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LE ROMANTISME ET LA LITTÉRATURE

Voltaire le premier avait fait dans un ouvrage d'histoire une place à la littérature. Mais il ne voyait en elle qu'un instrument de jouissance esthétique. Il n'y avait pas reconnu une puissance politique et nationale. Il ne l'avait pas mise en rapport avec la vie spirituelle, encore moins avec la vie politique.

Ici encore, l'expérience du xvin*' siècle apportait d'autres enseignements. La littérature française du temps était tellement dominée par les tendances du Rationalisme et avait si souvent sacrifié la poésie à la propagande philosophique, qu'il n'était guère possible de ne la juger qu'au point de vue de l'art seul.

Une fois admis que le Rationalisme avait produit la Révolution française, on était bien obligé de reconnaître à la littérature, qui avait aidé à la répandre, une importance politique. ^

Cela pouvait se soutenir, si l'on n'avait pas démesurément généralisé ce cas particulier, et de plus, mal observé. La conception de Voltaire était notoirement insuffisante. Chez lui, la littérature était détachée de ses liens naturels avec l'état social et politique ainsi qu'avec les idées religieuses. Mais si la nouvelle école réparait en grande partie ces négligences, elle inclinait trop à construire des enchaînements arbitraires et à exagérer beaucoup l'influence de la littérature sur la vie publique. En particulier l'influence morale. On voulait que la littérature frivole du xviii^ siècle eût eu non seulement une action politique dissolvante, mais qu'elle eût introduit dans le gouvernement et dans le peuple une pourriture morale. On ne s'arrêtait plus à scruter l'état moral des époques antérieures ; on se contentait de tirer de la littérature des conclusions pour celle-ci.

On n'avait, il est vrai, de la littérature ancienne des peuples européens qu'une connaissance très fragmentaire. Il arriva à des critiques romantiques allemands de juger le drame classique espagnol uniquement sur le poète de courCalderon, sans connaître une seule pièce de Lope de Vega. On négligea aussi de comparer méthodiquement la littérature populaire du xviii^ siècle, qu'on connaissait, avec la littérature populaire d'autres époques, qu'on ne connaissait pas. On s'en tenait à quelques œuvres classiques. Et l'on tirait tranquillement des conclusions. De l'excellence de quelques œuvres anciennes on concluait à des vues morales élevées. On confondait des qualités artistiques avec des vertus morales.

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Les Romantiques traitèrent l'histoire littéraire d'une manière plus attrayante et plus féconde pour la philosophie de riiistoirc que les Rationalistes, qui mCMiic comme hisloricns^jugeaient, d'après le canon de l'esthétique classique. Mais leur méthode était plus lâche ; ils Iravaillaienl avec un nialéi-iel trop pauvre et des constructions plulosophiques arbitraires. La pluj)art du temps, en face de valeurs purement artistiques, ils ne trouvaient rien à dire. Ils cherchaient par des moyens extérieurs et maladroits à résoudre le problème délicat des rajiports entre la littéralure et la société.

La littérature création nationale. — Beaucoup d'entre eux joignaient à ces idées sur l'importance universelle de la littérature, le dogme delà nationalité. Nous avons indiqué dans le premier chapitre comment, sous l'influence de l'opposition contre la Révolution française, commença la résistance au cosmopolitisme (français) du xviii* siècle et naquit le sentiment moderne de la nationalité. Nous avons montré comment se forma l'opinion singulière, en contradiction avec toute expérience historique, que l'intervention du dehors dans le développement national était toujours nuisible. Cette doctrine fut étendue à l'histoire de la littérature et de l'art. Depuis l'introduction de l'art de la Renaissance au moins, il ne pouvait plus être question d'une tradition nationale au sens propre du mot ; on n'en adopta pas moins le mot d'ordre (que seul pouvait faire de wtJ grandes choses 1 artiste qui repoussait les inspirations de l'étranger et s'attachait uniquement à des modèles nationaux) Autant que possible des modèles chrétiens, car on estimait que l'art de la Renaissance, en rompant avec la tradition chrétienne (du moyen âge) en faveur d'un idéal étranger (l'antique), s'était trompé de chemin. On accorda donc à la littérature et à l'art nationaux ou soi-disant tels du moyen âge une attention particulière. Quand au xviii'' siècle des savants avaient publié des monuments de la littérature médiévale, ils l'avaient fait avec un nai'f plaisir patriotique ; ils voulaient montrer que leur propre peuple, et pas seulement les Italiens, avait produit dans le passé des œuvres d'art. Les romantiques, au contraire, cultivèrent l'étude de l'ancienne littérature nationale avec l'idée que l'art moderne ne pouvait trouver son salut qu'en s'attachant étroitement à celle-ci.

Ce n'est pas le lieu d'appeler l'attention sur les bizarres malen-

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