L HISTORIOGRAPHIE ROMANTIQUE
teur, l'Anglais Edmond Burke, n'était pas un historien, mais un écrivain politique. Les auteurs qui, sur le continent, achevèrent de bâtir le système du vieux Whig et l'accrurent du principe de nationalité, étaient ou bien des hommes d'Etat qui comptaient en tirer un parti pratique, ou bien des philosophes spéculatifs. C'est bien longtemps après qu'un véritable historien a cherché à unir la théorie politique du Romantisme à la méthode emjDiriquede la science (H. Taine). Les anciens historiens de l'école romantique n'ont au contraire appliqué, au moins dans les œuvres qui appartiennent à l'histoire, la doctrine nationaliste qu'avec des modifications, quand ils ne l'ont pas presque reniée. La conception de leurs ouvrages seule, ainsi que beaucoup de leurs jugements, reposait sur elle, et même quand ils la combattaient, ils suivaient des raisonnements dominés par les dogmes politiques du Romantisme.
Quelques chercheurs. — Le plus remarquable des chercheurs qui, sous l'influence des idées romantiques, créèrent l'histoire du droit (laquelle n'existait pas auparavant comme genre historique indépendant) est Karl Friedrich Eichhorn, le fils du théologien G. (ci-dessus, p. 511 s.). Né 1781 à léna, inaugure 1803 ses leçons à la Faculté de droit de Gœttingue, 1805 professeur à Francfort-sur-l'Oder, appelé 1811 à Berlin, 18Î7 à Gœttingue où il resta jusqu'en 1829, nommé 1838 conseiller d'Etat à Berlin, mort 1854 à Cologne. Sa Deutsche Staats-und Rechtsgescfdchte (1808 à 1823) fonda vraiment la nouvelle discipline. Son maître Gustave Hugo (1764 à 1844) à qui l'on fait à tort cet honneur, était resté empêtré dans les idées de l'école empirique de Gœttingue : il avait rassemblé les dates et la littérature de l'histoire du droit (romain) mais il n'avait pas tenté de montrer la genèse et l'évolution du droit (national). Eichhorn le premier a considéré le droit (allemand) comme ein einheitliches im Volke geivordenes Ganzes^, en .a marqué le caractère national, et en a utilisé l'histoire pour reconnaître I'esprit du droit régnant, avec l'intention die vernûnftige Kontinuif^t der Rechtsentwicklung als einer volksinàssigen zu fôrdern'' (Cf. J. F. v. Schulte, K. F. E. 1884, spéc. 102 ss.). Malheureusement Eichhorn était trop peu écrivain pour mériter ici plus qu'une brève mention.
C'est justement le contraire pour Friedrich Karl v. Savigny, né 1779 à Francfort-sur-le-Mein, 1803 professeur à Marbourg, 1808 à Landshut, 1810 à Berlin, 1842 ministre en Prusse, mort 1861, qui fut un des meilleurs écrivains de l'école romantique.
Comme historien, il occupe une place curieuse. On sait que comme