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LA RÉACTION CONTRE LE RATIONALISME

les moyens matériels, que le despotisme éclairé avait pour but de mettre en œuvre ? Voltaire et ses élèves avaient cherché à mettre l'histoire politique en relation avec l'histoire du commerce et de l'économiej ils ne furent pas suivis par les vrais romantiques. Ceux-ci dédaignèrent de suivre leur initiateur dans une explication réaliste de l'histoire. Ils n'aimaient pas les études économiques. Ils préféraient chercher le fondement des événements historiques dans la puissance mystique à laquelle ils donnaient le nom de génie du peuple.

Ils prenaient les communautés linguistiques modernes, qu'ils appelaient des nationalités, pour des grandeurs indépendantes qui , avaient existé de tout temps et qui avaient influé sur le développement historique. Le génie du peuple avait, pensaient-ils, suscité /t " constitution, droit, art et littérature, pour autant qu'il y avait là des forces vitales. Vouloir s'y opposer et créer quelque chose par ses propres forces, c'était se condamner à la stérilité. Il manquait à de pareilles créations le mouvement de la vie ; elles n'avaient pas plus de vérité intérieure que les États fondés par la Révolution française ou que la poésie artificielle du xviii^ siècle.

Ce nest pas ici le lieu de critiquer cette théorie. Nous ferons quelques remarques à propos des auteurs qui l'ont professée. L'histoire elle-même a depuis montré surabondamment sur quel fonde- /iK.^.» ment incertain repose le doctrine de l'invariabilité des qualités propres des races ; on a vu clairement que leur dérivation d'un hypothétique génie du peuple masque en bien des cas l'ignorance de l'histoire ou de la sociologie. D'un autre côté, la doctrine d'un génie national a eu du bon. Elle a forcé les historiens de porter leurs regards sur l'ensemble. Il ne fut plus possible de traiter de la religion, du droit, de l'art d'un peuple sans avoir égard aux circonstances générales au milieu desquelles ils s'étaient produits. On reconnut que des institutions qui d'après l'ancienne opinion n'avaient existé qu'extérieures Tune à l'autre, pouvaient être unies par un lien intérieur.

Ce que Voltaire déjà et surtout Herder n'avaient fait qu'indiquer, fut systématiquement déduit. Avec cette différence que ce qu'ils avaient présenté comme une simple observation, fut élevé au rang de précepte. Les historiens antérieurs avaient pu faire remarquer

que le génie d'un peuple excluait certaines institutions. Les romantiques prétendirent dogmatiquement que cela seul était profitable qui était né du génie national. Doctrine qui d'abord est formulée très peu clairement (à quoi peut-on reconnaître le génie d'un peuple ?) et qui. si l'on veut lui faire dire que les imitations de modèles étrangers sont en tout cas nuisibles, est en contradiction absolue avec l'histoire.

Cette conception eut des adhérents assez nombreux en France, mais elle fut surtout répandue en Allemagne. Ce n'est pas un hasard. En Allemagne, au temps de la Restauration, la langue et la civilisation étaient le seul lien commun. En harmonie avec elles, à côté de la philosophie, la philologie avait pris un grand développement. 11 était tout indiqué d'étendre à l'histoire en général les nouvelles vues sur le développement indépendant des langues. La thèse que les langues ne se transforment que d'après leurs lois propres et intrinsèques n'était pas absolument juste ; mais elle était tellement supérieure à la grossière conception d'autrefois qu'on pouvait espérer avoir trouvé en elle la clef des énigmes de l'histoire.

Ce ne fut donc pas sans résultat que beaucoup d'historiens allemands se livrèrent alors à des études philologiques. Ils construisirent l'histoire du droit par analogie avec l'histoire des langues. Ils exagérèrent l'importance de la communauté de langue. Ils crurent que l'histoire des institutions et de la civilisation des différents peuples était susceptible d'une distinction aussi tranchée que l'histoire des langues. Le présent ne semblait-il pas donner raison à cette opinion ? N'existait-il pas en Allemagne un sentiment national commun qui s'appuyait avant tout sur la communauté de langue? Les romantiques ne se demandaient pas si ce sentiment serait aussi vif sans le souvenir d'un lien politique dans le passé ; ils ne se donnaient pas non plus la peine de rechercher si, dans le passé et chez d'autres peuples, la communauté de langue avait toujours agi comme lien politique efficace.

La théorie romantique et l'historiographie. — La théorie romantique, comme toute philosophie dogmatique de l'histoire, s'accommode mal avec l'historiographie. Elle a été surtout développée par des hommes qui s'occupaient peu d'histoire. Son principal fonda-

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