WINCKELMANN
(ludions, il mit la contemplation directe, à la place de vagues jugements esthétiques, des descriptions exactes, à la place de données imprécises sur l'âge et l'époque, des explications précises sur les caractères du style.
Progrès ensuite dans la méthode générale . Nous nous trouvons actuellement en un temps de réaction contre les constructions historiques qui prétendent expliquer par une formule simple des transformations historiques compliquées. Nous sommes moins disposés que ci-devant à louer sans restriction l'entreprise faite par Winckelmann de dérouler le développement de l'art ancien et moderne sur un plan à peu près logiquement dressé. Trop de circonstances, notamment l'individualité, si importante en matière d'art, nous paraissent être entrées insuffisamment en ligne de compte. Mais nous ne devons pas oublier quel progrès marque quand même Winckelmann (pareillement à Hegel plus tard) vis-à-vis de l'ancienne manière. 11 a, bien que dune façon unilatérale, cherché le premier à établir une liaison génétique entre les siècles*d'art et les écoles d'artistes. Les époques de l'art ne se suivent pas au hasard; plus d'une constitue une réaction contre des tendances unilatérales antérieures ; la chaîne de la tradition peut être rompue et il y a un retour possible à l'ancien style (archaïsme) : voilà des idées qui, avec Winckelmann apparaissent pour la première fois dans l'histoire. Le Rationalisme avait sur l'essence de la continuité historique des notions assez frustes. Winckelmann les a complètement bannies, par exemple la théorie catastrophique.
Sa conception, poussée jusqu'au bout, avait cet avantage, d'exclure absolument des arrière-pensées didactiques. Voir dans l'histoire de l'art une marche réglée par des lois, c'était admettre l'impuissance de l'individu. On ne pouvait plus songer, comme Vasari, à donner des leçons à l'artiste isolé. Winckelmann s'est rendu coupable de cette inconséquence; il a voulu guider l'art à son détriment dans de nouvelles voies : mais cela n'atteint pas son principe.
L'art d'écrire de Winckelmann. — Jusqu'à quel point l'art antique a-t-il répondu à l'idéal de noble simplicité et de grandeur paisible célébré par Winckelmann ? On peut discuter là-dessus. Mais une chose n'est pas douteuse, c'est qu'il a réalisé comme écrivain ce qu'il
vantait dans l'art antique. La Gescliichte der Kunst des Altertums est le plus grand chef-d'œuvre historique du Rationalisme. C'est un ouvrage du style grec, tel que le prônait le classicisme. Rien ne rappelle plus la rhétorique fleurie del'historiographieromaine. Winckelmann ne cherchait plus à atteindre la beauté du style par des ornements c.vtérieurs et une forme polie, aux dépens du contenu. Il ne dit que ce qui est de son sujet. Mais il rendit si parfaitement ce qu'il sentait et pensait qu'il rejeta dans l'ombre les misérables artifices de style des humanistes. Il sut communiquer au lecteur son enthousiasme pour l'art, sans tomber dans des phrases creuses. Ses descriptions de statues sont composées avec une finesse et un relief admirables; elles dépeignent en même temps l'œuvre et l'impression qu'elle a faite sur l'auteur. L'exposé est systématiquement ordonné et il agit pourtant comme une œuvre poétique librement conçue. C'est justement parce que Winckelmann ne veut pas rivaliser avec les moyens d'expression de la poésie. Il n'a pas besoin de ces béquilles. Le feu intérieur qui l'anime prête la vie même à des détails d'antiquaire. C'est un prêtre qui parle de son Dieu.
Winckelmann a influé de plusieurs façons sur l'historiographie générale; mais il n'a eu qu'un petit nombre de vrais successeurs. Même l'histoire de la littérature n'a emprunté qu'en partie ses vues. Après lui encore elle a mieux aimé faire Ihistoire des poètes et de leurs œuvres que celle des périodes littéraires et des caractères de leurs styles. Aujourd'hui encore l'histoire de l'art est plus rigoureusement que l'histoire rangée par écoles et par styles.