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L ECOLE DE VOLTAIRE EN ALLEMAGNE

désordre. Comme lui il méprisait les Grecs à cause de leur incapacité politique. Il voyait comme lui dans la propriété matérielle et la densité de la population les principaux symptômes d'un bon gouvernement. Mais il entendait ces idées d'une façon plus extérieure que Voltaire et n'en admettait presque aucune autre à côté, La conviction de la supériorité d'un Etat despotique fort sur de remuantes petites républiques se matérialisait chez lui en admiration pour les sultanats asiatiques ou les empires Mongols. Voltaire, en adversaire de l'histoire européocentrique des théologiens, avait comparé dédaigneusement la faible étendue géographique de l'Etat Juif et même de l'Empire romain avec l'extension des grands Etats de l'Europe et de l'Asie orientale. Schlôzer en fit une adoration des grandes surfaces pour elles-mêmes. Il n'attachait aucun prix à la culture artistique. N'ayant pas lui-même le sentiment de l'art ni de la poésie (cf. Wesendonck, p. 89), il ne reconnaissait à l'Etat que des devoirs politiques : l'éducation du peuple, incapable par lui seul de progrès, en vue de l'ordre imposé par un despotisme intelligent, tel est l'unique but auquel doit viser un souverain. Ceux qui n'obéissent pas à cette règle, comme par exemple les anciens Grecs ou les Etats-Unis d'Amérique, prennent rang derrière les Osmanlis ouïes Mongols. On le voit, ce n'est pas sans fruit que Schlôzer a passé en Russie, sous' Catherine II, les années décisives de l'âge mûr.

Dans la critique, Schlôzer est loin d'atteindre son modèle. II a bien élargi le domaine de l'histoire universelle traditionnelle ; mais il prenait en général les faits de la tradition tels qu'il les trouvait. , Pour l'histoire biblique et l'histoire ancienne surtout, sa critique est nulle. Pour pratiquer la critique objective si heureusement inaugurée par Voltaire, les connaissances, sinon le courage, lui manquaient. Voltaire avait démontré que les chiffres de population fantastiques des livres historiques de la Bible ne peuvent pas être exacts. Schlôzer n'ose pas toucher aux données bibliques. Il le fallait d'ailleurs, s'il voulait conserver les anciens Hébreux dans son histoire universelle; s'il n'eût pas cru que ce puissant peuple à V époque de sa graiideur ne le cédait pas à VEtat prussien d^ aujourd'hui pour le nombre des citoyens {Vorstellung seiner Universalhist. 123), il n'aurait pu faire mention de Thistoire juive à côté des expéditions des Tartares, par exemple. Il conserve aussi imperturbable-

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mcnl la notation des années depuis la création du monde. C'est seulement dans l'histoire du Nord qu'il déblaye comme les autres rationalistes les fables des derniers temps du Moyen Age.

En un seul point Sehlùzcr est supérieur à Voltaire : dans sa connaissance des langues. Comme beaucoup de savants allemands, c'est quand il peut travailler en philologue qu'il réussit le mieux. Il ne se contente pas de rejeter comme Voltaire des étymologies arbitraires de noms de peuples, il pose déjà le principe que « les lettres changent d'après des lois » (cf. Wesendonck p. 257). Il émet la thèse que la parenté des peuples ne s'établit pas sur les renseignements des sources littéraires, mais d'après les familles de langues — règle dangereuse, mais qui vaut toujours mieux que l'ancienne méthode.

On ne peut pas dire que Schlôzer ait été un grand penseur en histoire. Il ne donna aucune suite aux considérations de Voltaire sur la philosophie de l'histoire ; il se contentait d'enregistrer et de recenser les faits historiques. Ses analogies sont grossières et tout extérieures.

Il était peu doué pour écrire l'histoire. L'imagination historique lui faisait complètement défaut. Il ne prenait presque aucun soin de l'expression. II croyait rendre l'histoire populaire en y introduisant un langage trivial.

Pour plusieurs de ses écrits, la négligence de la forme tient à leur nature. Un livre destiné à servir de guide pour des cours universitaires, ne peut élever en même temps des prétentions à l'art. Mais Schlôzer, dans les œuvres destinées au grand public, n'avait pas plus d'égards pour les lecteurs cultivés. Il ne pensait qu'à ses étudiants. Il était satisfait quand il avait ordonné la matière en tablettes d'un usage commode et cherché à faciliter la mémoire par toutes sortes de petits moyens (par exemple, donner les dates en chiffres ronds). Des effusions d'une morale assez plate suppléent au raisonnement politique.

On a pris la mauvaise habitude de joindre constamment au nom de Schlôzer celui de son collègue Gatterer. Ces deux hommes n'avaient à peu près rien de commun, sinon qu'ils enseignaient en même temps l'histoire à Gcettingue.

Johann Christoph Gatterer, né 1727 à Lichtenau, district de Nuremberg, appelé 1759 à Gcettingue, mort 1799, appartenait encore du fond de son être à l'école érudite : aussi commença-t-il comme les moines de

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