‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 19 sur 341 · NAVAGERO · texte numérisé non relu

NAVAGERO

lète le nom d'un doge, mais avait tout à fait la couleur vénitienne officieuse. La dépendance de l'écrivain se fit sentir même dans l'ordonnance de la matière : la 8^ Ennéade, qui serait d'après nos habitudes de langage le moyen âge, commence à la fondation de 'Venise, événement de peu d'importance alors (la 7^ Ennéade commençait à la naissance du Christ), et dans la digression, au début de la 11* Ennéade, sur l'Italie moderne, il parle d'abord, non pas au chapitre du costume seulement, mais à celui de la langue, du dialecte vénitien, et en a vite fini avec le toscan. Les derniers livres offrent ainsi une continuation de V Histoire vénitienne, à laquelle Sabellicus renvoie d'ailleurs expressément pour les temps anciens.

Les Ennéades montrent que les historiographes humanistes ne craignaient pas d'appliquer leur méthode même à cette partie de l'histoire qui jusqu'alors avait été regardée comme le domaine propre des théologiens. Sans polémique directe, presque inconsciemment, et sous l'empire de considérations littéraires plutôt que philosophiques. Personnellement Sabellicus était un homme pieux, et pour la narration des histoires bibliques il dit s'être fait aider par un moine {Epistola apologetica, à la tête du 2° vol des Opéra). Mais il n'était pas théologien ; il raconte le songe de Nabuchodonosor sans en tirer les conséquences et ne sait rien des quatre monarchies. (Enn. II, l. V p. 303 s.) Il fallut attendre plus de deux siècles pour que cette façon de penser laïque et sans prévention rentrât dans l'historiographie. La conception théologique brillamment rétablie dans l'intervalle ne fut qu'au milieu du xviii® siècle définitivement bannie de l'histoire sérieuse.

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