SISMONDI
Sans doute le sujet, chez l'Allemand comme chez le Français, était presque trop habilement choisi. Il n'est pas malaisé de montrer une relation entre la belle littérature du xviii^ siècle et le rationalisme contemporain ; pour d'autres périodes, la chose est beaucoup plus compliquée.
Malheureusement, Schlosser en resta pour sa méthode de travail tout à fait au point de vue de l'historiographie rationaliste. Il méprisait la méthode philologique de Niebuhr, et dédaignait d'écrire comme Ranke l'histoire politique d'après des correspondances diplomatiques.
La science moderne, de son vivant déjà, ne l'a plus pris pour bon argent. Auprès du grand public ce défaut ne lui a pas nui. Tant que les gens cultivés en Allemagne restèrent fidèles à l'esprit de la philosophie idéahste, ils gardèrent leur estime au sévère kantien. Le réalisme seul l'a définitivement détrôné.
Sîsmondi.
L'école de Rousseau, qui a porté en Allemagne de si riches fruits, ne compte dans les pays de langue française qu'un seul historien de valeur, le Genevois Jean-Charles-Léonard Sismonde de Sîsmondi, né 1713 à Genève, où il mourut 1842. Son ouvrage principal, l'Histoire des républiques italiennes au moyen âge (1807 à 1818) est encore composé entièrement avec la phraséologie du Contrat social. Seulement avec un vernis suisse. Sismondi, contre l'absolutisme centralisateur, prônait le système fédéral; il ne rapportait pas l'anéantissement de la liberté italienne vers la fin du xv*^ siècle à l'absence d'un Etat unitaire — l'Espagne n'a-t-elle pas péri précisément par la centralisation? — mais il était d'avis que l'Italie aurait trouvé son salut dans l'établissement d'une République fédérative (ch. xci).
Il est curieux que de ses spéculations en économie politique, Sismondi n'ait tiré presque aucun profit pour l'histoire. Ce n'était pas un économiste insignifiant, etses Nouveaux principes d'économie politique (1 819) renferment maintes idées fécondes, auxquelles la prédominance de la doctrine classique à cette époque ne permit pas une action profonde. Mais l'historien n'a rien appris de l'économiste. Ses observations sur les affaires commerciales et économiques des républiques italiennes ont une précision technique peu commune. Mais il n'a jamais pensé à examiner les luttes politiques de ces cités dans leurs dessous économiques et sociaux. En outre l'histoire militaire, par son étendue déjà, est chez lui au premier plan.
Sismondi est un des meilleurs écrivains parmi les historiens du rationalisme. Il parle dans son livre avec la plus grande considération de
Gibbon; mais il n'a heureusement pas pris modèle sur son style pathétique. Sa narration est vive, claire, sobre et intelligente. Il n'a pas été atteint par le goût romantique pour la couleur locale. Aussi son dernier ouvrage, l'Histoire des Français (1821 à 1844; avec la continuation de Renée elle atteint 1789) fit presque, au moment où il parut, l'effet d'un anachronisme.