Schiller
Friedrich Schiller, le célèbre poète, ne 1759 à Marbach, mort 1805 à Weimar, a composé :
1" Geschichte des Ah f ails der Vereinigten Niedeiiande von der spanischen Regierung, erster Teil (jusqu'à 1567). Le commencement parut d'abord dans le Deutscher Merkur 1788, l'ouvrage entier la même année, à part, à Leipzig-. La deuxième édition (1801) est sensiblement modifiée. Plus tard continuée par d'autres.
2" Geschichte des Dreissigjlihrigen Krieges. D'abord dans les années 1791 à 1793 du Historischer Kalender fur Damen, puis à part Leipzig 1793. Cet ouvrage aussi fut remanié dans l'édition plus récente (1802).
3° Was heisst man und zu weichem Ende studiert manUniversalgeschichte? Leçon d'ouverture faite 1789 à léna, imprimée dans le Deutscher Merkur.
4° Petits écrits historiques. Voir les éditions des Werke.
Littérature. — Ce que nous avons de meilleur sur Schiller historien, se trouve dans les divers travaux de R. Fester; Rousseau und die deutsche Geschichtsphilosophie (1890), 87 ss. ; Préface des écrits historiques dans l'édition du centenaire des œuvres de Schiller XIII (1905) ; Euphorion XII, 78 ss. et XV 456 ss.; Deutsche Rundschau XXXV (1909), 48 ss. Cf. en outre 0. Lorenz chez K. Tomaschek, Schiller in seinem Verhdltnisse zur Wissenschaft (1862), et Zum Gedachtniss von Schillers hùtorischem Lehramt (1889); G. SchmoUer. Uber Schillers ethischen und kulturgeschichtlichen Slandpunkt (1863); édité dans le livre Zur Literaturgeschichte der Staats- und Sozialwissenschaften (1888); F. Ùberweg, Sch. ah Historiker und Philosoph (1884): J. Janssen Sch. als Historiker {1883 ; cf. la Diss. de Rostock par J. MoU, qui porte le même titre, vers 1875); R. Boxberger dans Archiv fur Literaturgeschichte II (1872), 159 ss. ; Kûkelhaus dans l'édition de Bellermann des Œuvres de Schiller VI, VII et XIV ; P. Kluckhohn, Zur Textgeschichte von Schillen historischen Schriften dans Euphorion XVIII, 692 ss. et XIX (1912) 136 ss ; E. F. Kossmann, Schillers Geschichte der merkwiirdigsten Rebellionen und Abfall der Niederlande, dans Euphorion VI (1899), 511 ss.
Schiller et Rousseau. — Schiller fut parmi les historiens allemands le plus grand disciple de Rousseau et en même temps celui qui se dégagea le mieux de la sentimentalité exclusive du maître.
Les écrits historiques ne forment, comme on sait, dans l'œuvre de, Schiller qu'un intermède qui n'était pas entièrement volontaire.
l'influence de ROUSSEAU (sghiller) 499
Ils ont une forme fragmentaire et ils ont été exécutés plus rapidement que ne le comporte un travail scientifique appronfondi. Us permettent quand même de constater un développement se détachant de Rousseau, qui montre bien des analogies avec le développement de la dramaturgie de Schiller.
Schiller historien débuta en disciple absolu de Rousseau, At la fin, sa foi en la doctrine du citoyen de Genève était déjà ébranlée. Il resta toujours hypnotisé par les problèmes que Rousseau avait soulevés. Sa phraséologie rappela jusqu'à la fin le Contrat social. Mais plus ses opinions mûrissaient, moins il s'arrêta à la forme obscure et exaltée que le maître avait donnée aux nouvelles doctrines politiques. Il était trop profond penseur pour ne pas dépasser Rousseau. Il n'atteignait pas son originalité ni l'étendue universelle de son action ; mais comme penseur politique et comme artiste créateur, il lui était supérieur.
