‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 267 sur 341 · RAUMER · texte numérisé non relu

RAUMER

Raumer s'était fait ses opinions politiques dans la Prusse de Frédéric II. Les vues nouvelles du Romantisme politique ne firent, en somme, aucune impression sur lui. Frédéric le Grand et Voltaire avaient déjà mené la même polémique que lui contre Rousseau. La forme de l'exposition est en harmonie avec le fond, elle appartient tout à fait encore au xviii^ siècle. Raumer ne poursuit pas la couleur locale. Son récit est pragmatiquement ordonné, son style a un léger pathos ; il rappelle Robertson plus que Chateaubriand. La composition est manifestement imitée de celle du Siècle de Louis XIV. La deuxième partie, les A Itertûmer, traite selon le plan de Voltaire de l'État et l'Église, du commerce et de l'économie publique, des arts et des sciences, des mœurs et coutumes. Raumer s'était cru obligé de s'excuser auprès des classicistes de cet abandon du style ancien, soixante-quinze ans après Voltaire! (Préface du 5*" vol.). Mais sa pensée n'était pas aussi réaliste que celle de l'historien français. Il traitait le moyen âge avec le laisser aller qui était d'usage en Allemagne depuis Spittler. Il ne parvenait pas à bien saisir les conditions juridiques. Il ne se débarrassa pas de l'idée d'un État policier bien ordonné. Il jugeait des institutions nées de l'insécurité générale selon les figures quelles prendraient dans un état de fonctionnaires contemporain. On a vanté ses réflexions, fécondées disait-on et disait-il lui-même, par l'expérience de l'administration pratique. C'est très juste ; mais leur rapport avec la pratique eut pour conséquence que Raumer crut pouvoir se contenter de son expérience restreinte. Nulle part il ne pénètre jusqu'à l'essentiel. Les problèmes centraux ne sont point fouillés; entre les différentes sections il y a moins de liaison encore que chez Voltaire.

Malheureusement la critique de Raumer appartenait encore absolument à l'époque d'avant Niebuhr et Ranke. Il en avait aussi peu que Thierry. Il ne distinguait pas les relations modernes des anciennes, ni les étrangères des indigènes. Il reproduisait d'ordinaire ses sources sans critique et répétait leurs chiffres d'armées fantastiques, comme s'il n'avait jamais entendu parler de la polémique de Voltaire. Il négligea d'examiner sérieusement l'influence de la civilisation arabe et de la civilisation byzantine.

Raumer était un aimable conteur, un bon peintre, mais non un penseur distingué. Il fournit une causerie mondaine plutôt qu'une

632 HISTOIRE DE l'hISTORIOGHAPIIIE MODERNE

recherche de ronchainemenl profond des causes. Il n'en réussit que mieux à satisfaire le goût du grand public.

Page 1