Spittler
Ludwig Timotheus Spittler, né 1752 à Stuttgart, d'abord répétiteur au Stifù (séminaire), 1779 professeur à Goettingue (depuis 1782 d'histoire civique), 1797 conseiller intime dans l'administration wûrtembourgeoise, 1806 ministre et directeur des études, mort 1810 à Tubingue. A côté de beaucoup de petits écrits historiques (Cf. Sdmmtliche Werke 1827 à , 1837) il composa comme historien politique : Geschichte Wûrttembergs unter der Regierung der Grafen und Herzoge (jusqu'à 1733) Goettingue, 1783; Geschichte des Fiirstentums Hannover seit den Zeiten der Reformation bis zu Ende des 17. Jahrhunderts Goettingue 1786; et Eintwurf der Geschichte der europaischen Staaten, Berlin 1793 s. Comme historien ecclésiastique : Geschichte des kanonischen Rechts his auf die Zeiten des falschen Isidor, Halle 1778 et Grtmdriss der Geschichte der christlichen Kirche, Goettingue 1782, qui plus tard fut continué (environ depuis l'an 1785 du texte) par Planck (ci-dessous p. 471).
Cf. sur les ouvrages d'histoire ecclésiastique, Chr F. Baur Die Epochen der kirchlichenGeschichtschreibung (1852), 162 ss.
Rapports avec Voltaire. — Spittler a transporté les idées politiques et historiques de Voltaire dans l'histoire des moyens et petits États d'Allemagne. Lui aussi, quand ses ouvrages n'étaient pas de simples
manuels pour l'enseignement académique, poursuivait des buts pra. tiques ; lui aussi voulait faire do la propagande pour des réformes politiques. Mais ses tendances sont moins universalistes que celles de Voltaire.
Le Français avait écrit aussi en bourgeois, mais sans jamais oublier qu'il appartenait à un grand et puissant Etat. Il n'avait pas pris parti en faveur du tiers-état commerçant contre la noblesse militaire. 11 éprouvait une forte répulsion contre des guerres de conquête inutiles ; mais il savait très bien apprécier la puissance que • donnent les armées. Spittler, lui, témoigne dans ses œuvres historiques de l'antipathie que nourrissait contre les possesseurs de biens nobles le bourgeois travailleur des petites villes allemandes. Ses aspirations politiques étaient satisfaites quand le bourgeois laborieux pouvait vaquer en paix à son travail. Son idéal était le pacifique État moyen de l'Allemagne au xyiii^ siècle, dont le prince, autant que possible avec laide de la bourgeoisie cultivée, veille à une administration bien ordonnée, et dans lequel le bourgeois des villes est protégé contre les usurpations de la noblesse Jene glûckliche Mittelgrôsse, bei welcher der Unterlan ebenso gewinnt, als Ruhe und Freiheit des deutschen Staatensyslems aufs neue dadurch gesichert wird^{Gesch. des Fûrstentums Hannoxier I, 147). Rien ne lui plaît davantage chez un prince que lorsqu'il a am stillem einheimischen Regimente Wohlgefallen- (ibid., I, 261 ; cf. aussi 331). On voit qu'il ne pense pas comme Voltaire au monde européen tout entier, mais seulement aux circonstances où se trouvait l'Allemagne de son temps.
Comme narrateur, Spittler dépasse à peu près tous les autres disciples de Voltaire. Il se rattache de plus près au maître que les Anglais. Il ne s'efforçait pas comme ceux-ci de rivaliser avec l'élégance extérieure du classicisme. Il évitait tout faux pathos. 11 prenait le ton dégagé de l'homme du monde. Son récit est simple et plein de goût. La matière est travaillée avec réflexion et indépendance : Spittler est du nombre des historiens qui ne jugent pas un événement important parce qu'il est signalé comme tel par les
1. Cette heureuse grandeur moyenne, qui est profitable au sujet, autant qu'elle assure à nouveau le calme et la liberté du corps des États allemands.