STRAUSS
Il a plus nettement que d'autres distingué la valeur historique de la valeur esthétique absolue; il a tenu ferme au principe que les œuvres les plus importantes en histoire littéraire ne sont pas celles qui plaisent le mieux au goût du présent, mais celles qui ont eu le plus de succès en leur temps (Cf. Dôrfel, 61 ss.) Il n'avait pas sous les yeux en travaillant le fantôme d'autres historiens de la littérature, le peuple dans son unité, ou le public; il savait que les différentes classes, en général, prennent part de différentes façons à la production littéraire. Il donnait le prix à la poésie nationale, c'est-à-dire à la poésie qui exprimait la volonté du peuple entier — critère politique, comme on voit, et non esthétique.
Gervinus aurait eu une plus forte action encore s'il avait eu plus de talent de composition. Il savait bien disposer un chapitre, mais non tout un ouvrage. Et puis on se fatigue facilement de son style clair, vivant, mais agité et chatoyant.
d. — Strauss.
David Friedrich Strauss, né 1808 à Ludwigsburg, théologien, 1832. Répétiteur au Séminaire Ihéologique de Tubingue, 1835 destitué à cause de sa Vie.de Jésus, 1839 appelé à l'Université de Zurich, empêché par une révolution d'occuper sa chaire, vit dès lors en homme de lettres, mort 1874 à Ludwigsburg. Sa place est marquée ici avant tout par son œuvre narratire principale Ulrich von Hutten (1858 : en 1860 un 3'' vol. avec des traductions des Dialogues de Hutten). Ses autres écrits historiques sont plus encore que celui-là de pures biographies {Chr. F.-D. Schubarts Lcben in seinen Briefen 1849; Leben und Schriften des Nikodemus Frischlin 1856 etc. Cf. Gesammelte Schriften édition Zeller 1876 à 1878. La biographie de Ch. Màrklin (1851) a une valeur autobiographique.
Pour l'histoire ecclésiastique, la première édition de la Vie de Jésus (1835) marque une date importante; elle a moins d'importance pour l'historiographie. On a souvent rapproché l'œuvre de début de Strauss (qui du reste, en dépit du titre, n'est pas une histoire, mais une série de recherches critiques sur l'histoire de Jésus) des travaux historiques de Niebuhr, de Ranke ou de Baur. C'est à tort. Vis-à-vis de la méthode de critique philologique qui remontait à Wolf, Strauss représentait encore tout à fait la critique du Rationalisme, bien qu'il ait rompu résolument avec la méthode de V Aufklàrung théologique. Il ne cherchait pas à décomposer les sources en leurs éléments et à critiquer les tendances des auteurs ; il attaquait leurs témoignages comme tels. 11 donne, selon l'expression de Baur, une critique de l'histoire évangélique sans faire la critique des évangiles eux-mêmes [Kritische Untersuehungen 1847, p. 41). En cela Strauss était fidèle à la méthode de Hegel (ci-dessus p. 545). Seu-
FUETER. 42
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Icment. confraireniont an inaiire. il voulait, faire une diffôrenoc entre la vérité de l'idée el la réalité historique. Le Mythe peut être vrai par l'idée philosophique qu'il contient; il ne s'ensuit pas (comme le prétendait l'école de riegel) qu'il soit en même temps un l'ait historique. Strauss, comme il en a lui-même fait la remarque plus tard {Die Halben und die Ganzen 186:1, p. 42) a écrit sa Vie de Jésus principalement pour réfuter cette thèse de la philosophie de Ihisloire hégélienne. Son ouvrage n'a donc pas la même importance de principe que par exemple les premières recherches de Nicbuhr ou de Ranke ; il attaquait un postulat de Hegel qui, en dehors de l'histoire ecclésiastique n'avait guère été pris au sérieux par les historiens. — La seconde Vie (populaire) de Jésus {Leben Jesu, dem dculschcn Volke erzahlt 1864) est sans importance pour l'histoire de l'historiographie.
La littérature spécialement consacrée à Strauss ne traite elle-même l'historien profane que brièvement et superficiellement. C'est Th. Ziegler qui a traité relativement avec le plus d'ampleur les Biographies historiques de Strauss {D.-Fr. Strauss 1908, 11, 488 ss.), mais ses observations sont très insuffisantes. Depuis ont paru: A. Lévy, D.-F. Strauss 1910 {Collection historique des grands philosophes). — K. Fischer, St. als Biograph. {Gesammelte Aufsâtze 1908). Ileinrich Maier An dsr Grenze der Philosophie, 1909, p. 325 ss.
David-Frédéric Strauss n'était pas, comme on sait, au nombre des partisans du libéralisme politique. Son historiographie n'en a pas moins d'affinité avec la tendance libérale. Elle représente aussi décidément les principes du libéralisme religieux que Gervinus représente ceux du libéralisme politique. Elle s'oppose au despotisme ecclésiastique avec autant de vigueur que l'autre au despotisme politique.
Strauss, comme historien, se rapproche aussi des libéraux en ce que, ainsi qu'eux, il ne prend en considération comme auteurs des changements politiques, que les couches supérieures et cultivées de la population. Ses travaux manquent d'un forldement dans l'histoire des religions, comme ceux des libéraux d'un fondement dans l'histoire de la société. Il sut avec une malicieuse pénétration montrer les variations de la dogmatique ; il ne toucha pas au domaine de la religion populaire, aux idées massives et superstitieuses. Ses aperçus sur l'histoire des dogmes se trouvent par suite suspendus en l'air, comme les échafaudages des théoriciens des constitutions. Ils font abstraction des grossiers besoins religieux des masses (dont font souvent partie aussi les classes dirigeantes en politique).