LA RÉACTION CONTRE LE RATIONALISME
succès ! Combien n'ont pas réussi dabord parce qu'elles avaient été proposées trop tôt et sans préparation ! Et pourtant les romantiques prétendaient tirer de ce qu'ils avaient vu la conclusion que l'homme d'État devait s'abstenir de toute intervention violente dans l'état de choses existant. Parce qu'une expérience politique avait échoué à la première tentative, et qu'à des idées justes s'étaient mêlées des fantaisies utopiques, ils pensaient avoir trouvé dans un quiétisme politique la meilleure maxime de gouvernement.
Cette manière de voir a beaucoup nui à la science historique. Elle [ s'est montrée incapable d'apprécier l'histoire de l'absolutisme au xvii^ et au xvui^ siècle (époque qu'elle a aussi mal compris que les rationalistes étaient censés mal comprendre le moyen âge) ; et puis elle a défiguré les périodes sur lesquelles portaient ses préférences.
Elle élimina les hommes qui agissent qui créent, et mit à leur place des puissances spirituelles opérant mystérieusement. Elle personnifia des concepts tels que nationalité, droit national, art national, foi religieuse et leur lit produire par eux-mêmes l'histoire. Non contente de repousser dremblée toutes les créations historiques qui avaient manifestement pour origine une intention consciente, elle se refusait à reconnaître un plan délibéré là où la tradition n'en faisait pas mention. Les romantiques avaient évidemment le droit de rappeler que les transformations historiques s'accomplissent la plupart du temps sans que leurs auteurs directs aient conscience des suites lointaines de leurs actes. Ils étaient dans leur droit encore, quand ils regardaient non seulement les masses populaires, mais leurs chefs, non seulement les fidèles, mais les fondateurs de religions, comme poussés par des sentiments inconscients. Mais au lieu d'analyser de sang-froid ces sentiments et de les ramener à des besoins sociaux, physiologiques ou spirituels, ils en faisaient l'objet d'un culte naïf et se barraient ainsi la route de l'intelligence histo- «éUa 6| j; rique (sociologique). Au lieu de rechercher pourquoi certains besoins cherchaient là et non ailleurs leur satisfaction, ils voyaient dans la naissance et le développement d'une religion, par exemple, ou d'une constitution, un événement mystique, qui se passait loin des luttes réelles pour le pouvoir et des conflits entre les besoins contradictoires de l'humanité.
C'est un fait caractéristique, notamment, que l'embarras de la phi-