‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 217 sur 341 · SCHILLER · texte numérisé non relu

SCHILLER

courant et n'ait pas recueilli systématiquement les témoignages, on le lui pardonnerait, d'autant plus qu'il n'est pas sous ce rapport aussi inférieur qu'on l'a prétendu à la moyenne des historiens rationalistes. Un tort plus grave, c'est de n'avoir pas pris le temps de méditer et de travailler dans sa tête ses sujets historiques aussi consciencieusement qu'il le faisait pour ses projets dramatiques. Il apportait à sa tâche des qualités extrêmement précieuses : une intelligence pénétrante, et l'absence de toute prévention confessionnelle. Mais il n'a tiré qu'un assez faible parti de ces bonnes dispositions.

Schiller écrivain. — Schiller retournait en apparence, pour la forme de son exposition, un style humaniste. Gomme les classiques, il mettait les individus au premier plan. Dans ses ouvrages narratifs, à la différence de Voltaire, il ne parlait que de guerre et de politique. Mais entre ses mains la forme pseudopoétique de l'historiographie humaniste s'éleva à un niveau supérieur. C'est un véritable artiste, et non plus un rhéteur qui abordait l'histoire. Et un artiste moderne ; quelques détails seulement rappellent directement la forme antique. 11 inséra bien encore des discours ; mais il ne les inventait plus de toutes pièces et ne les amenait pas aussi méthodiquement que les classiques en avaient l'habitude. Plus d'arrangement par annales. 11 employait les ressources du style humaniste ; mais ce qui pour d'autres était préceptes d'école, est pour lui expression naturelle et vivante. La narration est construite avec une sûreté admirable. La main experte du dramaturge y a introduit des gradations et a pourvu à la variété ; les fils principaux sont tenus ferme , sans qu'il soit en général fait violence à la matière . La langue est vive, vigoureuse et pleine d'un élan poétique, rarement elle tombe dans une rhétorique creuse. Ce à quoi visait l'ancienne tendance humaniste, ce que son contemporain Jean de Muller tenta en vain, Schiller l'a réalisé. Une histoire politique était racontée de manière à satisfaire également des besoins historiques et esthétiques.

Schiller était, il est vrai, plus indépendant vis-à-vis de son sujet que la plupart des historiens antérieurs. Il n'écrivait pas l'histoire, comme beaucoup d'humanistes, en publiciste à gages. Il était libre de la traiter en artiste, sans autre préoccupation.

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