THIERRY
parles. Normands (1825) parut presque en même temps que Germani&che und romanische Vôlher, de Ranke (1824). On peut dater des deux ouvrages une nouvelle ère dans l'historiographie de leurs pays. Tout les deux introduisirent la forme romantique dans l'histoire savante. Tous les deux recherchèrent la couleur locale, et en opposition avec l'analyse froide et incolore des disciples de Voltaire, voulurent mettre en relief les détails concrets et vivants. Tous les deux prétendaient faire parler et agir les personnages historiques comme il convenait aux costumes de leur temps et tâchaient d'atteindre à travers des expositions en style classique aux aspects variés de la réalité ^
Malgré cela les deux ouvrages diffèrent profondément l'un de l'autre. Pas seulement par la personnalité de leurs auteurs, ce qui est tout naturel, mais par leur méthode. Cette différence mérite d'être considérée déplus près ; elle est caractéristique pour la direction suivie pendant plus d'un demi-siècle par l'historiographie française en opposition avec l'allemande.
Ranke accompagnait sa narration d'un volume de recherches oii était examiné de très près le degré de confiance que méritaient les sources utilisées. Il y montrait que l'historien ne devait pas s'en tenir aux exposés de seconde main d'historiens modernes, mais remonter aux sources, aux relations de première main. Il s'informait du caractère particulier de chaque témoin et montrait par son exemple que l'historien ne devait aborder son travail qu'après avoir tiré au clair la validité de chacun.
1. Si Ton en croyait Ranke, il ne s'agirait pas en ce cas d'une simple co'incidence, mais d'une" dépendance. Dans le discours qu'il prononça lors de la célébration de son 90' anniversaire, on lit : Icli gestehe, dass Au^uslin Thierrys erste Biicher durch ihre Form meine Bewunderung erweckten. Ich sagle : So elwas kônnen wir nicht zu Stande bringen. [J'avoue que les premiers livres d'Aug. Thierry excitèrent par leur forme mon admiration. Je disais : Nous ne sommes pas capables d'en faire autant.] Leop {v. R. an seinem 90 Geburtstag, 1886, p. îi6, et aussi dans le vol. des OEuvres, Zur eigenen Lebensgeschichle). D'après le contexte, on devrait admettre que Ranke avait eu connaissance de Thierry avant d'écrire son premier ouvrage. Mais cela n'est guère possible. Les dates se sont quelque peu embrouillées dans la mémoire du vieillard. Le premier livre de Thierry ne parut qu'un an après les Peuples Romains et Germaniques. Auparavant (1817 ss.) Thierry n'avait publié que des articles de journaux et des fragments qui ne pouvaient passer pour des modèles au point de vue de la forme. Les ressemblances entre les deux historiens s'expliquent plutôt par le fait que tous les deux dépendaient de Walter Scott (Cf. là-dessus Ranke, même endroit).
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Rien de pareil chez Thierry. II ne manquait pas absolument de critique; il rejetait les relations modernes (humanistes) avec autant de fermeté que son contemporain allemand. Mais il n'allait pas plus loin. Il prenait vis-à-vis des sources médiévales à peu près la même attitude que les humanistes vis-à-vis des sources antiques. Ceux-ci écartaient des fables du moyen âge; mais entre les auteurs anciens eux-mêmes ils ne faisaient aucune distinction : de môme Thierry plaçait tous les témoignages du moyen âge dans la même perspective. Qu'une source soit contemporaine ou composée quelques siècles après, qu'elle soit officieuse ou indépendante, qu'elle consigne une fable de récente création ou qu'elle reproduise les bons renseignements d'un auteur plus ancien, cela lui est égal. Il n'avait pas, comme Ranke, étudié Niebuhr avant de se mettre à l'œuvre.
