L INFLUENCE DE ROUSSEAU
disciples que dans la petite bourgeoisie et parmi les professions libérales, notamment les gens qui étaient à un niveau social assez bas (petits avocats, médecins de campagne, prolétaires instruits, etc.)
Rousseau et l'historiographie allemande. — Il n'est pas étonnant que l'influence de ses idées sociales se soit fait jour littérairement en Allemagne d'abord. La petite bourgeoisie française était alors, comme le montre l'exemple de M""^ Roland, tout aussi acquise aux idées de Rousseau que la classe correspondante en Allemagne. Mais en France la littérature dépendait des salons aristocratiques ; en Allemagne, la production littéraire se trouvait presque exclusivement entre les mains de la petite bourgeoisie et des universitaires. Ajoutez que les côtés sombres du despotisme se firent particulièrement sentir dans les petits Etats allemands. Aux bons côtés du despotisme éclairé il manquait l'action en grand, qui pouvait réconcilier avec les duretés du système. La bourgeoisie avait plus aisément lieu de s'indigner contre les tyrans, elle avait moins d'occasions de se procurer des satisfactions en prenant part aux grandes tâches de l'État. Le bourgeois allemand ne possédait même pas, d'ailleurs, l'égalité sociale dont jouissaient ses pareils en Angleterre et en France. La différence entre Werther et la Nouvelle Héloïse est très caractéristique à cet égard. La bourgeoisie avide d'égalité, consciente de sa dignité, se heurtait en Allemagne à des barrières plus fortes, à des privilèges plus vieillots que dans les deux grands États. On sent l'absence d'une grande capitale avec son influence de nivellement. Ce n'est pas par hasard qu'à Berlin la bourgeoisie avait socialement de plus grandes libertés qu'ailleurs. Mais Berlin n'était que la capitale d'un des États, ce n'était pas le centre intellectuel de tout l'empire.
Voilà ce qui explique pourquoi Rousseau ne trouva pas parmi les historiens français un seul successeur marquant, tandis qu'il fit école parmi les Allemands. Il faut ajouter encore que le manque de buts politiques positifs poussa les partisans de Rousseau en Allemagne à se tourner vers l'histoire. L'histoire était pour eux le moyen d'agitation le plus commode. Quant à rédiger des programmes de réformes pratiques, on ne leur en donnait pas l'occasion.
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Où auraient-ils pu mieux que dans l'histoire déverser leurs effusions sentimentales ? Ils choisirent donc des sujets qui par eux-mêmes étaient favorables à leurs tendances : l'histoire d'une lutte pour la liberté, ou bien l'histoire d'un régime corrompu de sultan, dont les vices faisaient rayonner d'un pur éclat les vertus de la bourgeoisie.