Clinquant de rhétorique
2. Arrangement voulu d'un esprit religieusement attaché au caractère sacré des nombres.
Bien qu'il se soit souvent trompé, — cette méthode constitua une ère nouvelle dans l'histoire des recherches historiques.
Niebuhr écrivain. — La Rômische Geschichte, malgré tous ses défauts, eût pu devenir un ouvrage classique, si Niebuhr avait su mieux écrire. Mais il n'avait pas le moindre talent d'écrivain. Il ne savait ni composer ni s'exprimer agréablement. Ses périodes sont souvent si surchargées de participes, d'incidentes, d'intercalations maladroites, que le lecteur est réduit à en deviner le sens — à moins de les construire comme le texte d'un auteur ancien. Mais on accepterait encore ce style à la fois apprêté et gauche, si seulement la composition était un peu réglée. Niebuhr ne donne ni un récit, ni une recherche, ni un résumé, mais tout cela pêle-mêle. Il interrompt constamment la narration par des digressions archéologiques et range sans liaison ses recherches critiques entre des fragments de l'épopée historique qu'il prétend avoir restituée. Il a senti lui-même ce défaut : Ich kann im Lauf der àlteren Zeiten dieser Geschichte nicht vermeiden, Untersuchungen als Episoden einzuschieben ; ich glaube auch mit demselben Recht Anspruch auf ihre Duldung machen zu kônnen, mit dem alte Geschichtschreiber episodische Erzàhlungen einioebten.. . Die Geschichte des àltesten Roms kann nur eine Verbindung von Erzdhlung und Uyitersuchung sein^ (I, 191 s.). Singulière excuse ! Le précédent antique qu'il fait valoir ne prouve rien en soi, et ne saurait en tout cas excuser Niebuhr. Les historiens romains intercalaient des épisodes pour satisfaire le besoin esthétique de variété : cela donne-t-il au savant moderne le droit de ne mettre dans son exposé ni ordre ni clarté ? Ranke a eu bien raison, dès son premier ouvrage, de se refuser à suivre Niebuhr dans cette voie et de séparer du texte ses digressions sur la critique des sources.
WoLF, Ottfried Mûller et Nitzsch. — Niebuhr avait appris du philologue Friedrich August Wolf (1759 à 1824) l'art de décomposer en ses éléments primitifs un ouvrage remontant à des sources anciennes,
1. Au cours des temps anciens de cette histoire, je ne puis éviter d'insérer des recherches comme épisodes; je crois avoir, pour prétendre à les faire supporter, le même droit que les historiens anciens avaient à introduire des récits épisodiques dans le tissu de la narration. — L'histoire des plus anciens temps de Rome ne peut être qu'une combinaison de narration et de recherches.
aujourd'hui perdues. Son essai de reconstruction par les premiers livres de Tite-Live de l'épopée nationale romaine sur laquelle ils se fondent, s'appuie sur la théorie des chants que son devancier avait opposée à un Homère unique. Wolf était d'ailleurs un critique beaucoup plus sobre que Niebuhr. Ses Prolcgomena ad Homerum (Halle 1795) sont pour la sagacité de la réflexion bien au-dessus de la RÔmische Geschichte. Ils sacrifient moins à un enthousiasme nébuleux pour la poésie naturelle et populaire. Cela n'empêche pas que les résultats auxquels aboutit la critique positive de Wolf ne soient tout aussi intenables que ceux de Niebuhr. — Cf. sur Wolf, outre les histoires de la philologie classique, S. Reiter dans Neue Jahrbûcher fiir das klasssische Altertum XIII (1904) 89 ss.
La méthode de Niebuhr fu transportée à l'ancienne histoire de la Grèce par le philologue Karl Ottfried Muller, né 1797 à Brieg en Silésie, mort 1884 à Athènes. Comme son modèle, il voulut en finir avec la méthode pragmatique et reconstituer par des déductions tirées de reliques incomprises l'histoire des anciennes tribus grecques. Malheureusement ses ouvrages restés fragmentaires ne peuvent guère être traités dans notre histoire. Il était supérieur à son modèle comme écrivain — la composition est plus serrée, la langue d'une simplicité vigoureuse, — mais la narration et les recherches ne sont pas davantage séparées.
Dans ses vues historiques, MûUer était absolument adhérent du Romantisme politique. Il poussa jusqu'à ses dernières conséquences l'idée du développement national organique. Il essaya de prouver que les Grecs sont restés affranchis de toute influence étrangère. Son peuple favori, ce sont les Dorions, chez lesquels peuple et Etat paraissent coïncider. II mit à la place de Lycurgue les Herkommen (coutumes) Spartiates, la véritable constitution dorienne, die nie eines einzelnen Werk sein kônnen ^ [Die Dorier III, 15). Ce qui l'attire surtout chez les Spartiates, c'est l'Etat devenu organique comme une œuvre d'art, ein Kunstwerk, ivelches die gesamte Nation in ihrer Einheit fortwàhrend schafft und darstelW^. Dans l'Etat Spartiate issu de la race, préservé de révolutions et de constitutions artificielles, il trouve cachée die tiefste politische Weisheit, la plus grande sagesse politique (lU, 185 s.). — Ses œuvres : Die Geschichten hellenischer Stàmme I Orchomenos und die Minyer, Il Die Dorier 1820-1824 : Geschichte der griechischen Literatur (inachevée; parut d'abord dans une traduction anglaise) 1841. Cf. Lebensbild in Briefen von 0. und G. Kern 1908 ; K. Dilthey, 0. M. (Discours 1898) et la Littérature citée dans Gotting. gelehrte Anzeigcn 172 (1910) 356 ss. En outre la correspondance avec L. Schorn dans N. Jahrb. f. das klassische Altertum 26 (1910).
Parmi les historiens qui suivirent, celui qui fut le plus fidèle à la méthode et aux vues de Niebuhr fut Karl Wilhelm NiTzscH, né 1818àZerbst,