Aussi constitua-t-il sa couleur locale à l'aide des matériaux les plus variés. Bagatelles édifiantes d'une chronique de couvent, conversations imaginaires d'une légende de Saints, anecdotes de poèmes épiques populaires peut-être très récents, inventions tendancieuses d'annalistes de partis, il accueillait tout, quand cela pouvait servir à rendre la couleur locale. 11 n'inventa pas de nouveaux discours, mais il reproduisit sans difticulté ceux qu'on avait inventés. Il traita les légendes avec le respect de la foi. C'était un progrès de ne plus chercher à les rationaliser; mais en revanche, il partait de la na'ive supposition que des récits d'allure légendaire renfermaient toujours une tradition populaire et par suite un noyau historique.
Tendances politiques de Thierry. — Le manque de critique dans l'emploi des sources ne provenait pas uniquement de l'aspiration à un récit coloré. Il était commandé par la thèse politique que soutenait Thierry. Il se distinguait par là aussi de Ranke. L'historien allemand voulait simplement montrer wie es eigentlick geivesen. Thierry représentait les opinions d'un bourgeois libéral du temps de la Restauration. Par ses livres d'histoire il voulait se venger sur a noblesse de l'oppression séculaire de ses ancêtres. Il le fit en cherchant à démontrer que le pouvoir du premier Etat ne reposait que sur la violence illégitime et brutale. Comme styliste, il était romantique; comme politique, il n'avait pas le moindre enthousiasme pour
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le moyen âge. \\ dérivait tous les torts dont avait eu et avait encore à souffrir la roture du fait que les populations indigènes avaient été dépouillées de leur indépendance par des conquérants étrangers, la Noblesse de l'avenir.
C'est par cette théorie étonnamment simpliste et d'ailleurs pas originale, que Thierry prétendait expliquer l'origine de la féodalité et du conflit de son propre temps entre la Noblesse de l'ancien régime et la Bourgeoisie. Ce n'est pas au hasard qu'il consacre son travail à l'histoire de la conquête normande. L'histoire de Guillaume le Conquérant pouvait servir d'exemple classique pour montrer comment la domination d'une race étrangère s'établissait sur la population indigène. Thierry se mettait consciemment au point de vue des opprimés (Cf. Y Introduction, p. 14 : Dès quun peuple est opprimé, sa cause deviendra la bonne cause II in fine). Il n'éprouvait pas comme Ranke un plaisir artistique au déploiement de la puissance comme telle : non seulement il haïssait la violence militaire et le despotisme, mais (comme d'autres libéraux) il établissait une corrélation intime entre le gouvernement absolu et la faiblesse militaire.
Le style. — Thierry était en réaction voulue contre l'historiographie du Rationalisme. Il n'est pas étonnant qu'il l'ait critiquée trop àprement et qu'il ait été aveugle pour ses mérites. Il n'utilisa pas les grandes leçons de l'école Voltaire. La narration, et la narration à la manière de Rousseau, qui s'adresse surtout au sentiment, est de nouveau tout pour lui. Il ne parle ni des finances, ni de la législation ; il n'emploie presque pas de documents. Du Domesday Boock même, ce document unique, il n'a pas tiré parti. Comment auraitil osé ennuyer de statistiques financières des lecteurs qui souhaitaient un roman pittoresque! Comme il soutient mal la comparaison avec un historien tel que Robertson ! Comme il conçoit faussement la position des villes, dont il présente la lutte pour leurs privilèges dans le style des aspirations modernes à la liberté! Quelles maigres notices dans les Lettres sur V histoire de France, sur les anciens historiens français! Il ne tente pas de les analyser au point de vue historiographique ; il se borne à établir longuement qu'ils ont négligé la couleur locale. Pour lui, il en était fou. Les noms depuis longtemps
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acclimatés des rois mérovingiens, il ne les cite, autant que possible, que sous leur forme franque. Comme si, par de pareils détails, on rendait service aux connaissances historiques ! A moins qu'on ne soit d'avis comme lui que l'observation exacte du costume historique est ce qu'il y a de plus essentiel pour rendre rentière réalité (voir la conclusion de l'Introduction à Vllistoire de la conquête).
