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subi avec le tempérament sanguin d'un descendant de nombreux ancêtres puritains.
Les ouvrages sur Cromwell et sur la Révolution française. — La
première conséquence fut qu'il ne traita presque l'iiistoire que par des biographies individuelles. Il est tout à fait caractéristique que VEssay projeté sur les guerres civiles anglaises et la République se réduisit à un livre sur Cromwell (le reste conservé du travail primitif est imprimé comme Historical Sketches of Notable Persons and Eoents in the Reigjis of James I and Charles I, 1898). Carlyle ne s'intéressait pas aux problèmes politiques ou sociaux de la Révolution d'Angleterre, mais uniquement à une puissante personnalité ; et encore à certaines qualités déterminées de ce personnage, avec lesquelles son âme prenait son élan.
Son livre sur Cromwell, en tant que biographie d'un homme d'Etat et d'un militaire, est aussi incomplet que possible. Une s'étudie qu'à dépeindre le caractère, non l'action historique de son héros. 11 ne s'occupe pas des affaires sur lesquelles par hasard on n'a pas conservé l'expression de la pensée de Cromwell. 11 n'essaie même pas de lui assigner sa place dans l'histoire politique de l'Angleterre.
Et comment en eùt-il été autrement ? Carlyle ne disposait que de connaissances historiques tout à fait décousues. Firth a remarqué avec raison que si l'histoire d'Angleterre avant et après Cromwell était par lui plongée dans une ombre épaisse, c'est qu'il ne la connaissait pas. Il réduisait l'histoire compliquée de la révolution anglaise à une seule situation simple : la lutte d'un héros avec des comparses incapables. On peut y voir le reflet des rêves impérialistes des tories, tels que les nourrissaient vers 1840 les adversaires du constitutionnalisme ; on ne saurait y trouver une théorie historique de quelque valeur.
Carlyle fut au moins assez honnête pour ne pas présenter son ouvrage comme une biographie de Cromwell, mais comme une simple édition, avec des éclaircissements, de ses Lettres et de ses Discours. Comme tel, il était même tout à fait insuffisant : — le texte des lettres, plus encore celui des discours, est modifié arbitrairement ; des faux grossiers, comme les soi-disant Squire Papers par lesquels un mauvais plaisant le trompa, sont admis comme
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aulhcnli(jiios; — cepciulanl ces impeifectious tenaient davantage au manque de méthode et de critique de Carlylc qu'à ses faiblesses historiographiques. Mais que dire quand son ouvrage antérieur, la Révolution franraise, qui n'est qu'un recueil de tableaux à sensation, est appelée par lui, comme par déli, une Hislory.
Carlyle lit de nécessité vertu. 11 n'était pas né pour être annaliste, mais pour être conteur. Et non pas conteur épique de grand style, comme Michelet. C'était un romancier dans le genre de Dickens, un peintre de scènes de genre, un interprète de ces sentiments familiaux que les Anglais désignent par le mot intraduisible de homely. Dans ses œuvres historiques, il donna libre cours à son inclination.
Il emprunta au Romantisme son enthousiasme pour la couleur locale. Mais il ne manqua pas d'épaissir la doctrine de Walter Scott. Il supprima tout ce qui ne comportait pas des descriptions colorées. En guise d'histoire de la Révolution il donna une série de tableaux détachés dont le lecteur doit chercher ailleurs le lien. Il peignit des scènes de romans avantageuses, sans s'inquiéter de savoir si elles avaient, ou non, quelque importance historique.
Il est naturel que ces défauts même lui aient fait un succès énorme auprès de toutes les personnes qui n'ont pas le tempérament politique et qui ne savaient trop que faire de l'historiographie antérieure. La diversité des jugements sur son Ci'omivell est bien caractéristique. Un philosophe doctrinaire tel que Taine le vanta comme un modèle de biographie; un historien blanchi au service de l'Etat, comme James Stephen, le père de Leslie Stephen, écrivit, peu de temps après l'apparition du livre (1846) : ... thatpoor jargon, that conjuring ivith words, is a flimsrj business, the instrument of ail bitterness, scorn and self-worship in disguise and a mère veil to hide from Carlyle himself the essential poverty of his thoughts. Phrase-making is not thought-fînding (INIaitland, Life and Letlers of Leslie Stephen, 1906, p. 13).
Carlyle écrivain. — Il est vrai que Carlyle apportait des dispositions artistiques qui faisaient passer même des penseurs sérieux sur bien des défauts de l'historien.
