Robertson
William Robertson, né 1721 à Boiihwick en Ecosse, 1743 pasteur à Gladsmuir, 1759 chapelain du château de Stirling, 1761 Pn/ici/)a/ de l'Université d'Edimbourg-, 1763 historiographie d'Ecosse, prit comme chef du parti modéré une position influente dans la General Assembly ; mort 1793 à Edimbourg. Ses ouvrages sont :
1° The History of Scotland (jusqu'à 1603), Londres 1759.
2° History ofthe Reign of the Ëmperor Charles V, avec un aperçu de l'histoire d'Europe depuis la chute de l'empire romain jusqu'au commencement du xvi*^ siècle, Londres 1769.
3° History of America. La T^ édition (Londres 1777) ne traite que l'histoire des colonies espagnoles et portugaises ; c'est seulement dans l'édition de 1794 qu'est exposée aussi l'histoire de la Virginie (jusqu'à 1688) et de la Nouvelle Angleterre (jusqu'à 1652).
4° Historical Disquisition concerning the Knowledge lohichthe Ancients had ofindia, 1791.
Cf. pour la biographie Lord Brougham dans English Men of Letters.
S'il est difficile d'être au clair sur les rapports de Hume avec Voltaire, pour Robertson la chose est toute simple. Robertson se reconnaissait franchement pour disciple du Français (dans la dernière note de l'Introduction à V Histoire de Charles-Quint) et suivait ses traces aussi fidèlement que cela était possible à un professeur presbytérien de théologie au xvni^ siècle.
Son chef-d'œuvre, et peut-être, pour l'exécution, l'œuvre la plus remarquable de l'analyse historique du Rationalisme, est l'Introduction à VHistoire de Charles-Quint. L'ouvrage lui-môme n'est qu'une reproduction coulante et superficielle des sources et pour la connaissance des hommes, le jugement politique et la critique de la tradition, est bien au-dessous de Voltaire, son modèle. En revanche, l'Introduction — aperçu de l'histoire d'Europe au moyen âge — dépasse absolument les essais de Voltaire en ce genre. Son critère historique et politique, la méthode qui mesure toutes les organisations politiques sur l'administration bien ordonnée et rationnelle du despotisme éclairé, est tout à fait emprunté à Voltaire. Mais Rober-
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tson a le premier fondu à ce point de vue la matière de l'histoire médiévale et méthodiquement exposé le développement allant de Tanarchic féodale à l'ordre politique de la royauté territoriale moderne. Il a entrepris le premier de décrire dans leurs grands traits concordants l'histoire constitutionnelle des États européens au moyen âge, et il a su mieux que beaucoup de ses successeurs relever en même temps les transformations générales et les particularités du développement de chacun des grands États. Où Voltaire n'avait vu que caprices, modes, arbitraire, il fit voir une liaison, une action continue et consciente. Les chercheurs qui le suivirent n'ont pas toujours été heureux en s'éloignant de son exemple.
Pvobertson abandonna complètement le point de vue insulaire de Hume. 11 avait, comme Voltaire, l'esprit cosmopolite. Dans son introduction, l'Angleterre s'efface complètement. Il choisit pour sujet l'histoire de Charls- Quint parce que depuis son temps les puissances européennes forment un système politique (Préface), c'est-à- dir« à cause de son importance pour l'ensemble de l'Europe. 11 a même, qui plus est, surmonté les préjugés de la conception protestante de l'histoire. Il avait appris de Voltaire à estimer l'Eglise du Moyen âge comme puissance civilisatrice ; il est peut-être le premier , historien protestant qui se soit dégagé de l'esprit tendancieux des Centuriateurs. Chateaubriand (Geme rfw Christianisme p. IV, 1. 6 chap. Il) avait pleinement raison d'opposer aux tirades des disciples de Rousseau contre les prêtres instruments du despotisme.le protestant écossais qui, dans son Histoire d'Amérique (L. VIII) avait relevé avec éloge les efforts philanthropiques du clergé espagnol '^ en faveur des indigènes. — Ilobertson d'ailleurs n'a pas été touché par les idées de Rousseau. Il comblait Guichardin^l'éloges et s'abstenait de faire de la morale pathétique. Dans les luttes de la noblesse du Moyen âge avec la Couronne il ne voyait pas un conflit entre la liberté et le despotisme.
Au reste, Robertsonest plutôt un disciple bien doué qu'un penseur original. Ses ouvrages historiques n'ont souvent pas d'autre mérite que de transporter à un nouveau sujet la méthode de l'historiographie du Rationalisme. Dans la critique des sources, il n'atteint pas./ Voltaire, son modèle. Il ne manquait pas autant que lui de respect pour la tradition et n'était pas en état de faire comme lui de la cri-
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tique objective. On ne peut lui compter comme un grand mérite d'avoir fait quelques concessions ;\ l'école érudile et de citer en général exactement ses témoins.
Roberlson est le représentant le plus important peut-être de la théorie catastrophique (ci-dessus p. 426).^ C'est à lui que paraît remonter l'habitude qui a si longtemps ràigné de surfaire les croisades. Déjà son Introduction à Vllistoire de Charles-Quint faisait entrer par elles seulement les Européens en contact avec la civilisation byzantine et arabe. En recherchant plus tard les relations commerciales qui existaient dans l'antiquité et au Moyen âge entre l'Europe et les Indes, il attribuait aussi aux croisades, dans une vue trop unilatérale, la prospérité des villes italiennes. Il réduisait par là en système quelques observations faites en passant par Voltaire.