D'ailleurs, comme écrivain, Thierry n'était pas un grand artiste. Malgré les nombreux remaniements de ses livres, il n'en a pas fait des chefs d'œuvre. La langue reste pâle et molle, le récit manque de charme. Les parties de la composition se détachent l'une de l'autre. Les personnages ne vivent pas. Thierry n'avait rien de la psychologie pénétrante de Ranke. Il savait décrire les armes et les vêtements de ses héros ; il ne savait pas pénétrer leur être intime. Le mélange de la barbarie et de la civilisation n'est pas mal rendu dans son ouvrage relativement le meilleur, les Les récits des temps mérovingiens; mais l'état social n'est pas reconstitué. On ne fait qu'assister à des scènes émouvantes et à des spectacles du goût romantique. Il a été longtemps populaire : mais il le devait moins à des mérites d'art qu'à l'engouement du public d'alors pour le style romantique et au manque de concurrents plus distingués.
c. — Léo.
Ueinrich Léo, né 1799 à Rudolstadt, 1820 jvivatdocent en histoire à Erlangen, puis professeur à Berlin, de 1828 à 1878 à Halle, nous appartient surtout par sa Geschichte der italienischen Staaten (1829 s.), pour laquelle sa Verfassung der freien tomba rditichen Slàdte im Mittelalter (1820) et sa Eatwichlung der Verfa^mng der lombardischen Stddte (182+) sont comme des études préliminaires. Citons parmi ses autres ouvrages, qui appartiennent à l'école romantique non seulement par le style, mais par leurs tendances politiques et religieuses : Vorlesungen iiber die Geschicfite des judischen Staales 1818, les Zwôlf Bûcher niederlàndiscficr Geschichte 183:2-35 et Lefirbuch der Unicersatgeschichte 1835-1844.
Cf. ses propres souvenirs, allant jusqu'à 1822 {Aus meiner Jugendzeit 1^80); P. Krageiin, H. L. L 1908 [Beitriige zur Kullur-uud Universalgescldcfi'te, édition Lamprecht 7. Heft) G. v. Below dans le Arcfdv. fiir Kultargesctiichte IX (1911), 199 ss. et la littérature que donne Varrentrapp dans la Hi^t. Ztsclir. 92 (1904), 73 (là, p. 72 ss. sont imprimées aussi quelques lettres de Léo).
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Parmi les historiens allemands, c'est Léo qu'on peut le mieux ranger dans l'école narrative. Dans son meilleur ouvrage, il raconta, en suivant la doctrine de la couleur locale, l'histoire des Etats italiens du moyen âge dans le style des chroniques contemporaines. Il était bien qualifié pour cela. Il employa ses sources sans critique et puisa souvent dans des auteurs de seconde main; mais c'était un progrès d'apporter comme lui, au lieu du sérieux traditionnel et glacé du Nord, une chaude sympathie pour la nature indomptée du Midi. Et puis, il n'était pas mauvais écrivain; il savait raconter vivement, quoiqu'il tombât trop facilement dans Un ton vulgaire. Malheureusement, cet homme spirituel et plein de fougue n'avait pas l'intelligence des problèmes proprement historiques. En véritable historien romantique, il ne présenta qu'une façade coloriée.
3. — U école du lyrisme subjectif ; V histoire-résurrection et tableau sentimental.
La tendance subjective et lyrique est apparentée à l'école narrative. Celle-ci s'appuyait sur le roman historique du romantisme, l'autre sur le lyrisme subjectif passionné qui avait surgi au temps du romantisme en opposition à la poésie artificielle, galante et didactique du xvin^ siècle.
L'école lyrique n'avait guère plus que l'école narrative l'intelligence des problèmes spécifiquement historiques. Elle rapprochait encore davantage l'histoire de l'art. Elle voulait que l'émotion du lecteur ne découlât pas seulement de l'exposé objectif des événements, mais que le lecteur entrât en contact direct avec les sensations de l'auteur, qu'il éprouvât directement les impressions qui avaient saisi celui-ci dans la contemplation de l'histoire.
Elle croyait avoir produit son plus grand effet quand le lecteur s'imaginait revivre les événements racontés. C'est dire qu'elle renonçait à la perspective historique, qui seule pourlant peut donner sa valeur propre à l'histoire, à l'analyse des événements passés, en opposition avec la contemplation du présent.
a. — Michelet.