Il avait un incomparable talent de description. Peu ont su comme lui travailler la matière historique de manière à parler au sentiment
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du lecteur. L'excentricilé voulue de son style repousse les gens d'un goût délicat, mais n'en fait que plus d'impression sur le gros public. II se ressentait d'avoir débuté comme publiciste. Il savait que le public, en tout cas le public anglais de son temps, n'écoute que quand on frappe fort. Il savait que la grande majorité des lecteurs ne cherche pas à s'instruire, mais à s'amuser, et se comi)lait particulièrement à des exagérations humoristiques quand il craint que l'auteur ne lui serve une narration solennelle et ennuyeuse. Sa merveilleuse puissance verbale lui permettait d'employer les cordes les plus diverses.
Sa valeur historiographique. — ■ Ces qualités, ainsi que le fait qu'on sentait dans ses excentricités l'expression d'une personnalité puissante, purent cacher longtemps les défectuosités de ses écrits historiques. On ne se chagrina pas du naïf optimisme de sa théorie historique, qui identifiait la Force et le Droit et reposait sur le postulat que la vérité seule finissait par s'établir et que Péché et Misère coïncidaient toujours. On lui passa également de ne jamais arriver à un aboutissement logique de cette théorie et de l'appliquer en détail tout à fait capricieusement. Des tendances politiques s'y mêlèrent. Les adversaires du libéralisme saluèrent avec joie la haine, soulevée chez Garlyle par une détresse personnelle, contre le Rationalisme français du xvni^ siècle et cont^re la spéculation pure et la science en général.
La Science historique doit juger autrement. Elle ne peut reconnaître en Carlyle un penseur avide de vérité, elle ne peut le considérer que comme un prédicateur qui cherchait dans l'histoire une consolation et prenait des sujets historiques pour textes de méditations édifiantes. Elle ne peut même le louer comme biographe. Carlyle n'a jamais tenté, comme par exemple Sainte-Beuve, de pénétrer avec amour l'âme d'une individualité étrangère. Il ne tenait pas à ce que ses portraits fussent vrais, mais à ce qu'ils fussent édifiants, à ce que leur ferme stature servit de modèle ou leur pitoyable délabrement d'épouvantail.
c. — Froude.
James Anthony Froude. né 1818 à Dartingéon dans le Devonshire, d'abord théologien, puis ayant perdu son Fellowship à Oxford, à cause
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de ses opinions anlichréticnncs, publiciste et littérateur, 1869 Lord Hector de l'Université de Saint-André ; 1892 .professeur d'histoire moderne à Oxford, mort 1894; très lié avec Carlyle, dont il devint le biographe. Son ouvrage capital est The Histori/ of Emjland from thc Fall of M'ol.^cy to thc Dcfcat of Ihc Spanish Armada 1856 à 1870. Complété par The Divorce of Catherine of Aragon (891 etparles cours faits à Oxford, Life and Letlers of Erasmus {t894), Englich Seamen in the Sixteenth Century 1895) et Thc Council of Trcnt (1896). 11 faut citer encore : The English in Ireland inthc Eighteenth Century (1872 à 1874) et les Essays recueillis en grande partie dans Short Studics on Great Subjects (1867 à 1883). Les récits de voyage Oceana (1886) et Thc English in the West Indies (1888) poursuivent des buts politiques.
La meilleure caractéristique de Froude se trouve chez F. Ilarrison, Tennyson, Ruskin, Mill and other Uterary esfimaïcs (1899), 235 ss. — H. Paul, Thc Life of Fr. 1905.
Froude tenta une synthèse des opinions de Carlyle avec l'art de conter de Macaulay.
II se rattachait dans la conception de l'histoire à son maître et ami Carlyle. Il partageait avec le prophète écossais l'enthousiasme pour la force et les hommes forts — du moins quand ils combattaient pour la bonne cause. Il sacrifiait comme lui au pathos de la chaire. Mais il évitait de dérouter le lecteur par des antithèses forcées affectant la profondeur, par une composition capricieuse et des lambeaux mal compris de philosophie allemande. 11 prit pour modèle la clarté de Macaulay. Il ne lui fut pas donné d'atteindre à la légèreté du ton narratif de son modèle. Mais il avait appris de Carlyle l'art de faire un appel efficace à la sensibilité (non pas seulement au sentiment patriotique) des lecteurs. Sans recourir aux excentricités sincères ou artificielles de Carlyle, il fit battre plus fort les cœurs des Anglais pour les grands hommes de leur histoire. Il ne se débarrassa pas de la prolixité anglaise, mais au moins il ne laissa pas llotter le fil de la narration.
Froude a dépassé Macaulay en pathétique vrai ; à tout autre égard il lui est inférieur. Macaulay écrivait en homme de parti, mais sa polémique était celle d'un gentleman. Froude traitait l'histoire en avocat. Non seulement il était partial, mais il cherchait à défendre sa position par de bons et par de mauvais moyens, indifféremment. Il altérait et faussait ses sources à plaisir, et même quand il prétendait transcrire mot à mot ses citations de sources inédites, il ne reculait pas devant des falsifications tendancieuses.