L HISTORIOGRAPHIE SAVANTE EN ALLEMAGNE
tirer profit; dans ses travaux historiques aussi il poursuivait le but d'établir plus soigneusement que par le passé les prétentions généalogiques de la dynastie nationale. S'il aimait à construire l'histoire sur des documents, le désir de procurer des preuves juridiques sûres n'y avait pas moins de part que le besoin éveillé par la philosophie moderne d'une critique plus approfondie de la tradition.
Leibniz aurait voulu pousser l'historiographie savante en Allemagne dans les voies qu'elle avait suivies en France et partiellement en Italie, Il se proposait de mettre à côté des Annales de Lecointe des Annales impériales allemandes, de compléter les Scriptores de Duchesne (1636 à 1649) par des Scriptores allemands, de remplacer l'organisation savante de Saint-Maur par un Collegium historicum Germanicum. Mais la situation de l'Allemagne était trop défavorable à la pleine exécution de ces plans. On ne trouvait pas les ressources nécessaires pour des travaux nationaux d'érudition. Le philosophe n'eut d'appui qu'en ses souverains. Et ceux-ci ne pensaient naturellement qu'à leur territoire, à leur dynastie, et pas à l'empire. Au lieu de Seriptores allemands, on eut les Scriptores Brunsvicenses ; au lieu d'Annales impériales, les Annales impériales de Brunswick : l'Institut historique allemand ne fut pas créé. Et les Annales de l'empire, cette histoire de la dynastie de Brunswick élargie en histoire des Carolingiens et des empereurs saxons, ne furent même pas publiées; le travail ainsi enfoui fut perdu pour la science.
Leibniz suivait en général exactement les principes des moines de Saint-Maur. Il partageait leurs qualités et leurs défauts. Comme eux il veut avant tout donner la parole à la bonne tradition. Il tient à fixer au point de vue de la chronologie et de la généalogie les faits cités parles sources, plutôt qu'à en donner une explication historique. Il prend en main la critique interne des sources plus résolument que Tillemont ou les Bénédictins. Mais il se borne à d'intelligentes remarques occasionnelles. 11 rationalise toutes les fois que c'est possible les histoires de miracles. En somme, la matière historique est recueillie chez lui, mais non travaillée. L'ordre est purement celui des annales ; on trouve sans transition à la suite les unes des autres des notices sur les objets les plus divers; la narration et la polémique ne sont pas séparées. Nous n'avons presque exclusivement qu'une histoire des personnes (princières).
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Ce aei'ait nue erreur d admettre qu'en opposition avec les Bénédictins Leibniz eût conçu ou analysé pliilosophiqucmont l'histoire. Sa niauièi'e de la traiter n"a rien de coniniun avec riiistoriographie de V Aufkluruny . S il a soumis la tradition historique à un examen plus sévère qu'on non avait l'habitude en Allemagne, on peut y voir l'influence de son éducation malhémalique et philosophique. Mais comme critique il diiïérait très peu des savants français, eu majorité formés par le cartésianisme, il est resté taut à fait étranger aux problèmes sociologiques, économiques et politiques qui furent agités plus lard par le rationalisme.
Ce n'est guère longtemps après qu'écrivait le comte Henri de Bûnau, ne 1697 à Weissenfels, revêtu sous le roi Auguste II des plus hautes fonctions de l'État, envoyéà Eisleben sous Auguste III comme surintendant du comté de Mansfeld,. après, la mort de l'empereur Charles VI au service de l'électeur de Bavière, plus tard occupé dans son pays d'études historiques, mort 1762 à Ossmannstedt. — Genaue undumstândliche Teutsche Kaiser-und ReîchsMstorie (jusqu'à 918 ; une continuation prête en partie pour l'impression resta en manuscrit). Leipzig 1728 à 1743. Il avait paru auparavant (Leipzig 1722) comme échantillon de l'on, vrage entier Leben Kaùer Friediichs 1.
Bùnau aussi avait été à l'école des Français. 0 écartait au moins des fables manifestes et des inventions récentes. Comme Tillemont il harmonisait assez.adroitement, quoique très platement, les renseignements de ses auteurs en une narration courante.
Il s'étend avec une complaisance particulière sur les intrigues de cour. Bùnau est le type de l'homme d'État du xvni" siècle : il estime par-dessus tout les souverains qui se pjréoccupentde la paix intérieure et d'une administration rationnelle ; il est rationaliste avec me&ureet n'entretient avec la Klerisei qu'une amitié assez froide. En présence des querelles grossies outre mesure par le zèle nationaliste ou religieux, son sens rassis cherche à les réduire à leur véritable valeur. H ne faut pas lui en demander davantage. Penseur peu exigeant, il en avait trop vite fini avec les problèmes historiques pour avoir pu contribuer à approfondir la coliception de l'histoire.— Cf. Justi, Winckelmann \ (1866), 193 ss. Max Schurig, Die Geschichtschreibung des Grufcn H. v. B. 1940 (diss. de Leipsig).
Son contemporain et son rival Johaan-Jakob Mascov, né 1689 àDanzig, 1719 professeur à Leipzig, mort 1761, sut mieux que lui choisir les faits essentiiels : Abriss einer volhtândigen Historié des deutschen Reichs. Leipzig 1722; Geschichùe der Teiiltichen 6is zu Anfang der fmnhischen Monarchie, Leipzig 1726, continuée (1737) jusqu'à la fin des Mérovingiens ; fragments de lacontinuatfon Getichichte derTeutschenunter dcn Karolingen, chez W. Gôrlitz, Die fdstorische Forschimgsmethode J.-J. M. 1901 (Leipziger Studien éd. Buchholz, Lamprecht, Marcks und Seeliger VII, 4); Commen-