‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 181 sur 341 · L HISTORIOGRAPHIE SAVANTE DR L ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L HISTORIOGRAPHIE SAVANTE DR L ANGLETERRE

historien peut-être cjiii, en opposition consciente avec' les sources anglaises, traita Cromwell en le comprenant, et même en l'admirant. Il n'appliquait pas aux faits une mesure doctrinaire et se gardait de généraliser dans ses jugements sur les partis et les personnes. Il s'étend presque autant sur les affaires de l'Kglise que sur les affaires politiques : progrès considérable, tant sur les historiens purement politiques tels que Glarendon que sur les Puritains, qui présentaient volontiers les conflits politiques comme des combats pour le royaume de Dieu (cf. par exemple la biographie du colonel Hutchinson). Quant aux problèmes économiques, il n'y touche pas non plus ; il n'apprécie l'acte de navigation, par exemple, que d'après son importance momentanée pour la politique de Cromwell.

L'Histoire d' Angleterre de Rapin, bien qu'elle partage le défaut des autres productions de l'école érudite, celui d'une trop grande abondance de détails, a eu beaucoup d'influence sur les idées politiques des nations continentales. L'historiographie de parti de l'Angleterre (ci-dessus, p. 212 ss.j, n'a été connue que par lui hors de ce pays. Avec Glarendon (qui a été dans l'original moins connu sur le continent), Rapin a eu la part la plus considérable dans la formation des idées traditionnelles sur la révolution d'Angleterre. Longtemps encore les recherches ultérieures ont été sous la dépendance de son œuvre.

Pour l'influence des idées anglaises sur Montesquieu, cf. J. Dedieu, Montesquieu et la tradition politique anglaise en France, Les sources anglaises de l'Esprit des lois 1909.

f. — L'histoire universelle en Angleterre.

On peut signaler ici la grande histoire universelle anglaise, que son caractère d'apologie érudite permet de mettre en parallèle avec les travaux des Bénédictins.

Un examen superficiel disposerait à rattacher VUniversal History from the earliest account optirae to the présent (Londres 1736 à 1765) à l'historiographie de V Aufkldrung . Car ce travail collectif anglais est la première histoire universelle qui mérite un peu ce nom. La première, elle dépasse l'ancien horizon chrétien (comprenant le Judaïsme et l'Antiquité) pour embrasser, avec l'Europe et l'Afrique septentrionale, non seulement l'Asie Mineure, mais tout le continent asiatique. Depuis les Ennéades de Sabellicus, elle est la première qui abandonne le cadre de saint Jérôme.

Mais il ne Serait pas moins tout à fait inexact d'en conclure une affinité intérieure avec l'historiographie rationaliste. D'abord, les auteurs ne sont pas sortis de la mentalité théologique, ils n'ont fait qu'agrandir extérieurement le domaine de l'histoire universelle. Ils n'ont pas pris leur point de départ en dehors de la vieille théorie historique chrétienne. Us ont versé leur vin nouveau dans les vieilles outres. Us ont essayé d'agencer tant bien que mal dans le système de saint Jérôme l'histoire des parties de la terre inconnues à l'antiquité. Ils s'efforcent, par exemple, de démontrer tout au long que Fô-hi, le fondateur de rempire chinois, est identique à Noé (liv. XVI, chap. i'^"'). Ils croient encore à l'eificacité d'usages superstitieux : ils recueillent naïvement les données de la philosophie populaire de l'Antiquité snrla. science de lamagie chez les anciens Egyptiens (t. I, Z" section, § 565 d.) Leur ouvrage a bien pu, à cause de son origine anglaise, scandaliser -plusieurs personnes en Allemagne, et Baumgarten a dû adjoindre à sa traduction des Prûfungen und Widerlegungen (cf. sa préface à la traduction allemande, Halle 1744, p. 52) : mais il n'y a pas trace d'un penchant quelconque pour le rationalisme. L'histoire universelle anglaise est l'reuvre d'une piété orthodoxe et le récit de l'histoire biblique a même une intention apologétique.

Les auteurs suivaient d'ailleurs absolument les chemins battus. L'histoire des pays européens consiste en une série de faits et gestes ; les tableaux d'ethnographie et d'histoire de la civilisation sont réservés aux nations non européennes. Parmi les savants qui collaborèrent, le plus important fut sans doute John Campbell (1708 à 1775), qui rédigea l'histoire de la haute antiquité et la plus grande partie de l'histoire moderne. Il eut à ses côtés le traducteur du Coran Georges Sale (vers 1697 à 1736) qui eut pour sa part l'histoire de l'Orient, le Rév. John Swinton (1703 à 1777), qui écrivit l'histoire des Carthaginois, des Turcs, des Mongols, des Chinois, des Indiens, etc., le Jésuite Archibald Bower (1686 à 1766) qui traita l'histoire romaine, le fameux charlatan du Midi de la France George Psalmanazar (1679 à 1763), qui exposa l'histoirejuive, grecque, etc., et d'autres encore. On ne peut pas toujours réaliser avec certitude l'attribution à chaque auteur.

John Gray et William Guthrie, avec d'autres, confectionnèrent un abrégé de cette grande histoire universelle. Leur travail, qui porte le titre de A General History of the World, parut d'abord à Londres 1764 à 1767. — Cf. aussi K.-J. Neumann, Entwickiung und Aufgaben der alten Geschichte (1910), 28 ss.

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