Jules Michelet, né 1798 à Paris, 1877 répétiteur dans un pensionnat : 1822 professeur au collège Sainle-Barbe, 1827, maître de conférences à
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l'Ecole normale, 1833 successeur de Guizot à la Sorbonne, 1838 professeur de morale et d'histoire au Collège de France, destitué 1850 à cause de sa propagande démocratique, mort 1874 à llyères. Son principal ouvrage est VHistoire de France, dont le moyen âge parut 1833 à 1843, la Révolution 1847 à 1853, la Renaissance et les temps modernes 1855 à 1862. Une Histoire du XIX" siècle resta inachevée (jusqu'ci 1815; publ. 1872 à 1875). Parmi ses autres écrits, nous nommerons son Précis de l'histoire moderne (1828) et son Histoire romaine, République (1831). OEuvres complètes 1893 ss. et 1897 ss.
Cf. sur Michelet d'abord ses écrits autobiographiques : Ma jeunesse 1884; Mon Jouriial (1820 à 1823) 1888 ; Un hiver en Italie 1879 ; Sur les chemins de l'Europe 1893. Le plus zélé de ses biographes est G. Monod, (jui, comme beaucoup de Français, le surfait : J. M. 1875; Les Maîtres de rhistoire, Renan, Taine et M. 1894 ; J. M. 1905 ; M. de 1843 à 1852 dans la Revue de synthèse historique 17 (1908). 261 ss. ; Les débuts d'Alphonse Peyrat dans la critique hLst., dans Revue hist. 96 (vol. de supplément), 1 ss. (1908) ; La place de M. parmi les historiens du XIX" siècle dans la Bibliothèque universelle LXII (1911), 449 ss. Cf. en outre : Mad. Quinet. Cinquante ans d'amitié; M., Quinet 1899; J. Simon, Mignet, M., Henri Martin 1899; J. Brunhes, Etude sur Michelet 1898; A. Ferey. J. Michelet et Hippolyte Taine 1910; G. Lanson sur le Tableau de la France de Michelet dans les Mélanges de philologie romane et d'histoire littéraire offerts à MM. Willmotte (1910), 267 ss.
La première condition préliminaire de l'historiographie lyrique, c'est que l'auteur ait une personnalité marquée, qu'il soit un poète primesautier. Michelet remplissait excellemment cette condition.
11 écrivit en opposition voulue à l'école doctrinaire. îl éprouvait presque une inimitié personnelle contre Guizot, à qui il reprochait (ïavoir toujours haï la vie. Il trouvait que ses devanciers manquaient de cœur. Il ne se souciait pas d'analyser l'histoire. Oii les autres voyaient des principes et des institutions en lutte, il apercevait la plénitude de la vie, l'intensité des passions humaines.
Une pareille manière d'écrire l'histoire, comme tout art lyrique, ne produit d'effet que si elle peut faire vibrer chez le lecteur des cordes analogues. Pour goûter Michelet, il faut renoncer à tout jugement critique et s'abandonner de bonne grâce au puissant courant de ses impressions. 11 faut accepter une subjectivité effrénée, un tempérament qui ne se justifie que de son propre chef. On ne peut s'attendre à trouver une réflexion calme là où prononce seule la nature passionnée de l'auteur.
Cet auteur, comme les disciples de Rousseau, ne peut produire
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de grandes choses que s'il traite un sujet où son cœur est intéressé. C'est seulement quand le cœur est de la partie qu'il peut déployer son talent.
Aussi Carlyle avait-il raison, à son point de vue, de réduire l'histoire à des tableaux sensationnels. Michelet, qui s'était posé un problème plus difficile, et voulait le résoudre en historien, n'osa pas aller aussi loin. La conséquence fut que son œuvre succomba à la conlradiction entre la métiiode et le sujet.
