L ECOLE DE VOLTAIRE EN ALLEMAGNE
Saint-Maur sa carrière d'historien par des travaux de diplomatique, de généalogie et de chronologie. Il fit au Rationalisme quelques concessions. 11 connaissait Voltaire et chercha à appliquer quelques-unes de ses idées dans renseignement académique. Comme lui il mit à côté de l'histoire (politique) des peuples une histoire (de la civilisation) des hommes (dans Versuch einer allgemeinen Weltgeschichte bis zur Entdeckung Amerikas, Gœttingue 1792). Mais l'esprit de l'historiographie rationaliste lui resta toujours étranger. C'était l'homme des compromis timides. Comme les auteurs de la grande Histoire universelle anglaise (ci-dessus p. 399 s.) il ne s'est pas défait de la vieille conception théologique, pas davantage du classicisme. Il renonce, il est vrai, au cadre des quatre monarchies ; mais son Histoire universelle commence encore par Adam et la première période de mil huit cents années comprend l'époque d'Adam et de Noé, ou la Création et le Déluge. Il rapporte sans sourciller les fables des rhéteurs grecs et romains; quand une histoire lui paraît trop invraisemblable, il tente une explication dun plat rationalisme. 11 emprunte ses notices sur l'histoire de la civilisation et du commerce aux mythes de l'Ancien Testament; c'est à l'aide du livre de Job qu'il décrit l'histoire du Jardinage depuis la. création jusqu'à Moïse. Comme les Anglais, il osa dans une Histoire universelle parler de la Chine. Mais le centre de l'histoire resta quand même l'Europe et l'Asie Mineure. Il ne tenta pas, comme Voltaire et Schlôzer, de penser réellement en historien du monde. Dans son Handbueh der Universalhistorie (Gœttingue 1761 ss.), il ne traite la Chine avant l'histoire moderne de l'Europe que parce que les troubles dans l'Asie orientale auraient, selon lui, amené la destruction de l'empire d'Orient et la forme actuelle des États européens (II, 5). Dans le livre plus récent, Versuch einer allgemeinen Weltgeschichte, il parle très brièvement de 1 histoire de la Chine; car ce n'est qu'à partir de l'an 200 ap. J.-C. que la connaissance de l'État chinois prend dé l'importance pour nous autres Européens (p. 407).
Plus encore que Schlôzer, Gatterer ne voulait être que pédagogue. Ses mérites trouveraient mieux leur place dans une histoire de la pédagogie. On ne peut rendre justice à ses manuels d'histoire universelle (il faut ajouter à ceux que nous avons nommés, l'ouvrage inachevé Weltgeschichte in ihrem ganzen Umfange, 1785-1787) qu'en réfléchissant qu'ils étaient destinés à remplacer les œuvres de Sleidan et de ses successeurs. Ils sont sans valeur pour l'histoire de l'Historiographie.
Comme les anciens Abrégés, ils sont disposés en tablettes ; il y en a, comme l'Essai d'une hist. universelle, qui ne renferment que des mots saillants. Entre les mains de Gatterer, l'histoire universelle reste le traditionnel recueil de notices dépourvues d'esprit et de cohésion ; la matière a été seulement un peu étendue. Schlôzer, avec tous ses défauts, avait un réel talent pour l'histoire et était de taille à développer par luimême les principes historiographiques de Voltaire ; tout ce qu'on peut dire à la louange de Gatterer, c'est qu'il a rendu quelques services à l'enseignement historique (fondation de l'Historisches Institut 1764-1766).
On n'est guère, en somme, autorisé à parler d'une école historique de Gœttingue. Ce qui est vrai, c'est que dans le dernier quart du xvm« siècle
FUETER. 30
466 HISTOIRE DE L'HlSTORIOC.RAPdlE MODERNE
se trouvôrent eiiscmhlo à Gœtlinnfiie de nombreux hislorierrs de marque et que la irrande majorilé d'entre eux élaient sur le lei-rain du Rationalisme. Mais ils étaient très différents par leurs opinions et leur méthode, et ne formaient pas vis-à-vis des autres historiens du Rationalisme un groupe à part. Si des ouvrages historiques de valeur furent publiés à (Icpttingue, la raison on est que d'abord rUniver?ité récemment fondée et parfaitement administrée sut attirer des hommes distingues et puis surtout que les professeurs étaient exempts pour leurs livres de la censure. C'est grâce à cette indépendance que l'historiographie flcarit à lœttins'ue.