‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 243 sur 341 · BAUR · texte numérisé non relu

BAUR

raît derrière les théologiens créateurs du dogme. Tout ce qu'on qualifie aujourd'hui de superstition, toutes les imaginations populaires, qui sont d'une importance capitale pour l'histoire de la religion, tout cela n'existe pas pour lui. Il n'y a pas d'histoire des pratiques religieuses, pas d'histoire de la piété chrétienne. Qu'il ait omis l'histoire de l'administration ecclésiastique, celle du droit ecclésiastique, etc., on peut l'excuser en disant que son but unique était d'exposer l'histoire des dogmes. Mais cette dernière aussi, il l'a posée en lair en laissant tout à fait dans l'ombre la foi réelle et agissante en faveur des formules parlesquelles les théologiens avaient cherché à réconcilier les idées chrétiennes avec les leçons de la philosophie antique.

Baur a grandement avancé l'intelligence de l'histoire ecclésiastique. Il a, à la suite de Hegel, infligé au pragmatisme une défaite définitive. Il a montré des rapports organiques là où l'on n'avait vu jusqu'alors qu'une juxtaposition arbitraire. Il a créé l'histoire des dogmes, aussi bien que Hegel l'histoire de la philosophie. Maia^ indépendamment du schématisme de sa formule de développement, il a tourné, au lieu de le résoudre, le problème qu'avait soulevé le pragmatisme.

Les pragmatistes avaient dérivé les variations de la dogmatique exclusivement de contingences personnelles et de calculs politiques. Baur tomba dans l'autre extrême ; ses idées ont une existence indépendante, comme des êtres supraterrestres. !l ne cherche pas à vaincre les pragmatistes en suivant leur instigation et en les battant avec leurs propres armes. Il eùtétéen droit vis-à-vis d'eux d'insister sur la valeur indépendante de la tradition religieuse. Au lieu de cela, il la laissa telle qu'elle était, et négligea de rechercher l'action des éléments politiques, sociaux et économiques sur l'Eglise et la religion.

Baur et la critique philologique. — Sur un seul point Baur dépasse Hegel de beaucoup. Contrairement à son maître, il accepte en plein la méthode de cii'ique philologique (ci-dessous, p. 574 ss.). On peut dire que sa position dans l'historiographie est caractérisée avant tout par l'union des idées spéculatives de Hegel avec la critique des sources de Ranke. Il ne fut pas le premier théologien qui chercha à ramener des livres à leurs sources (cf. par exemple, ci-dessus, p. 512), mais

il applique pour la première fois sysiémaliqucmcnt les principes critiques deUankc aux écrits du Nouveau Testament. 11 voulut, à l'aide de recherches pleines de sagacité, établir en détail dans quelles circonstances les sources s'étaient produites et à quelles tendances elles avaient dû obéir. Il s'est trompé souvent sur ce terrain difficile Il s'est laissé égarer, surtout dans des questions chronologiques, par des idées préconçues, c'est-à-dire par sa foi en la formule de développement de Hegel. Mais l'importance de son innovation n'en est pas amoindrie. La science a eu depuis à le corriger souvent : elle n'a jamais plus mis en doute le principe que toute étude fructueuse de l'ancienne histoire ecclésiastique devait avoir pour base la critique philologique et historique des sources.

Malheureusement, Baur ne possédait pas le talent artistique de Ranke. Il ne met pas à part les études préliminaires, il les communique, comme Niebuhr, avec le texte. On ne trouve pas trace chez lui de ce plaisir à la vie réelle qui donne aux œuvres de jeunesse de Ranke un charme incomparable. L'histoire, chez lui, est moins racontée que philosophiquement déduite. Il écrit pour un public ésotérique, d'éducation philosophique et théologique. Même sans la concurrence d'un artiste-né tel que Renan, ses travaux auraient depuis longtemps cessé d'être comptés comme des œuvres d'histoire.

b. — Zeller.

Edouard Zeller né 1814 à Kleinbottwar en Wûrttemberg, 1840, Privatdozent en théologie à Tubingue, 1847 à 1849 professeur de théologie à Berne, 1849 à Mar])ourg ; passe là à la Faculté Philosophique, 1862 appelé à Heidelberg, 1872 à Berlin, retraité en 1893, mort 1908 à Stuttgart. Il prend rang dans notre histoire par sa Geschichte der griechischen Philosophie (1844 à 1852)et sa Geschichte der Deatschen Philosophie seii Leibniz 1872. Cf. Diels dans Abftaadlungen der Berliner Akademie phil.-hist. Klasse 1908.

Edouard Zeller est, avec Baur, un des représentants les plus distingués de l'école de Hegel.

Il marque la réaction qui se produisit dans le sein même de l'école contre le schématisme dumaitrc. Dans son principal ouvrage, VHistoire de la philosophie grecque dans son développement historique, dédié à Baur, il voulait, comme il le dit dans sa préface zioischen der gelehrlen Forschung undder spekulaiiven Geschichtsbetrachlimg

vermitteln ^. Il rejetait aussi résolument que Hegel la vieille méthode dépure compilation; mais il n'en concluait pas que l'histoire dût être construite logiquement. 11 voyait plus clairement que d'autres élèves de Hegel que l'histoire ne présente jamais qu'un cas empirique isolé. Il employa donc la critique philologique avec plus d'indépendance encore que Baur. Il ne repoussa pas radicalement la philosophie de l'histoire de Hegel, mais il la modifia au profit de la réalité objective.

Ce n'est pas un hasard que l'école de Hegel ait en 'son plus grand succès dans l'histoire de la philosophie grecque. Aucun sujet ne supporte relativement aussi bien que celui-là des constructions à la manière de Hegel. La philosophie hellénique en effet s'est développée dans une très grande indépendance relative de l'Etat et de l'Eglise et n'a pas produit d'organismes fermés à la façon d'une Eglise. Hegel déjà avait donné dans l'exposé de la philosophie grecque sa meilleure contribution à l'histoire.

A. Hegel remonte également, comme on sait, la conception matérialiste DE l'histoire, dont nous ne pouvons nous occuper ici, parce qu'elle a bien été formulée en théorie dans notre période (pour la première fois peut-être dans la Misère de la philosophie de Karl Marx 1841), mais sans servir encore de fondement à des ouvrages historiques. Cf. I. Plenge, Marx und Hegel 1911. Sur les prédécesseurs v. w. Sulzbach, Die Aufàiige der materialistischen Geschichtsauffassung 1911.

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