ROMANTIQUE
1. — Les vues nouvelles sur la valeur politique de V histoire et leurs conséquences.
Les vues nouvelles sur la valeur de l'histoire. — La Révolution française et ses suites immédiates amenèrent dans les vues sur la valeur et la tâche de l'histoire une transformation complète.
La Révolution française avait offert une expérience dans le style du despotisme éclairé. S'appuyant d'une théorie politique, elle avait essayé, par la voie d'une vaste et violente réforme, de mettre un édifice neuf tout fait à la place de la construction lentement érigée par les siècles. Cette expérience n'avait pas réussi.
Du moins elle en avait l'air. En France, en dépit de la Restauration, une grande partie du programme révolutionnaire avait été défitivement réalisée. Mais dans les pays voisins, il n'était à peu près rien resté des institutions politiques établies par les partisans de la Révolution. Les puissances historiques, les vieux pouvoirs que les théoriciens du Rationalisme avaient volontiers taxés de déraisonnables, s'étaient montrés, pour le moment au moins, plus forts que les créations politiques esquissées d'après les règles de la doctrine.
Cela mena, dans les pays qui avaient subi ces vicissitudes à une apprécialion toute nouvelle de liiistoire.
La cïïute des fondations d'États révolutionnaires semblait fournir la preuve qu'il était impossible de créer des institutions politiques vivaces par des considérations théoriques et avec des intentions conscientes. On pensa pouvoir en tirer la leçon que seules étaient résistantes les organisations qui s'étaient formées inconsciemment , dans le cours du développement historique. On crut que dans l'histoire résidait une sagesse cachée bien supérieure à toute la perspicacité humaine. On admit que l'individu n'avait pas le droit de porter une main audacieuse sur le cours des événements, comme l'avait recommandé le Rationalisme en s'inspirantdela pratique des despotes éclairés ; il n'avait au contraire qu'à se renfermer humblement dans la situation qu'avait faite l'histoire et qui, par conséquent, était bonne.
L histoire eut ainsi un magistère d'une toute autre nature qu'auparavant, bt^-^'
Des historiens anciens avaient cru pouvoir puiser dans les faits historiques qui semblaient avoir quelque analogie avec les événements actuels des leçons pour la conduite d'hommes d'État vivants. L'historiographie romantique rompit complètement avec cette manière de voir. Selon elle, l'histoire de son pays ne doit enseigner à l'homme d'État que les bornes immuables de sa puissance d'action. Il doit apprendre d'elle jusqu'où il peut aller sans entrer en conflit avec l'ordre des choses historiques, voulu de Dieu, il doit y chercher des instructions pour savoir comment réparer les torts qu'on a pu avoir envers la tradition indigène.
La conséquence naturelle fut qu'en opposition directe avec l'historiographie du Rationalisme, l'histoire nationale fut presque seule jugée digne qu'on s'en occupât. Et dans celle-ci la période du moyen âge. Elle passait — étrange idée — pour avoir été particulièrement l'époque du développement national indépendant. L'horizon historique se trouva ainsi considérablement rétréci. Les rationalistes avaient eu l'esprit cosmopolite, ils avaient insisté sur l'unité de toutes les races humaines. Les créations politiques de la Révolution hors de la France avaient échoué, pensait-on, à cause de l'incompatibilité du naturel français avec le caractère national de l'Allemagne,