‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 21 sur 341 · BEMBO · texte numérisé non relu

BEMBO

Bembo ne savait ni caractériser ni analyser. Il enregistrait à la suite sans distinction les événements importants et les insignifiants, les affaires publiques et particulières, comme l'ordre des annales le comportait. Mais outre cela il ne savait même pas raconter. On voit bien à sa façon d'écrire que ce Gicéronien scrupuleux consultait son autorité pour chaque phrase : la construction est tourmentée, le style péniblement puriste ; on ne trouve pas dans sa narration le naturel si coulant qu'on admire dans tous les produits de l'historiographie humaniste. Il manque totalement de sens politique. Qu'en présence de Venise il s'abstienne ; qu'il taise par exemple l'influence qu'a eue sur l'attitude des États italiens lors de l'expédition de Charles VIII la crainte des ambitions de la République ; qu'il fasse à Venise dans les faits de guerre du temps tme part démesurée : tout cela a sa raison d'être dans son mandat officiel. Mais ses jugements ne sont pas moins superficiels quand il a les coudées franches et que son exposé n'a pas été mutilé par la censure.

Dans l'emploi de ses sources, Bembo se montre plus léger encore que les autres humanistes. Bien qu'il eût plein accès aux archives, il consulta rarement les documents officiels. Il se contentait à l'occasion — ne voulant pas quitter sa villégiature idyllique dans le Padouan — de se faire extraire des actes par des amis de Venise les choses les plus essentielles et de couler cet extrait dans un moule latin. En général il s'en tenait presque exclusivement aux Diari de Sanuto — naturellement sans citer une seule fois cette source dans son ouvrage. Pour les années 1494 à 1496 seulement qui précèdent le commencement des Diari, il se sert de l'écrit de Sanuto sur l'invasion de Charles VIII ; il ne donne souvent qu'un extrait noyé dans la rhétorique de la narration du chroniqueur. Il est plus libre vis-à-vis des Diari ; 'il leur a emprunté, il est vrai, le gros de sa matière ; mais il a bien été obligé de la remanier. La méthode reste la même. Il ne traite pas les données des Diari autrement que les humanistes ne traitaient toutes leurs sources. Il leurôte la précision et la remplace par des généralités de rhétorique. Dans les passages compliqués, la conclusion d'un traité, par exemple, il trébuche régulièrement, parce qu'il ne lit que superficiellement les sources et n'est pas exercé à découvrir dans les instruments diplomatiques de quoi il est réellement question.

Sur le successeur de Bembo, Paolo Parula, (|ui appartient déjà à une autre école historique, voir ci-dessous (p. 152 s.).

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