Schiller fut le premier qui appliqua les principes de Rousseau à l'historiographie au sens propre du mol. Il a transformé l'histoire, comme Rousseau le roman. On peut dire, en employant sa terminologie, que d'un genre 7iaï f ilaÎRitun genre sentimentat.Les historiens politiques antérieurs, tant qu'ils ne rapportaient pas leurs propres aventures, avaient envisagé froidement leur sujet. Les humanistes avaient fait servir l'histoire à d'éloquentes tirades ; les grands Florentins et les Rationalistes de l'école de Voltaire et de Montesquieu l'avaient considérée comme un matériel de démonstration ; ils en avaient fait l'autopsie. Avec Schiller l'homme sensible prit la pl^e de l'analyste, qui avait opéré avec les États et les peuples comme avec des masses inertes. Un sentiment chaleureux pour Ihumanité et la dignité de l'homme se substitua au ricanement de Voltaire. ^0- Schiller accompagna chaque phrase de son récit d'un intérêt sympathique. Son exposé attache comme un roman ; la conclusion saisit comme le dénouement d'une tragédie.
Il est clair que cette méthode s'éloigne plus que la manière de Voltaire d'une conception scientifique de l'histoire. Elle induit aisément l'historien à négliger, au milieu de ses déclamations pathétiques et de ses effusions sentimentales, les réahtés de la vie. Schiller, au début surtout, n'a pas été exempt de ce travers. Son introduction à V Histoire du soulèvement des Pays-Bas est un mauvais morceau
îiOO HISTOIRE DE L HISTORIOGRAPHIE MODERNE
de rhétorique révolutionnaire phraseuse, et quand ses ouvrages nneltent au premier plan les destinées personnelles de certains héros, c'est l'indice que l'historien vise à l'émotion poétique plus qu'à l'instruction. Mais Schiller avait trop d'esprit pour rester fidèle à l'optimisme utopique de Rousseau. Il avait une vue plus profonde et plus nette de la réalité des forces en jeu que le bohème de Genève. Ses réflexions politiques, contrairement à Voltaire, mettent l'accent principal sur le bonheur du Peuple : un prince qui traite humainement ses sujets est plus haut dans son estime que celui qui se préoccupe de la prospérité de la bourgeoisie. Mais telle est son intelligence des nécessités politiques, telle est la clarté avec laquelle il saisit les circonstances particulières de situations politiques difficiles, que beaucoup de ses observations pourraient presque être écrites par V'^oltaire. Pestera remarqué, non sans raison, qu'on peut montrer chez Schiller des raisonnements à la Machiavel {Werke 1905, XV, 454).
Principes historiques et Méthode. — L'histoire était pour Schiller une fonction trop accessoire pour qu'il ait pu y déployer tout son talent d'historien. Le poète a souvent barré le chemin à l'historien. Combien est plein de promesses le commencement de son Histoire de la guerre de Trente Ans, son chef-d'œuvre ! Un exposé clair et impartial avec des aperçus sur la situation générale, auquel l'historiographie du Rationalisme n'a peut-être rien à comparer. Mais bientôt le sort et la psychologie des principaux héros, des individus, absorbe l'attention du dramaturge né. On n'a pas le droit de presser les mots par lesquels Schiller a cherché à excuser la brièveté disproportionnée de sa conclusion. Peut-être ne pensait-il réellement qu'au public en écrivant : Gustav Adolph und Wallenstein, die Helden dièses kriegerischen Bramas, sind von der Bûhne verse hivunden, und mit ihiien verldsst uns die Einheit der Handlung, ivelche die Ubersicht der Begebenheiten bisher erleichterte. (Cf. Werke, édition du centenaire XV, 461). Il n'en est pas moins caractéristique que Schiller prenne ici le ton de l'auteur dramatique et motive la disproportion du dernier livre par une circonstance qui peut valoir pour l'artiste, mais ne signifie rien pour l'historien.
De plus, Schiller fut obligé de se hâter. Qu'il ait lu les auteurs en