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LA REACTION CONTRE LE NATIONALISME

de l'Espagne, etc. : on en conclut qu'il ne convenait pas d'intervenir dans le développement organique de son propre peuple et d'y importer des éléments étrangers. On ne pouvait espérer créer chose qui dure qu'en restant fidèle à sa nationalité, et l'on ne pouvait connaître celle-ci que par l'histoire indigène. Comme l'historiographie libérale, mais pour d'autres raisons, l'historiographie romantique se spécialisa dans l'Europe. Même des historiens comme Ranke, qui rejetaient le dogme romantique, ne se hasardaient pas volontiers hors du territoire des peuples germaniques ei romans, c'est-à-dire qu'il se renfermaient dans le groupe des peuples unis par la tradition chrétienne et germanique (simple élargissement de la nationale).

La protection officielle des études historiques. — Ces vues amenèrent l'Etat, surtout en Allemagne, à favoriser les études historiques avec une intensité inconnue jusqu'alors. Les hommes d'État ne les avaient favorisées autrefois que lorsque les historiens se faisaient publicistes et mettaient toutes leurs forces au service du gouvernement ou d'un parti. Cette exploitation de l'histoire dura naturellement encore au xix° siècle : l'historiographie officieuse ne périra pas plus que la presse officieuse. Mais son importance diminue beaucoup en présence de la protection officielle de l'histoire dans l'intérêt du sentiment national et conservateur.

La doctrine romantique, d'abord, parut le meilleur moyen à opposer à la propagande révolutionnaire. L'histoire ne montrait-elle pas clairement que par la voie d'un bouleversement violent à l'imitation d'exemples étrangers il n'y avait rien à obtenir? L'histoire semblait en outre pouvoir seule fournir les connaissances préliminaires indispensables à une activité bienfaisante dans les services de l'Etat. Une fois admis que le droit et la constitution ne pouvaient être convenablement développés qu'en se rattachant organiquement à la tradition nationale, il s'ensuivait que des hommes d'État, des législateurs qui ne connaissaient pas à fond l'histoire de leur pays, ne pouvaient remplir leur poste que d'une manière insuffisante. On sait que cette conséquence fut tirée en effet. Il parut aussi important, sinon plus, pour le juriste, d'être orienté dans l'histoire du droit (national) que de connaître la législation existante et les idées modernes sur le droit.

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Qualités et défauts de la théorie historique du Romantisme. — On

le voit, la conceplion de l'histoire du l\omantismc s'appuyait aussi étroitement, sinon plus, que le Rationalisme, sur l'expérience restreinte du liasse le plus récent et du temps présent. On peut douter qu'en somme elle marquât un progrès.

Précisément par son étroitesse, elle servit à écarter plus d'une idée d'un intellectualisme excessif que le Rationalisme avait reçu du classicisme. Depuis le romantisme on ne put plus soutenir la conception mécaniste qui considérait constitution, droit, religion, art et langue comme autant de machines artificiellement construites. On vit disparaître, ce qui était en général un legs de la spéculation antique, les sages législateurs qui créent une constitution, les prêtres astucieux qui inventent une rehgion. On comprit qu'il n'était pas possible d'attribuer des créations historiques à l'intention consciente d'un individu. Le Romantisme enseigna aussi, sans en avoir le sentiment bien net, qu'il fallait tenir compte de la tradition comme puissance historique. La spéculation rationaliste avait détaché l'homme de son entourage, et traité les membres de différentes races comme des grandeurs mathématiques égales. Le Romantisme, instruit par la résistance qu'avaient trouvée hors de France les institutions françaises, rejeta complètement cette théorie et développa la doctrine des diversités fondamentales des nations.

La critique romantique, quoique souvent exagérée, était donc en général très justifiée et salutaire. Ce qui fut nuisible, c'est ce que le Romantisme mit de nouveau à la place du Rationalisme. Sa théorie historique posée comme un dogme se fondait sur une série d'hypothèses non démontrées et de généralisations hâtives.

Si les romantiques s'étaient contentés de prétendre que l'homme d'État devait avoir égard à la tradition et ne pouvait abattre d'un coup des idées héréditaires, on n'aurait rien eu à lui objecter. Au lieu de cela, ils dogmatisèrent en prenant pour base un cas unique, insuffisamment observé et ju^é avec précipitation. Ils n'avaient vu que la première phase, l'échec provisoire du mouvement révolutionnaire et croyaient pouvoir élever cette expérience partielle à la hauteur d'une loi historique. Combien de choses que les Romantiques considéraient comme chimériques, comme inconciliables avec la situation historique et le caractère national, ont été depuis réalisées avec

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