Aucun autre ouvrage d'histoire peut-être n'a des parties aussi inégales que son Histoire de France. Là où le sentiment de Michelet est engagé, il brosse des tableaux qui, dans leur genre, n'ont Jamais été surpassés. Tout à côté se voient des bizarreries, des badinages, de vains épanchements lyriques. Michelet n'était pas ce qu'on appelle un travailleur frivole. Il recueillait des matériaux authentiques avec une application incroyable. Il fut le premier à consulter pour l'histoire de la Révolution des pièces d'archives en quantité. La soif de manifestations de vie originales le ramenait aux sources premières, comme le besoin d'une analyse psychologique fine et pénétrante détournait Ranke des expositions empruntées. Mais ce qu'il avait trouvé, il en faisait un usage tout à fait arbitraire. 11 n'appréciait les documents historiques qu'autant qu'ils pouvaient enflammer son sentiment patriotique.
Son chef-d'œuvre, par suite, fut l'Histoire de la Révolution française. C'est moins un livre d'histoire qu'une épopée nationale. Elle est partiale, unilatérale, et s'abstient complètement d'élucider des problèmes politiques et sociaux. Les sources sont utilisées sans aucune critique. Mais l'esprit de l'époque de la Révolution est rendu avec une puissance qui n'a pas sa pareille en historiographie. Michelet, qui se proclamait toujours avec fierté enfant du peuple, a décrit avec une sympathie passionnée le grand mouvement qui représentait la cause de ce peuple. La pensée des honnêtes enthousiastes de la Révolution n'a trouvé une expression aussi parfaite dans aucun autre ouvrage historique.
L'Histoire du moyen âge, où l'on a pris l'habitude de voir la partie la plus remarquable de l'Histoire de France, est bien inférieure aux chapitres sur la Révolution. La matière était loin d'être aussi favorable au talent de Michelet. Les sentiments démocratiques et natio-
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nalistes ne pouvaient s'échauffer qu'en considérant la vie religieuse du moyen âge français comme chose nationale par excellence et en célébrant les Saints du peuple comme des héros nationaux. G'est-;V dire que lui, qui étail bien loin d'avoir la foi de l'Église, s'exaltait pour l'Église par suite d'une confusion romantique de sentiments. Aussi son enthousiasme n'était-il pas primesauticr comme son admiration exaltée pour les héros de la Révolution. Et puis les insuffisances de sa méthode éclatent davantage ici. La pauvreté des sources engageait à des constructions arbitraires, tout autrement encore que les relations si abondantes sur la Révolution. Les personnages qui ne lui sont pas sympathiques, il en fait des caricatures. 11 en est ainsi de la plupart des Anglais, qu'il haïssait déjà par opposition contre les doctrinaires.
Il était encore moins libre de préventions quand il se mit plus tard à combler la lacune laissée entre les deux ouvrages. 11 avait dans l'intervalle pris part à la politique du jour et son jugement ne reposait plus sur des idées purement personnelles, mais sur un système politique. Il avait pu autrefois, bien qu'incroyant, glorifier Jeanne d'Arc comme représentant des idéals nationaux ; plus tard, il lui était devenu impossible de concevoir de même la royauté absolue comme l'expression des tendances nationales. Et puis ses manies, ses excentricités s'exagéraient. Il s'étendit outre mesure sur la vie privée des monarques et chercha en dilettante à rapporter leur politique à des particularités pathologiques vraies ou supposées. Il ne donna plus une narration suivie, mais des épisodes isolés qui l'intéressaient Dieu sait pour quels motifs. On trouvera ici encore, en cherchant bien, des aperçus spirituels, des observations qui donnent à penser. Mais l'ensemble est si capricieusement composé, les remarques utiles sont noyées dans un tel dédale de détails indifférents ou de généralisations fantaisistes, que le lecteur ordinaire n'en peut rien tirer.
Michelet, comme écrivain, se rattachait étroitement au Romantisme ; mais il n'adhérait pas à sa doctrine politique. Il était épris des choses populaires et pour lui l'originalité des races françaises groupées par provinces était une grandeur invariable. Mais ses sympathies n'étaient pas aussi rigoureusement circonscrites que celles des Romantiques. Il avait originairement l'esprit ouvert pour tout ce