indias, II ; l'original subit avant l'impression la censure de Floriân de Ocampo [p. 276] ; l'autographe de Zârate se trouve encore à Simancas: Prescott, Appendix 14) est d'ailleurs consacrée principalement à la conquête et aux guerres civiles qui la suivirent jusqu'à la pacification sous Gasca. — Cf. Prescott, Conquest of Féru, 1. V, chap. iv.
L'histoire du royaume des Incas fut racontée à la façon des annales royales européennes par Pedro Sarmiento de Gamboa, né vers 1530 à Alcalâ de Henares, soldat, combattant au Nouveau Monde à partir de 1555 environ, depuis 1557 environ au Pérou; plus tard célèbre comme navigateur, mort après 1592.
Il poursuivait par son ouvrage une tendance déterminée. Son histoire du royaume des Incas, composée à l'instigation du vice-roi du Pérou D. Francisco de Tolédo, présentée 1572 à Philippe II, devait primitivement former la seconde partie d'une Historia gênerai llamada Indica qui n'a pas été écrite. (Publ. pour la première fois par R. Pietschmann dans les Abhandlungen der Gesellsch. der Wissensch. zu Gôttingen, phil-hist. Klasse N. F. Bd. 6, no4[1906]. Elle avait pour but de prouver que les Espagnols s'étaient à bon droit emparés du Pérou, vu que les Incas étaient des intrus et des tyrans illégitimes, qui n'avaient acquis le pouvoir que par la violence. Cela n'a pas empêché Sarmiento, semble-t-il, de reproduire fidèlement la tradition des indigènes. Son exposé repose sur une enquête ordonnée par le vice-roi, et il fit officiellement confirmer ses données par des indigènes. L'authenticité de ses indications paraît mieux assurée encore par le fait qu'il laisse subsister d'évidentes contradictions. Sarmiento est du reste un assez pauvre écrivain et sa critique en reste à la surface. — Cf. Pietschmann dans les Gôtt. Gelehrte Anzeigen, 1909, p. 151 ss.