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L HISTORIOGHAPHIE SAVANTE EN ITA[.IE

tarii de rébus hnpei'ii Romano-Germanici, de Konrad l"' à Henri III, Leipzig 1741, continué plus tard (1748 et 1753) jusqu'à Konrad III.

Mascov poursuivait, il est vrai, un autre but que Bùnau. Celur-ci était homme d'État; lui, professeur. Il écrivait pour ses étudiants, et ses ouvrages sont avant tout de bons livres d'enseignement. Il substitua aux narrations détaillées de son devancier des rapports concis ; au lieu de débiter des lieux communs sur les intrigues de Cour et de palais des Mérovingiens, il réunit les faits sous un aperçu général qui peut servir à reconstruire le cours extérieur de l'histoire politique. Son style répudie les oripeaux de la rhétorique. Il réussit mieux en latin qu'en allemand à prendre le ton du manuel; il a peine à imiter dans sa langue maternelle la concision de l'idiome romain; la syntaxe et le choix des termes, en allemand, sont souvent très gauches.

Au reste son jugement n'est pas plus profond que celui de Bûnau, qui lui est supérieur pour la réunion complète des matériaux et la possession des sciences auxiliaires. Comme lui, il s'attache surtout à Tillemojit. Les termes par lesquels Gôrlitz caractérise sa méthode de travail (cf. surtout p. 10) s'appliqueraient presque sans changement à l'historien français. — Cf. en outre sur Mascov G. Voigt dans la Histor. Ztschr. XV (1866), 327 ss.

d. — Muratori. j

Lodovico-AntonioMuRATORi, né 1672 à Vignolaprès de 3Iodène, nommé à 22 ans directeur de l'Ambrosiana à Milan, appelé 1700 par le duc Rinaido d'Esté comme bibliothécaire etarchiviste à Modène, mort 1750. Annuli d'italia del principio déliera volgare sino aWanno 11^9. Venise 1744 à 1749 ; plus tard continué par d'autres (par Coppi, Ghiron jusqu'à 1870; P. Vigo, qui veut pousser jusqu'à 1900 ; le l<""vol. jusqu'à 1878, a paru en 1908). Muratori avait donné d'avance à ses Annales un complément pour l'histoire de la civilisation dans les Antiquitaies lùaliae \medii aevi, Milan 1736 a 1742, qui réunissent des recherches sur les institutions, les opinions, les mœurs et usages en Italie du v*^ au xin'' siècle.

Il faut citer à côté de ces deux grands ouvrages de nombreuses petites dissertations (voir la bibliographie d'ans les Scritti inediti [{S12], 313 ss. et les Opère minori Arezzo 1707 et Venise 1790) et des éditions, dont la plus célèbre est celle des Rerum italicarum Scriptores ab anno Chr. 500-1500 Milan 1723 à 1751.

Les Studi intorno agli « Annali d'italia » de Troya (1869 à 1877) ne s'occupent que des quatre premiers siècles. Cf. de plus Reumont dans Beitràge zur italienischcn Geschichte III ; C. Belviglieri dans les Scritti storici 1881 (discours de circonstance insignifiant; publié d'abord à part 1872) ; G. Sforza, Muratori e la repubblica dlLucca, dans les Memorie de l'Académie de Turin 1907. Il y a des choses importantes dans la Correspondance de Muratori, dont on publie actuellement une édition complète (éd. M. Campori). On avait déjà imprimé beaucoup de lettres à part; indiquons l'édition donnée par Campori de la Corrispondenza ira Muratori e Leibniz, 1892. — C. Cipolla, Leibniz e Muratori, 1893.

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Un historien italien sut plus complètement et sur une plus grande échelle que ses contemporains allemands l'aire bénélicier l'histoire de son pays de la méthode de Saint-Maur.

Muratori prit expressément et consciemment Mabillon pour modèle. Ses Annales d'Italie sont calquées sur les Annales de l'Ordre des Bénédictins. 11 a, sous plus d'un rapport, dépassé son modèle

11 avait d'abord sur lui cet avantage qu'il n'était pas moine, mais laïc assez émancipé : il rejette miracles et présages aussi résolument que les anciens humanistes. Par contre, il n'avait pas l'impartialité historique des moines de Saint-Maur, Quand il raconte les querelles entre les empereurs et les papes, il prend, autant que cela se peut, parti pour les souverains temporels. Il saisit toutes les occasions de chercher noise à Baronius, ce saggio e zelante porporato ; il aime à lui opposer Sigonius. On s'aperçoit, même dans son ouvrage d'histoire, qu'd avait comme avocat officiel à défendre son maître contre les prétentions de la Curie. Toutefois il n'a pas recours comme tels savants d'autrefois à des moyens déloyaux. Il termine son ouvrage par une citation de Mabillon et déclare ne vouloir comme ce « vrai maître » chercher que la vérité : cette promesse était certainement sincère. Jamais il n'a sciemment tu ou altéré la vérité.

