LES FAUX
silence l'ouvrage par lequel Mabillon a constitué la science de la Diplomatique. Depuis que l'historiographie consultait de plus en plus les documents, il lui importait beaucoup que la critique n'en fût plus livrée à l'arbitraire et au dilettantisme.
Il est curieux de constater ici encore la différence entre Jésuites et Bénédictins.
On sait que Mabillon fut entraîné à ses recherches diplomatiques par le Jésuite Papebroch, dont la critique hardie, mais sans méthode, avait déclaré faux tous les diplômes antérieurs à Dagobert (1675). Mabillon opposa à ces assertions aventureuses son grand monument, fruit de plusieurs années de travail (De re diplomatica 1681). Il n'entama pas une polémique, mais il écrasa son adversaire par les travaux d'une infatigable activité.
A côté de lui se place son confrère en religion Bernard de Montfaucon (16'Jo à 1741), le fondateur de la paléographie grecque [Palœographia graeca, Paris 1708) et l'auteur du premier livre complet et critique sur l'archéologie classique. [L'antiquité expliquée et .représentée en figures, Paris 1719, avec un supplément 1724). C'est le TiUemont de l'histoire de l'art antique. La comparaison de son œuvre avec l'ouvrage principal de Winckelmann fait comprendre ce qui la distingue d'une histoire de l'art, et en général les moines de Saint-Maur de l'histoire.
Montfaucon publia aussi Les monuments de la monarchie française (Paris 1729 à 1733). Cf. sur sa vie, E. de Broglie, B. de Montfaucon et les Bernardins, iS9{ .
Ce n'est pas ici le lieu dénumérer tous les services qu'ont rendus à l'histoire les moines de Saint-Maur et leurs congénères par leurs éditions et leurs lexiques, souvent vrais modèles pour leur temps. Notons seulement que les effets de leur activité sont marqués jusque dans le xix'^ siècle. Même l'historiographie savante issue en Allemagne du romantisme s'est rattachée plus étroitement qu'on ne le dit en général à l'exemple donné par les Bénédictins. Les Monumenta Germanise, par leur disposition, sont parents des Scriptoros de Dom Bouquet et de Muratori : les Annales de Tillemont et de Mabillon revivent dans les Jahrbiicher de l'empire d'Allemagne. On n'a pas, sur le modèle de la Gallia sacra et de Vltalia sacra, composé une Germania sacra (comme on en eut l'intention dès le xviii" siècle; cf. A. Brackmann dans la Hist. Zschr. 102 [1909], 323 ss.) : c'est un inconvénient, dont souffrent encore les études consacrées au moyen âge allemand.