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III. — L'ÉCOLE DE Voltaire en Allemagne

L'historiographie du Rationalisme allemand n'offre que peu d'ouvrages comparables à ceux des Français et des Anglais. Gela tient en grande partie à ce que les historiens allemands appartenaient presque tous à la caste académique.

Non seulement ils étaient professeurs, mais c'est comme professeurs, c'est-à-dire pour des étudiants et en vue de l'enseignement académique qu'ils écrivirent la plupart de leurs ouvrages. Ils s'adressèrent plus rarement au grand public cultivé que leurs collègues de France et d'Angleterre. Bien peu firent comme Robertson, qui sépara complètement son activité d'historien de ses occupations académiques. Les auteurs se sentaient par conséquent plutôt pédagogues qu'historiens. Ils se livraient à un éclectisme inepte. En

l'école de voltaire en ALLEMAGNE 461

maîtres consciencieux, ils aimaient mieux faire connaître à leurs auditeurs la pensée des historiens anglais et français que de leur imposer leurs propres idées. Combien d'entre eux ne traitèrent pas tels sujets historiques parce qu'ils auraient eu à en proposer une conception nouvelle, mais uniquement parce qu'il était devenu nécessaire de mettre les vieux manuels d'accord avec l'opinion de l'époque !

Bien des forces ont été ainsi soustraites à la science ou à l'art historique libre. Ce n'est sans doute pas un hasard que Winckelmann et Môser, les deux plus grands et les plus originaux des historiens rationalistes d'Allemagne, restèrent étrangers à la carrière académique.

Dun autre côté cet état de choses eut pour suite que la rupture avec l'école savante ne fut pas aussi radicale en Allemagne qu'en France, par exemple. L'érudition de la plupart des historiens allemands n'était pas très profonde. Elle se bornait à un fatras de polyhistoire et à de bonnes lectures des historiens français et anglais. Mais ils ne dédaignaient au moins pas en principe les travaux d'érudition. Ils tenaient à être pris au sérieux, non seulement comme écrivains, mais comme chercheurs. Ils étaient généralement pour la connaissance des langues en avance sur las Français et les Anglais. La séparation entre l'histoire savante et l'histoire des gens cultivés n'était pas aussi tranchée qu'en France.

C'est grâce aux besoins de l'enseignement académique que le Rationalisme allemand cultiva l'histoire ecclésiastique à côté de l'histoire profane. Les universités allemandes avaient depuis le xvi" siècle travaillé plus assidûment que les institutions d'autres pays l'histoire universelle et l'histoire de l'Église. Il en résulta que les professeurs rationahstes durent s'occuper de sujets dont ailleurs on se débarrassait d'ordinaire avec quelques sarcasmes. Ajoutez que les théologiens, au moins dans quelques universités d'Etat protestantes, jouissaient vis-à-vis du gouvernement ecclésiastique d'une liberté relativement très grande. Ils pouvaient, à moins d'être trop miprudents, faire passer bien des vues du Rationalisme dans la matière de leur enseignement, donc dans l'histoire ecclésiastique aussi.

C'est Schlôzer et Schmidt qui en Allemagne se rattachèrent le plus étroitement à Voltaire. Schlôzer fut le théoricien qui fit de la propa-

gande pour les idées liistoriques de Voltaire telles qu'il les comprenait, at chercha à réformer autant que possible l'enseignement académique daprôs le programme de VEssai sw les mœurs. Schmidt mit en action les inspirations de Voltaire et écrivit la première histoire d'Allemagne dans l'esprit du Rationalisme français.

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