Muratori a dépassé encore Mabillon (et Tillemont) sous un autre rapport. Il n'en est pas resté à la critique des sources un peu rudimentaire du maître. Non seulement il distingue avec plus de précision que lui entre les relations anciennes et les plus récentes, mais il ne se fait pas scrupule de corriger la bonne tradition, quand des motifs tirés du dedans la lui rendent suspecte. Aucun des anciens historiens avant Voltaire n'a mieux vu que Muratori que de bons récits contemporains peuvent aussi avoir subi une falsification tendancieuse; aucun n'a, relativement, examiné avec autant de soin les sources sur ce point. Et comme érudit, il n'est nullement inférieur à Mabillon. Pour la chronologie et la diplomatique, il s'est complètement assimilé les principes du maître et son expérience pratique Ta conduit à des résultats qui n'ont été admis que longtemps après lui dans la diplomatique officielle. Il se refusait à prononcer l'inauthenticité d'un document à cause d'une indication fausse : di simili sbagli commessi nelle Segretarie e Cancellerie de Principi, ne abbiamo più di un esempio (ad 968 in fine).

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Pour le style seulement il est indépendant de Mabillon. Celui-ci n'avait fait aucune concession à la rhétorique, mais sa dignité ecclésiastique et le style français de l'époque l'avaient retenu dans certaines bornes. Il ne franchissait pas les limites tracées sous Louis XIV à la langue de Yhonnête homme et du prêtre. Muratori ne connaît aucun scrupule de ce genre. Il n'emploie pas la sourdine. Son langage vigoureux est abondamment semé d'expressions populaires et proverbiales. Même dans les derniers volumes, où pour des raisons que l'on comprend il tombe souvent dans le ton d'un journal de cour, il n'abandonne pas entièrement son style réaliste. Il n'y dément pas non plus son intelligence nette et pratique ni son sobre jugement politique.

Sans doute il ne faut pas demander aux Annales cV Italie une véritable histoire de l'Italie, une étude approfondie du sujet. Muratori a beau, dans le détail, se faire son chemin lui-même, il est en somme, comme historien, tout à fait de l'école de Tillemont et de Mabillon. La matière n'est pas du tout composée. L'histoire politique seule est racontée. Muratori n'utilise ses études sur l'histoire des institutions et de la civilisation que pour éclairer les événements politiques ; il n'essaie pas de donner lui-même une histoire de la civilisation et des institutions. Et puis il ne sépare pas l'exposition et les recherches. Ses Annales, surtout pour les temps anciens, méritent- moins le titre d'histoire que celui d'études chronologiquement rangées sur l'histoire d'Italie. Non content de donner les résultats de ses recherches, il contraint le lecteur à passer avec lui par tous les chemins qui l'y ont amené. Comme l'histoire des empereurs de Tillemont, ses Annales ne sont, au fond, qu'un travail préparatoire.

e. — Rapin Thoyras.

Paul de Rapin, sieur de Thoyras, appelé Rapin Thoyras, né 1661 à Castres, quitte sa patrie à cause de sa foi huguenotte après la révocation de l'édit de Nantes et se rend avec Guillaume d'Orange en Angleterre, mort 1735. Il écrivit à Wesel, où il s'était retiré à un âge avancé, son Histoire d'Angleterre (jusqu'à 1689), publiée à La Haye 1723 ss. Plus tard traduite et continuée. — Cf. R. de Cazenove, fiapm Thoyras, sa famille, sa vie et ses œuvres 1866.

L'homme d'État -iiuguenot Rapin Thoyras est un peu à l'écart de l'historiographie des Bénédictins, et lui est pourtant apparenté.

Il fui le premier qui ajjpliqua à l'Iiisloire d'Angleterre la nouvelle méthode savante. Une chose qui caractérise sa manière de travailler, c'est qu'il commença par faire un extrait complet des Foedera de Rymer, c'est-à-dire d'un recueil d'actes (ses extraits ont été plus tard imprimés à part). II recueillait et utilisait tout ce qui lui était accessible en fait de documents, avec une activité inlassable, une grande conscience et une critique intelligente.

Il ne se borna pas à recueillir et à ranger. Il avait le sens de la continuité historique. Il chercha à transformer en vue historique les théories des juristes parlementaires anglais qui ne croyaient pas avoir fait une révolution, mais uniquement maintenu ou rétabli l'ancien droit du pays. Si la conception anglaise de l'histoire resta en général sa norme, il chercha du moins à la dépouiller de sa forme juridique. Il établit son exposé sur deux postulats : premièrement, le gouvernement anglais n'avait pas changé depuis l'installation de la monarchie et était resté presque le même que chez les Saxons en Germanie (c'est à lui sans doute que Montesquieu a emprunté l'idée que la liberté anglaise avait été trouvée dans les forêts de la Germanie) ; deuxièmement, l'historien ne doit pas séparer en Angleterre le prince et le peuple, car ils forment une unité, un corps, qui a les mêmes intérêts et les mêmes vues. Lui aussi regardait les luttes pour le pouvoir politique en Angleterre comme de pures contestations juridiques. Pour lui, les anciens Saxons, les fondateurs de la constitution anglaise, ont établi leur forme politique par des principes de raison bien réfléchis.

Donc, peu de progrès chez Rapin dans les considérations historiques générales. Mais il raisonne excellemment quand il a à se prononcer sur un événemeni particulier, sur une situation déterminée. Il avait observé exactement et de près la vie des partis en Angleterre, il avait lu attentivement leurs écrivains. Il avait appris à penser en politique, sans devenir homme de parti ; il restait spectateur désintéressé. S'élevant, comme étranger, au-dessus des mots d'ordre des partis, il a, ainsi qu'on lui en fait gloire à bon droit, écrit la première histoire impartiale de la révolution d'Angleterre, On croit bien reconnaître que ce huguenot se sentait plus attiré par les Presbytériens que par d'autres partis. Mais cette sympathie ne lui a jamais fait défigurer tendancieusement les faits. II fut le premier

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