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Les faux

La critique des anciens humanistes, qui désiraient, en opposition à la tradition médiévale, remonter à des sources de l'antiquité et du commencement du moyen âge, avait provoqué l'invention de chroniques et d'historiens par Annius de Viterbe et son école (ci-dessus, p. 165). Ces faux avaient été assez maladroitement composés. Quand la nouvelle école savante se fut mise à scruter méthodiquement l'authenticité

des témoignages historiques, les faussaires furent obligés à plus de précautions. On avait travaillé scientifiquement la diplomatique et la paléographie, et un faux n'avait chance de l'aire son chemin que s'il satisfaisait aux critères de Mabillon et de ses disciples.

Les faussaires surent s'accommoder de ces nouvelles conditions Surtout en France, naturellement. L'ancienne école de faussaires était partie de l'Italie ; il était naturel que la nouvelle s''exerçàt avec les plus grands raffinements dans le pays qui avait produit un Mabillon. Le premier et peut-être le plus remarciuabic représentant de cette tendance fut l'oratorien Jérôme Vignier (né 1600 à Blois, mort 1667 à Paris). 11 a si habilement falsifié nombre d'actes et de lettres concernant l'histoire des temps mérovingiens que même le Bénédictin Luc d'Achery s'y est laissé tromper. Cf. J. Ilavet, Questions Mérovingiennes dans la Bibliothèque de V Ecole des Chartes XLVI (1885), 20o ss. Ces faux ont passé pour authentiques jusqu'aux temps modernes. Au xvui° siècle, ils ont été utilisés entre autres par l'abbé Alsacien Philippe Grandidier, archiviste de l'évêché de Strasbourg (mort 1787), qui en a ajouté de nouveaux dans son domaine, l'histoire alsatique. Ces derniers aussi, d'ailleurs, ont des égards si raffinés pour les exigences critiques de l'école érudite qu'on a cru longtemps à leur authenticité. Les Annales Argentinenses brèves n'ont été démasquées que tout récemment comme falsification. Cf. H. Bloch, Die elsàssischen Amialen der Staufcrzeit dans les Regesten der Bischôfe von Strassburg, I, 1 (1908).

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