‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 247 sur 341 · CARLYLE S · texte numérisé non relu

CARLYLE S

qui élait vigoureux et plein de vie, sous quelque forme que cela se présentât. Il aimait l'art populaire ; mais il faisait sa place à la poésie artificielle. Il glorifia la foi du moyen âge, tant qu'elle fut vraie et vivante ; mais il prit tout aussi chaudement fait et cause pour la Renaissance païenne. Il était de cœur avec les puissances en marche. Il n'était pas impartial ; dans le passé il se faisait toujours le champion d'un parti. Mais ce n'était pas un doctrinaire comme par exemple Augustin Thierry ; dans les deux sections de son histoire écrites les premières il tenait le parti avec lequel lui semblait vibrer l'àme du peuple français. Sa passion poKtique était sa seule doctrine.

b. — Carlyle.

Thomas Carlyle, né 1795 à Ecclefechan en Ecosse, d'abord destiné à l'état ecclésiastique, professeur libre — depuis 1818 à Edimbourg — puis homme de lettres: vit jusqu'à 1834 surtout en Ecosse, ensuite à Chelseaprèsde Londres où il meurt 1881. Trois de ses ouvrages appartiennent à notre histoire : 1° The Frencli Révolution, a History 1837; 2" Oliver Cromwell's Letters and Speech.es with elucidations 1845; History of Friedrich H called Frederik the Great 1858 à 1865. Il faut ajouter de nombreux petits travaux : Life of Schiller 1825; Life of Sterling 1851; On Heroes, Hero-Worship and the Heroic in History 1841 et beaucoup d'EssaysI recueillis dans Critical and Miscellaneous Essays.

Cf. pour la biographie les Réminiscences (1881) édité par Froude et Th. C. de Froude, où les lettres, il est vrai, sont altérées arbitrairement (1882 à 1884). Sur l'historien, ce qu'il y a de meilleur est J. Nichol Th. C. 1892 [Engl. Men of Letters] . Voir en outre ; Fischer, Th. C. 1881; Oswald i(i. 1882; Masson Th. C. personally and in his writings, 1885: Schulze-Gàvernitz, Cs. welt-und Gesellschaftsanschanung : 2. Aufl. 1897; ilensel, 27t. C. 2. Aufl. 1907. Sur son Cromwell, le meilleur dans l'Introduction de G. H. Firth à la nouvelle édition publiée par S. C. Lomas des Letters und Speeches 1904. Cf. aussi F. W. Roe, T/i. C as a Critic of Literature 1910. (Diss. de l'Université de Columbiy, New-York). Critique sévère mais juste de VHi^i. de la Révolution chez F. Harrison dans l'article What the Révolution of 1789 did {The Mea.Ung of History [1894] 180 ss).

C'est d'une façon toute pareille qu'en même temps Carlyle, en Angleterre, écrivait l'histoire, sauf qu'il suivait bien plus encore que Michelet ses impressions personnelles et ne se préoccupait d'aucune opinion politique.

Le point de départ de Carlyle historien. — Carlyle n'a peut-être

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pas enrichi l'hisloriographie d'une seule idée nouvelle. Il n'était pas indifférent pour la culture historique de l'Angleterre que l'historiographie rationaliste, qui y resta plus longtemps en vigueur que sur le continent, fût combattue encore après coup par un enfant du pays. Mais cela n'avait guère d'importance pour l'histoire de l'esprit européen. La lutte contre l'école pragmatique avait été menée en Allemagne, une génération plus tôt, avec beaucoup plus de finesse et de sagacité que ne pouvait le faire CarlyJe; ses arguments étaient peut-être d'une force populaire plus frappante, mais avaient moins de valeur intrinsèque. S'il eut quand même une action sur le continent, cela vient de ce que, abstraction faite de son talent d'artiste, il fit d'un sujet d'explications politiques et historiques, une question de vie personnelle.

Le Romantisme allemand avait combattu ÏAufklàrung parce que ses procédés anli-histoiHques lui paraissaient conduire à la dissolution et à la ruine de l'État, de l'Église et de la Société. Ce problème touchait peu l'Anglais Garlyle. II avait avec le rationalisme une querelle toute personnelle.

Son mal était l'inquiétude intérieure, le scepticisme. Les anciens idéals étaient détruits (surtout, croyait-il, par la faute du Rationalisme) et il n'avait pas confiance aux nouveaux, à ceux de son époque. Il ne pouvait pas mieux s'assimiler la foi au pouvoir de salut exclusif de la liberté que la foi à l'effet bienfaisant des sciences de la nature. Il travaillait sans apercevoir le but de son travail.

A cette discorde intérieure, il chercha un remède dans l'histoire. L'enthousiasme pour de grands héros d'une foi ferme fut appelé à lui faire illusion sur l'inconsistance de la sienne. Il chercha pour son trouble intérieur un dédommagement dans les sarcasmes sanglants dont il accabla les sceptiques, qui avaient renversé à la légère les idéals anciens, et les braves gens qui prenaient comme remèdes des idéals nouveaux très superficiels.

On imagine quelle historiographie sortit de là. Elle fut plus subjective encore que celle de Michelet. Le nationalisme démocratique du Français était unilatéral, mais pouvait servir de point de départ à l'histoire. Les considérations historiques de Carlyle ne touchaient pas aux problèmes sociologiques et politiques. Elles n'avaient d'autre raison d'être qu'un conflit d'âme tout individuel

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