‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 205 sur 341 · Planck · texte numérisé non relu

Planck

Gxittlieb Jakob Planck, né 1751 à Nûrtingen en Wurtemberg, 1784 professeur à GoettLngue, où il meurt 1833, était un disciple de Spittler. Ce qui a fait son mérite, c'est d'avoir étendu à L'histoire du dogme la méthode d'explication pragmatique. Spittler avait surtout écrit des histoires de personnalités. Il avait bien attribué à des motifs mesr quins la conduite de princes de l'Eglise et de réformateurs religieux; mais il n'avait pas proprement décrit la façon dont des circonstances extérieures avaient déterminé les transformations de la doctrine chrétienne. Planck combla cette lacune.

Planck a traité des sujets de l'histoire des idées, du genre que l'on a aimé plus tard dans l'école de Hegel (ci-dessous p. 537 ss). Il importe d'autant plus de se rendre bien compte des différences qui le séparent des théologiens de l'époque romantique. — D'abord il s'est proposé une tâche plus restreinte. Son piremier grand ouvrage, Geschichte dcr Entstehung, der Verànderungen und der Bildung unseres protestantischen Lehrbegriffs (f'^ édit., anonyme, Leipzig 1781 à 1800 ; il parut en 1831 une suite renfermant l'histoire de la théologie protestante depuis la Formule de Concorde jusqu'au xvni^ siècle), nexpose pas le développement du Protestantisme ou de ['idée protestante,, mais, à la manière sèche du rationalisme, l'histoire de l'enseignement doctrinal (Le/trbeÉrri^), c'est-à-dire du dogme protestant consigné dans des Confessions de foi bien déterminées. 11 y a une autre différence, beaucoup plus importante. Baur et les autres disciples de Hegel regardaient les idées historiques comme des organismes qui se développaient deux-mêmes d'après leurs lois propres. Planck est tout l'opposé. 11 insistait exclusivement sur les circonstances irrationnelles dépendant des personnes et du hasard ; il ramenait le développement des dogmes à des combinaisons arbitraires, la plupart de nature politique. Ce n'est pas qu'il lut moins croyant que les savants venus après lui. Au contraire, par sa manière pragmatique de traiter l'histoire de la Réformation, il veut la présenter reckt sichtbar ah WerA: Gottes das er diirch Menschen ausfiihrte, die oft selbst nicht loussten,. dass sie fâr ihn arbeitaten, wenigstens oft nicht wussten dass sie zu dem bestimmten Zivecke ftir ihn arbeiteton zu dem er ihre Entwilrfe zu leiten lousste S Cela veut dire que précisément parce que la Kéformation, selon lui, fut le résultat d'une quantité de hasards, il l'attribuait sans hésitation aux décrets insondables de la Providence.

1. Très visiblement comme une œuvre de Dieu, accomplie par des hommes qui souvent ne savaient pas eux-mêmes qu'ils travaillaient pour lui, ou du moins, ne savaient pas qu'ils travaillaient pour lui au but déterminé vers lequel il savait diriger leurs desseins (Préface p. xiu).

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I.a méthode pragiiiali(|uo une fois admise, on ne peut nier que IManck ne l'ail forlhabilcmentappliquée. Si l'on ne demande rien de plus qu'une narration intelli^^ente des événements extérieurs qui ont influé sur la formation de la dogmatique luthérienne, on trouvera son exposé satis'.'aisant. Il s'entend à éclaircir les phases^d'une négociation et il évite les raisonnements trop raffinés. Ses considérations psychologiques ne sont pas profondes et ne sont nullement impartiales (Planck tient tout à fait le parti des Protestants) ; mais il se donne de la peine pour ne pas condamner injustement les adversaires. Il est vrai que lui aussi jugeait les hommes du passé uniquement d'après ce critère : obéissaient-ils au sens commun, répandaient-ils l'Aufklàrungy ou non? Mais il ne s'exprimait pas sur le compte de ceux qui s'écartaient de cette règle aussi durement que Spittler. Peut-être un peu parce que son intelligence moins fine distinguait moins nettement l'abîme qui séparait les rationalistes des réformateurs.

Planck était en général beaucoup plus timoré, beaucoup plus impressionné par les idées traditionnelles que Spittler. Celui-ci était un homme du monde éclairé, Planck était un théologien protestant éclairé. Ses sentiments conservateurs en matière de foi se font jour surtout dans son second grand ouvrage, Geschichte der christlich-kirchlichen GeseUschaftsver- /'assung' (Hanovre 1803 ss.). Il ne dépasse guère là le niveau des Centuriateurs. Comme eux il voit dans l'organisation de l'Église catholique le produit d'une politique consciente et méthodique des Papes. Dès les premiers temps de l'Église, il veut qu'à chaque changement dans la constitution ait présidé une intention déterminée ; tout ce qui se passa alors n'avait pas d'autre but que de faciliter à Innocent III et à Boniface VIII leurs plans d'opération. Cf. Baur, Epochen der kirchlichen Qeschichtschreibung (1852) 174 ss.

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